Eloge du puisatier

Publié le par Albocicade

 puit 

Cela fait 30 ans qu'il s'occupe de puits.

Son premier, il l'a creusé au fond d'une petite vallée - presque une gorge - et en a confié, au bout de quelques temps, la garde à quelqu'un autre, pour aller en creuser un second dans un endroit moins inaccessible.

Depuis, il est là à s'occuper de son puit, à l'entretenir, à tirer de l'eau pour étancher la soif de ceux qui - langue pendante ou simples touristes - passent dans les parages.

Une vraie servitude, ce puit.

Il peut se passer des jours sans que personne ne vienne, mais lui doit être là, au cas où…

 

Servitude ou service ?

A vrai dire, il préfère le second qualificatif, même si parfois…

Parce qu'il faut bien le dire : si son puit lui a permis de rencontrer des gens dont le souvenir illumine son regard, il y en a d'autres…

Que ne lui a-t-on pas reproché !!!

Qu'il était trop lent à tirer l'eau, ou au contraire trop précipité ; que son eau était presque tiède, ou alors trop froide ; qu'elle avait un goût…

C'est tout juste si on ne lui a pas dit qu'elle était trop mouillée !

Les gens…

Il y a ceux qui sont venus régulièrement, qui lui ont promis de l'aider pour creuser, déblayer la terre, bâtir le puit et qui ont tenu parole avant de reprendre leur route ; et puis ceux qui, à peine la promesse faite, ont disparu sans un mot…

 

Il y a eu les projets aboutis, comme ce lieu d'accueil pour les voyageurs où - moyennant un écot - ils peuvent même apprendre quelque chose des techniques qui font la beauté de ce puit (il faut dire que toute sa famille s'est impliqué dans cette réalisation) ; et ceux qui ont du être abandonnés au tout dernier moment, comme celui de recreuser le puit, d'en faire un plus grand. D'ailleurs, paradoxe de la vie, quelques années plus tard un étranger a fait creuser un second puit, plus petit, juste à côté du sien et le lui a confié : avec son auvent en bois, il sera plus confortable, à la mauvaise saison.

 

Trente ans déjà ! Et malgré parfois un peu de lassitude, il continue son service, accueillant ses visiteurs d'une cordial "Bienvenue !" tandis que ses yeux disent "La paix soit avec vous !".

 

Cela fait quelques années que je le connais, et quoiqu'il ne soit pas à côté de chez moi, lorsque je peux, je passe le voir : j'aime son puit, j'aime son eau, j'aime sa manière d'accueillir.

Il m'a une fois ou l'autre demandé de l'aider à ranger les cordes, ou à faire passer l'eau aux visiteurs… Comment aurais-je pu refuser.

J'ai à peu près l'âge qu'il avait quand il a commencé, mais ce qu'il fait depuis tant d'années, j'en serais bien incapable. D'autant qu'il m'a confié, récemment, qu'il avait commencé à creuser un autre puit, ailleurs, en plus de celui-là.

 

En fait, il n'est pas puisatier… ou alors, son puit, c'est cette église.

 

chapelle-dormition.jpg

Trente ans de service !

AXIOS !

(et merci)


Au fait, le "puit" qui lui a été offert "par un étranger", c'est cette chapelle en bois...


Publié dans Côté iconostase

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