Nicée I

Publié le par Albocicade

Le dimanche précédant la Pentecôte (donc, hier) est dédié à la mémoire des 318 Pères du premier concile oecuménique, le fameux concile de Nicée tenu en 3251.

Un événement, ce concile !

Jusque là, il arrivait que localement des évêques se retrouvent pour discuter de points d'organisation pratique et prendre des décisions communes pour la bonne marche de l'Eglise. Mais jamais, jamais on n'avait convoqué les évêques de toutes les parties de l'Empire !

Bon, à vrai dire tous ne se rendirent pas à la convocation, et même beaucoup d'entre eux n'apprirent l'existence de ce concile que bien des années plus tard, comme ce fut le cas pour St Hilaire de Poitiers. Et si l'on compte bien un évêque gaulois parmi les signataires des décisions du concile – le bien méconnu Nicasios de Die, on se demande un peu ce qu'il faisait si loin de son diocèse.

Mais tout de même !

Ils vinrent en nombre, beaucoup portant les marques et cicatrices des coups reçus durant les dernières persécutions : la paix pour l'Eglise n'était pas bien ancienne, une grosse dizaine d'années tout au plus : l'édit de tolérance de Galère n'avait été promulgué qu'en 3112 pour être confirmé par Constantin et Licinius en 313 avec le rescrit de Milan. C'est bien peu. Et même, on raconte que Licinius, dont le territoire se rétrécit comme une peau de chagrin laisse génère (ou, à tout le moins laisse se développer) un climat de violences anti-chrétiennes, en opposition au rescrit de 313. Aussi, suite à la bataille d'Andrinople en 324, Licinius défait laisse le champs libre à Constantin, son ex-co-césar, son beau-frère, et son rival.

Il n'y a plus maintenant qu'un Empire et un seul empereur.

Pourtant, cette unité est menacée de l'intérieur par... les querelles des chrétiens.

Le problème part d'Egypte, où un prêtre désireux de simplifier au mieux la catéchèse chrétienne pour évangéliser les marins en escale (sa paroisse est celle de Baucalis, jouxtant le port d'Alexandrie) compose des chants aux paroles simples, à la mélodie entraînante et à la doctrine... douteuse.

Parce que pour lui, Dieu doit pouvoir être dit dans un discours basique, paraissant logique même pour un enfant de 10 ans. Et donc, pour lui, Si Dieu est Dieu, le Christ quant à lui n'est qu'une toute première créature, éminemment supérieures à toutes les autres certes, mais une créature quand même.

La chose surprend, et remonte jusqu'aux oreilles de l'évêque Alexandre. Un synode local à lieu en 318, qui constate que ce qu'enseigne le prêtre Arius n'est pas compatible avec la foi de l'Eglise, et puisque ce dernier n'en démord pas, excommunie le novateur qui prend la route et va se réfugier en Bithynie où il obtient le soutien d'une partie du clergé local, et en particulier de son évêque, Eusèbe de Nicomédie qui le réintègre dans le clergé.

Un second concile local se tient alors à Antioche, qui confirme les décisions d'Alexandrie mais où certains évêques prennent la défense d'Arius, et un troisième est prévu à Ancyre... La chose semble vouloir s'éterniser.

Aussi Constantin, craignant que cet effritement de l'unité de l'Eglise se traduise par un morcellement de son Empire qu'il vient juste d'unifier, décide de prendre les choses en main : les chrétiens sont des sujets comme les autres, et il appartient à l'empereur d'assurer la cohésion sociale. D'autant que le christianisme ne lui est pas indifférent : non seulement sa mère, Hélène, est chrétienne, mais son père, Constance Chlore fut "Auguste" des Gaules durant le persécution de Dioclétien et on ne compte pas de martyr à cette époque en Gaules...

Donc Constantin – qui n'est d'ailleurs pas baptisé – convoque un concile à Nicée, aux portes de l'antique Byzance dont il envisage de faire sa nouvelle capitale et mets les moyens : les évêques pourront emprunter gratuitement la Poste impériale pour se rendre à cette convocation. Ce concile, il en présidera les séances en tant qu'évêque "de l'extérieur" (il est "Souverain Pontife" de la religion romaine officielle) mais n'interviendra pas dans les débats : ce qu'il veut, c'est que soient réglées une fois pour toutes les lignes de fractures à l'intérieur du groupe chrétien.

Le concile sera parfois houleux, mais une confession de foi sera adoptée, qui sera complétée 56 ans plus tard, et Arius est officiellement déposé et envoyé en exil.

En fait l'Histoire ne s'arrête pas là, mais l'Eglise sera reconnaissante à cet empereur d'avoir définitivement clôt la période des persécution et d'avoir mis à disposition de l'Eglise les moyens techniques de régler ce problème doctrinal. Reconnaissante au point de compter Constantin au nombre de ses saints, et de lui octroyer le titre, rare, d'isapostolos : "égal aux apôtres".

 

Je sais que ce titre fait grincer des dents à certains. Parce que, disons-le, si Constantin a permis la tenue de ce concile hors normes, il ne fut pas absolument satisfait du résultat : il espérait une résorption du problème et a vu deux clans irréconciliables se lever et se faire face. Car si les orthodoxes firent bloc autours de la Confession de foi de Nicée, les partisans d'Arius ne désarmèrent pas et firent tout leur possible pour réhabiliter l'ex-prêtre de Baucalis et discréditer aux yeux de l'empereur le successeur de l'évêque Alexandre d'Alexandrie : Athanase. Ils y parvinrent d'ailleurs, puisque Constantin rappela Arius de son exil et exila Athanase : d'abord peu désireux de s'impliquer dans ce débat interne à l'Eglise, Constantin s'était peu à peu rapproché des ariens. Et s'il fut effectivement baptisé en 337, sur son lit de mort alors qu'il partait en campagne militaire contre les Perses, c'est par l'évêque Eusèbe de Nicomédie, un des plus fidèles soutiens d'Arius.

 

Alors ? Certes, Constantin n'a pas eu en toutes circonstances une conduite vertueuse... comme tout homme d'Etat, particulièrement en cette période troublé.

Il ne s'est pas précipité pour devenir officiellement chrétien et a gardé jusqu'au bout son titre de "Pontifex Maximus" païen ? C'est vrai, mais pouvait-il faire autrement sans que l'Empire s'effondre ? D'ailleurs, nombre de ses actes montrent un véritable intérêt pour le devenir de l'Eglise, comme son soutien à la construction d'Eglises à Jérusalem, ou la commande des cinquante Bibles pour les églises de la Capitale... Par ailleurs, son titre de Pontifex Maximus n'était rien d'autre qu'honorifique3 : le "Souverain pontife païen" ne pouvait officier qu'à Rome, et Constantin avait établi sa capitale à l'autre bout de l'Empire...

Quant à son baptême par Eusèbe de Nicomédie... il s'agit peut-être d'un simple et malencontreux hasard : Constantin qui retardait (comme beaucoup à l'époque) le moment de recevoir le baptême se trouva malade et aux portes de la mort à Nicomédie, alors qu'il était en route pour combattre les Perses : il reçut le baptême par l'évêque du lieu, sachant que quoique fortement arien, Eusèbe n'avait pas été déposé.

Enfin, un dernier point est parfois avancé pour ternir le nom de Constantin : son fils et successeur Constance II fut un ardent défenseur des ariens, et grand persécuteur d'Athanase. C'est oublier un peu vite qu'un autre des fils et successeurs de Constantin, Constantin II, fut lui un nicéen convaincu et autant qu'il le put, un protecteur d'Athanase.

 

Alors, Constantin, au centre sur cette icône syrienne (Alep 1637), encadré de ses gardes est bien à sa place, lui qui a convoqué le Concile et qui le présidait tout en laissant aux évêques le soin de mener les débats. Par ailleurs, on reconnait sur la droite, avec son bonnet de berger, St Spyridon de Trimithonte, et plus à droite encore St Nicolas de Myre "fermant la bouche" d'Arius.

 

 

Les notes qui complètent ce trop abondant billet.

1A ne pas confondre, bien sûr, avec l'autre concile qui s'est tenu à Nicée, en 787, et qui est compté comme le Septième concile oecuménique, comme chacun sait.

2Cet édit met de facto fin à la persécution initiée par Dioclétien en 303, qui fit un nombre incalculable de martyrs en Afrique et en Orient... et probablement aucun en Occident...

3Ce titre fut officiellement refusé par Gratien en 376, soit 40 ans après la mort de Constantin. Mais à cette époque là, la place du christianisme dans l'Empire avait notablement évolué.

Publié dans Cigale patristique

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