D'une histoire à une autre

Publié le par Albocicade

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Petite soirée entre amis.

Nous devisons paisiblement autours d'un gâteau (l'un de nous a son anniversaire dans deux jours).

De pensées en réflexions, nous en venons à parler des martyrs, et notre hôte – d'ascendance arménienne – se met à nous narrer un épisode du génocide du début du XXe siècle.

Quoiqu'il ne connaisse pas tous les détails de l'histoire, pour l'ensemble son récit est assez précis :

Il s'agit d'un groupe de dix chrétiens arméniens, arrêté par les autorités turques. C'était en plein hiver, et – par mesure vexatoire – leurs gardiens se prirent de l'envie de leur faire renier le Christ. Pour cela, ils les firent déshabiller et les laissèrent au froid, en plein vent, tout en se tenant eux-même près d'un bon feu de camp, libre à chacun de leurs prisonnier de venir les rejoindre… après avoir renié sa foi.

Le malheureux tenaient bon et après plusieurs heures, un seul avait quitté le groupe des victimes pour rejoindre ses bourreaux… et le feu. Peu à peu, les chrétiens transis s'affaissèrent et passèrent de coma à mort. Un des gardes turcs vit alors des sortes de couronnes descendre du ciel et se tenir au-dessus des martyrs. Bouleversé, il alla se placer au milieu des victimes.

Chacun l'écoute attentif.

Pour moi, cependant, plus il raconte, plus le sentiment de "déjà connu" grandit, et lorsqu'il parle des couronnes - sans mettre en doute une seconde sa sincérité - je l'interromps avec mon tact habituel (heureusement, il ne se formalise pas pour cela !)

Non ! Son histoire ne va pas. Ou plutôt, si, mais ce n'est pas celle qu'il pense raconter.

En effet, quoique les détails soient différents, la trame est absolument celle des "Quarante martyrs de Sébaste"… au début du IVe siècle, en plein empire romains. En fait, le seul point qui m'interroge, c'est "comment ce récit des temps du christianisme antique se retrouve-t-il associé au génocide arménien ?". Et ce n'est que plus tard que je me suis souvenu que Sébaste se trouvait justement en Province romaine d'Arménie.

Tout se tenait alors.

Reprenons.

Nous sommes en 320. Alors que le César Licinius a commandé à ses soldats d'offrir les sacrifices d'usage pour la victoire, quarante soldats de la Douzième Légion, tous chrétiens, refusent obstinément d'obtempérer. Ils veulent bien prier pour l'empereur et empire, mais offrir un sacrifice à la divinité païenne censée présider aux destinées de Rome, fut-ce simplement en brûlant quelques grains d'encens, ça jamais ! Ce serait faire œuvre d'idolâtrie, ce serait renier le Christ.

Cependant, même si Licinius avait cosigné, sept ans auparavant, le rescrit autorisant les chrétiens à vivre paisiblement dans l'Empire, ce refus de sacrifier est considéré comme de la haute trahison.

Et les quarante soldats sont placés nus, sous bonne garde, sur un lac gelé….

Pour le reste de l'histoire, voir la page wikipedia qui leu est consacrée, ainsi que ce document, plutôt bien fait.

 

http://www.roea.org/images/Parishes/40-Martyrs-Sebaste.jpg

 


Ainsi, à partir de quarante martyrs authentiques naissait l'histoire de dix autres, à 16 siècles d'écart.

Ou : "comment se forment les légendes"…

 



Publié dans Cigale patristique

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