Nikolaos, Gilles, Grigori et ...

Publié le par Albocicade

I. Empire Romain, fin du premier siècle, Jean, calame à la main note les paroles de la vision1 : "Écris à l'ange de l'Église d'Éphèse: Voici ce que dit celui qui tient les sept étoiles dans sa main droite, celui qui marche au milieu des sept chandeliers d'or .../ Tu as pourtant ceci, c'est que tu hais les oeuvres des Nicolaïtes, oeuvres que je hais aussi."

Qui sont donc ces Nicolaïtes2, aux oeuvres haïssables ?

Selon St Irénée de Lyon3, "Les Nicolaïtes ont pour maître Nicolas, un des sept premiers diacres qui furent constitués par les apôtres. Ils vivent sans retenue. L'Apocalypse de Jean manifeste pleinement qui ils sont : ils enseignent que la fornication et la manducation des viandes offertes aux idoles sont choses indifférentes."

Et Tertullien4, qui les mentionne en passant, précise que les Nicolaïtes sont des "apologistes de la volupté et de la luxure".

Ainsi, les Nicolaites s'autoriseraient de l'enseignement du diacre Nikolaos pour pratiquer la débauche. Qu'en est-il ?

Il me reste à citer Clément d'Alexandrie5 :

"A l'occasion d'une parole de Nicolas, nous avons omis le fait suivant. Il avait, dit-on, une femme dans la fleur de l'âge et d'une grande beauté ; après l'Ascension du Sauveur, comme les apôtres lui reprochaient de sa jalousie, il amena sa femme au milieu d'eux, et, par provocation, autorisa qui le souhaitait à l'épouser. En effet, ajoute-t-on, cette liberté est d'accord avec l'aphorisme de Nicolas : "Il faut abuser de la chair."

Aussi, ses "disciples", prenant au pied de la lettre et sans réflexion l'exemple et la parole du maitre, se livrent publiquement à une fornication effrontée.

Mais, je sais bien, moi, que Nicolas ne connut pas d'autre femme que celle qu'il avait épousée ; et que ses filles ont vieilli dans la virginité, et que son fils est demeuré dans le célibat. La chose étant ainsi, Nicolas, en amenant au milieu des apôtres la femme dont on l'accusait d'être jaloux, voulait se justifier du reproche, et par sa maîtrise dans des plaisirs recherchés d'ordinaire avec empressement, il enseignait à "abuser" de la chair, c'est-a-dire à mortifier les sens. Car ils ne voulaient pas, j'imagine, servir l'un et l'autre deux maîtres, selon le langage du précepte, Dieu et la volupté. C'est pourquoi l'on assure que Mathias enseignait aussi, qu'il faut combattre les sens et abuser de la chair, en lui refusant tout ce qui peut servir d'aliment à la volupté ; mais, augmenter les forces de l'âme par la foi et par la connaissance.

Il en est d'autres qui appellent une honteuse promiscuité du nom de communion mystique, profanant ainsi ce mot sacré. De même que nous employons le mot œuvre pour désigner une action, qu'elle soit bonne ou mauvaise, en la qualifiant par un nom générique ; ainsi en est-il de ce mot communion. La communion légitime consiste à se partager mutuellement l'argent, la nourriture et les vêtements; mais eux, ce n'est que par une dénomination impie qu'ils ont pu appeler communion tout accouplement charnel.

L'un d'eux s'étant approché, comme on le rapporte, de l'une de nos vierges, qui était dans tout l'éclat de la beauté, lui dit : "Il est écrit : Donne à qui te le demande."

Celle-ci, sans rien comprendre aux intentions lubriques de cet homme, lui répondit avec le langage de l'innocence : "Consultez ma mère à propos de ce mariage."

O impiété ! ils vont jusqu'à dénaturer les paroles du Seigneur, ces associés de débauche, ces frères de lubricité, opprobre de la philosophie, ou pour mieux dire, du genre humain tout entier ; ces corrupteurs, ou plutôt, ces destructeurs de la vérité, autant du moins qu'ils peuvent la détruire ; hommes trois fois misérables, qui consacrent et enseignent la libre communion de la chair, et pensent s'élever par elle au royaume de Dieu. Mais non ; cette communion les pousse aux lieux de débauche ; leurs dignes communiants, ce seraient les boucs et les pourceaux; et les courtisanes, toujours prêtes au fond de leur repaire à admettre impudemment les solliciteurs de la débauche, seraient, aux yeux de ces hérétiques, dans la meilleure voie du salut."

 

Ainsi, Nikolaus est innocent des actes de ceux qui se réclament abusivement de son nom, et c'est à juste titre que ce sont les Nicolaïtes et leurs oeuvres qui sont flétris dans l'Apocalypse.

 

II. Royaume de France, XV° siècle. Gilles de Montmorency-Laval, seigneur de Bretagne, d'Anjou, du Poitou, du Maine et d'Angoumois – chevalier et Maréchal de France – Gilles est un homme important. Mieux ! Compagnon d'armes de Jeanne la Pucelle, il est auréolé de la délivrance d'Orléans.

Mais voila, Gilles a un problème : il est attiré par les jeunes garçons. Il a beau avoir chevauché avec la jeune Jeanne d'Arc, celle qui entendait des voix venues du Ciel, il "consomme" des jeunes garçons. Et comme il ne veut pas que cela se sache, il les fait "disparaître". Mais bon, des enfants qui disparaissent par dizaine aux alentours du château de Tiffauge... ça se remarque.

Et dix ans après la délivrance d'Orléans, un procès est ouvert contre Gilles de Rais. Au nombre des chefs d'accusation : sodomie et meurtres de "cent quarante enfants, ou plus".

 

III. Empire russe, début du XX° siècle. Grigori Efimovitch fascine. Il est tellement pieux, il parle tellement bien, il est tellement humble et naturel... c'est certainement un homme de Dieu !

Il accèdes aux cercles les plus élevés, jusqu'à entrer dans l'intimité de la famille impériale. Un homme de confiance, on vous dit. Intègre et tout.

Pourtant des rumeurs circulent... de plus en plus précises : Grigori est un débauché. Le pauvre moujik qui joue au moine mystique mais prêche que "Pour se rapprocher de Dieu, il faut beaucoup pécher" multiplie les maîtresses et conquêtes, au fur et à mesure que sa célébrité s'accroit.

Durant des années, il est protégé de toutes parts : par le Pouvoir, par les évêques, par l'intelligentsia. Puis, peu à peu, son étoile décline, et en décembre 1916, Raspoutine meurt, assassiné.

 

IV. Il y a un autre nom que je voudrais ajouter à cette liste lamentable : Gabriel.

Ce Gabriel dont j'ai déjà parlé : Matzneff.

Comme les Nicolaïtes, il a consciencieusement mélangé débauche et spiritualité, faisant l'apologie des deux sans sembler percevoir l'insupportable contradiction. Comme Gilles de Rais, il est attiré par les jeunes, tant filles que garçons, et en a consommé par dizaines, mais sans s'en cacher, en s'en vantant. Comme Raspoutine, il a été célébré et protégé par l'intelligentsia et les pouvoirs politiques. Et, autant que je puisse le savoir, nulle autotrité ecclésiastique ne l'a jamais repris, n'a jamais mis en garde contre son verbiage de séducteur. Même aujourd'hui, alors que ce moderne nicolaïte est mis en examen pour "apologie de la pédophilie", je n'ai pas vu le moindre communiqué épiscopal, le moindre document émanant de théologiens ou d'intellectuels orthodoxes pour faire une mise au point.

 

Et vraiment, ça me plombe !

Notes : 

1Apocalypse de St Jean 2: 1, 6

2Bien sûr, cela n'a rien à voir avec les habitants de Nicolas de la Grave (82)

3Adv Haer I.23

4Adv Marcionem I.29

5Stromates III.3

Publié dans Cigale en colère

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