Le rempart

Publié le par Albocicade

Avec un de mes interlocuteurs d'un instant, médecin de son état, nous évoquons une déplaisance qui m'est récemment survenue et dont – à mon grand soulagement – je me suis fort bien remis. Incidemment, je lui fais part de ma réflexion selon laquelle notre corps est (au moins dans une certaine mesure) "auto-réparable"… Il me répond :

- Peut-être connaissez-vous cette pensée de tel théologien contemporain, selon lequel "l'homme est infiniment perfectible, jusqu'à la divinisation".

Je connais vaguement le nom cité, mais c'est la phrase citée qui me tracasse. Que veut-il dire par là ? Que l'on pourrait, à force d'efforts incessants pour ressembler à Jésus, aboutir à la perfection, et même la perfection divine ? Voila qui sent furieusement son "Pélage", ou du moins l'idée que l'on s'est fait de son enseignement.

Et face à celui-ci se dressa Augustin et ses disciples, insistant sur la grâce de Dieu… jusqu'à ce que – de raidissements en crispation – certains aboutissent, au XVIe siècle, à une doctrine opposant théoriquement la foi et les œuvres, la grâce et le libre arbitre.

Peut-on être sauvé par la foi mais sans les œuvres ?

Peut-on être sauvé par les œuvres mais sans la foi ?

Questions ineptes, un peu comme si l'on demandait à un enfant :

"Es-tu l'enfant de ton père ou de ta mère ?"*

L'un et l'autre vont ensemble ou ne vont pas.

 

Cela me rappelle une aventure qui est arrivé à Constantin Tischendorf.

Parti de Livourne en Avril 1844, il gagna le Caire d'où, en compagnie de trois bédouins et d'un drogman arabe, en une caravane de quatre chameaux, il s'engagea dans le désert jusqu'au monastère St Catherine du Sinaï.

Le couvent est bâti comme une forteresse, et arrivé au pieds des murailles, Tischendorf ne put trouver d'entrée : la porte originelle, dans le mur ouest, était murée depuis des siècles, et celle par laquelle on passe actuellement ne devait être percée, dans la même muraille, que 20 ans plus tard.

Il lui fallut appeler pour qu'un bon caloyer, lui ayant demandé ce qui l'amenait, lui permette d'entrer dans le monastère, au moyen d'un grand panier au bout d'une corde dans lequel notre savant helléniste prit place pour être hissé le long du rempart.

 

Si Tischendorf n'avait pas fait le long voyage jusqu'au pied des murailles, le moine eut été bien en peine de le hisser pour le faire entrer ; mais livré à ses seules forces, notre savant allemand n'aurait pu que tourner indéfiniment autour du rempart, sans y pouvoir pénétrer.

Un peu comme dans notre vie chrétienne.

 

Voici venu le temps du repentir, ô mon âme ;

Manifeste donc les fruits de la tempérance !

Regarde ceux qui, jadis, firent pénitence

et dis au Christ :

Sauve-moi, Seigneur,

comme tu sauvas le Publicain soupirant de tout son cœur,

Dieu de tendresse, toi le seul Compatissant !**

 

Bon chemin de carême à chacun.

 

Notes :

* Oui, je sais, cet exemple risque de ne plus être vraiment compris d'ici une quinzaine d'années… mais nous ne sommes pas encore (enfin je suppose) à ce niveau de confusion.

** Extrait de l'office du mardi matin de la première semaine du Grand Carême

 

Publié dans Vie quotidienne

Commenter cet article