Avec un peu de retard.

Publié le par Albocicade

Persécution des chrétiens dans l'empire romain

 

C'est passé totalement inaperçu. Bon, c'est vrai que c'est de l'histoire ancienne, mais quand même, ça a marqué un tournant dans l'Histoire.

Imaginez, deux des co-empereurs – Licinius et Constantin – déclarent que, sur le territoire de l'Empire romain, nul ne devra plus être inquiété pour fait de religion [1].

C'était il y a 1700 ans. Enfin, un peu plus… c'était au printemps, en Avril.

Mais personne ne s'en est avisé [2].

Enfin, maintenant si, puisque dimanche dernier, 6 Octobre 2013, à Nis en Serbie (oui, c'est là que Constantin est né) les patriarches de Constantinople, de Moscou, de Jérusalem et de Serbie se sont retrouvés pour commémorer cet événement. Ça, c'est pour le côté orthodoxe.

Parce que l'archevêque de Milan y était venu, dans le même but, il y a un mois. Mais là non plus, on n'en a pas parlé.

Bon, c'est vrai que les persécutions de chrétiens, passées ou présentes… tout le monde s'en fiche, non ?

Et avant les petites notes de tout en bas, je vous laisse lire le "rescrit", tel que nous l'a transmis Lactance dans son "De la mort des persécuteurs" (chap 48), mais traduit en français quand-même.

 

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   2. « Moi, Constantin Auguste, ainsi que moi, Licinius Auguste, réunis heureusement à Milan, pour discuter de tous les problèmes relatifs à la sécurité et au bien public, nous avons cru devoir régler en tout premier lieu, entre autres dispositions de nature à assurer, selon nous, le bien de la majorité, celles sur lesquelles repose le respect de la divinité, c'est-à-dire donner aux Chrétiens comme à tous, la liberté et la possibilité de suivre la religion de leur choix, afin que tout ce qu'il y a de divin au céleste séjour puisse être bienveillant et propice, à nous-mêmes et à tous ceux qui se trouvent sous notre autorité. 3. C'est pourquoi nous avons cru, dans un dessein salutaire et très droit, devoir prendre la décision de ne refuser cette possibilité à quiconque, qu'il ait attaché son âme à la religion des Chrétiens ou à celle qu'il croit lui convenir le mieux, afin que la divinité suprême, à qui nous rendons un hommage spontané, puisse nous témoigner en toutes choses sa faveur et sa bienveillance coutumières. 4. Il convient donc que Ton Excellence sache que nous avons décidé, supprimant complètement les restrictions contenues dans les écrits envoyés antérieurement à tes bureaux concernant le nom des Chrétiens, d'abolir les stipulations qui nous paraissaient tout à fait malencontreuses et étrangères à notre mansuétude, et de permettre dorénavant à tous ceux qui ont la détermination d'observer la religion des Chrétiens, de le faire librement et complètement, sans être inquiétés ni molestés.

   5. Nous avons cru devoir porter à la connaissance de Ta Sollicitude ces décisions dans toute leur étendue, pour que tu saches bien que nous avons accordé aux-dits Chrétiens la permission pleine et entière de pratiquer leur religion. 6. Ton Dévouement se rendant exactement compte que nous leur accordons ce droit, sait que la même possibilité d'observer leur religion et leur culte est concédée aux autres citoyens, ouvertement et librement, ainsi qu'il convient à notre époque de paix, afin que chacun ait la libre faculté de pratiquer le culte de son choix. Ce qui a dicté notre action, c'est la volonté de ne point paraître avoir apporté la moindre restriction à aucun culte ni à aucune religion.

   7. De plus, en ce qui concerne la communauté des Chrétiens, voici ce que nous avons cru devoir décider : les locaux où les Chrétiens avaient auparavant l'habitude de se réunir, et au sujet desquels les lettres précédemment adressées à tes bureaux contenaient aussi des instructions particulières, doivent leur être rendus sans paiement et sans aucune exigence d'indemnisation, toute duperie et toute équivoque étant hors de question, par ceux qui sont réputés les avoir achetés antérieurement, soit à notre trésor, soit par n'importe quel autre intermédiaire. 8. De même, ceux qui les ont reçus en donation doivent aussi les rendre au plus tôt auxdits Chrétiens. De plus, si les acquéreurs de ces bâtiments ou les bénéficiaires de donation réclament quelque dédommagement de notre bienveillance, qu'ils s'adressent au vicaire, afin que par notre mansuétude, il soit également pourvu à ce qui les concerne. Tous ces locaux devront être rendus par ton intermédiaire, immédiatement et sans retard, à la communauté des Chrétiens. 9. Et puisqu'il est constant que les Chrétiens possédaient non seulement les locaux où ils se réunissaient habituellement, mais d'autres encore, appartenant en droit à leur communauté, c'est-à-dire à des églises et non à des individus, tu feras rendre auxdits Chrétiens, c'est-à-dire à leur communauté et à leurs églises, toutes ces propriétés aux conditions reprises ci-dessus, sans équivoque ni contestation d'aucune sorte, sous la seule réserve, énoncée plus haut, que ceux qui leur auront fait cette restitution gratuitement, comme nous l'avons dit, peuvent attendre de notre bienveillance une indemnité. 10. En tout cela, tu devras prêter à la susdite communauté des Chrétiens ton appui le plus efficace, afin que notre ordre soit exécuté le plus tôt possible, et afin aussi qu'en cette matière il soit pourvu par notre mansuétude à la tranquilité publique. 11. Ce n'est qu'ainsi que l'on verra, comme nous l'avons formulé plus haut, la faveur divine, dont nous avons éprouvé les effets dans des circonstances si graves, continuer à assurer le succès de nos entreprises, gage de la prospérité publique.

   12. Afin, d'autre part, que la mise en forme de notre généreuse ordonnance puisse être portée à la connaissance de tous, il conviendra que tu fasses faire une proclamation pour la promulguer, que tu la fasses afficher partout et que tu la portes à la connaissance de tous, de façon que nul ne puisse ignorer la décision prise par notre bienveillance. »

   13. A cette lettre qui fut affichée, il ajouta encore la recommandation verbale de rétablir les lieux de réunion dans leur état primitif. Ainsi, de la ruine de l'Église à sa restauration, il s'écoula dix ans et environ quatre mois.

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Les ptites notes, pour ceux qui aiment :

 

1. Je laisse les spécialistes décider si, oui ou non, le nom de Constantin figurait sur le premier exemplaire de cette lettre adressée aux différents gouverneurs de provinces, toujours est-il que, à cause de ce qui suivit (ce bougre de Licinius aurait même repris des persécutions contre les chrétiens peu avant sa chute), ce rescrit est associé au nom de Constantin. Et même que, la légende aidant, on en a fait un Edit impérial… le fameux "Edit de Milan"

2. (même pas moi, c'est vous dire)

Publié dans Cigale patristique

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