C'est (paraît-il) au Danemark

Publié le par Albocicade

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Une place accompagnée pour le spectacle de son choix.

Cela faisait partie des "chèques culture" que la Grande Cigale avait reçu, au collège.

Et son choix s'était porté sur Hamlet.

Date a donc été prise, places réservées.

De cette pièce je n'avais lu, outre quelques citations, qu'une sorte de "résumé" un peu décalé réalisé au début des années 70 par Gotlib et Alexis dans l'album BD "Cinémastock". A peine de quoi avoir un vague vernis de familiarité.

Le soir de la représentation, j'étais épuisé. Mais dans la mesure où Dame Cigale était exténuée (quand je dis que c'est sévère ici, le travail, l'été) je pris donc la route pour Grignan. Non sans un léger pincement au cœur : j'ai déjà été – à quelques reprises – échaudé par des mises en scène prétendument (ou "résolument" ?) avant-gardistes… sur quoi allions-nous tomber ?

 

Quoique n'ayant jamais lu cette œuvre de Shakespeare, j'ai eu dès l'abord l'impression curieuse, plaisante aussi, que le traducteur avait non seulement rajeuni le texte (j'ai dit "rajeuni", pas "modernisé"), mais en outre qu'il l'avait quelque peu allégé (ce que des vérifications ultérieures confirmèrent, par exemple ici, ou, en français, ici).

 

Deux heures et demi (tout de même) de spectacle, dans une mise en scène à la fois sobre et classique ; un jeu vif, tonique (mais cependant pas "excité") ; espaces et lumières judicieusement mis à profit… Sans aller jusqu'à dire que ce fut une gourmandise, je pense que le vieux William n'aurait pas renié ce que nous avons vu, et les applaudissements de fin ne furent pas une politesse !

 

J'aurais aimé rester un peu, discuter avec les acteurs… mais le lendemain, il y avait le travail. Alors, il fallu reprendre la route, de nuit. Discuter un peu avec la Grande Cigale, qui avait beaucoup aimé, même si la pièce est "un peu triste" (on dénombre 8 morts durant la pièce, toutes violentes). Et repenser à la pièces… par exemple :

 

La (fameuse) méditation sur la relation entre le choix et l'action ou l'inaction…( III.1)

 

Être ou n'être pas, voilà la question.... Qu'est-ce qui est le plus noble pour l'âme? supporter les coups du destin ? ou se battre contre un océan de misères et, de haute lutte, y couper court ?...

 

La parole désabusée du garde (I.4) :

Il y a quelque chose de pourri, au Royaume de Danemark

 

La méditation sur la mort, Hamlet tenant le crâne de Yorick, l'ancien bouffon du roi, décédé depuis plus de 20 ans (V.1) :

Hélas! pauvre Yorick.... Je l'ai connu ; Horatio ;  c'était un garçon d'une verve infinie ; d'une fantaisie tout à fait rare. Il m'a porté sur son dos un millier de fois…

 

Cette réflexion sur le rapport entre l'écrit et la pensée, extrait d'un dialogue entre Polonius, ministre du roi, et le prince Hamlet (II.2)

 

Polonius - Que lisez-vous, mon seigneur ?

Hamlet - Des mots, des mots, des mots !

 

Et, pour finir, le rapport entre justice et miséricorde : Hamlet confiant une troupe de comédiens aux bons soins de Polonius (II.2):

 

Hamlet- Mon bon seigneur ; voulez-vous veiller à ce que les comédiens soient bien traités ? Vous entendez; il faut en user bien avec eux; car ils sont comme le résumé et la chronique abrégée des temps. Il vaudrait mieux pour vous avoir une méchante épitaphe après votre mort; que d'être maltraité par eux durant votre vie.

Polonius - Monseigneur; je les traiterai selon leur mérite.

Hamlet - Non ! beaucoup mieux ! Si l'on traite chacun selon son mérite ; dites-moi, qui donc, en ce cas, échappera au fouet ? Traitez-les selon votre propre rang et votre dignité ; moindres seront leurs droits ; plus méritoire sera votre bonté.


Publié dans Vie quotidienne

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Laurence 11/08/2011 15:11



Ah, les fêtes nocturnes au chateau de Grignan...normalement, je n'en manque pas une, étant dans la Drôme en été. Point de Grignan cet été...je me sens un p'tit coup de vague à l'âme
soudainement...