La batterie

Publié le par Albocicade

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Nous nous étions donné rendez-vous sur une aire d'autoroute, pas très loin de chez moi : venant du nord, allant dans le sud, il y passaient nécessairement, et c'était l'occasion de se voir, même brièvement.

C'est pratique, une aire d'autoroute, il  y a toutes les commodités nécessaire pour une attente confortable.

D'un autre côté, l'autoroute a aussi ses inconvénients, en particulier les bouchons.

De sorte que l'attente se prolongea près de 3 heures durant lesquelles (justement pour avoir l'heure) je laissais le contact allumé.

Il faut croire que ma batterie était bien faible puisque, lorsqu'ils furent repartis, je me trouvais dans l'incapacité de faire de même.

Après avoir – sans succès – demandé à quelques chauffeurs s'ils en avaient, je me résolus à acheter, au prix fort, des câbles de batterie. (C'est pratique, les aires d'autoroutes, mais c'est cher…)

Puis, je sollicitai la première voiture qui passait afin que son chauffeur me céda un peu d'électricité, ce qu'il accepta avec beaucoup d'urbanité.

Las ! Après plusieurs tentatives, un constat implacable s'impose : pour une raison qui m'échappe, ça ne marche pas.

Mon secours improvisé me propose alors, profitant de la "pente" (à peine 1 %, à mon avis), de pousser la voiture, ce que j'accepte – en inversant les rôles : qu'il se place au volant tandis que je pousse me semble la moindre des corrections.

Mais, à pousser seul un véhicule sur du plat, le résultat est moyen ; et au premier essai, c'est à peine si le moteur hoqueta.

Avisant alors un groupe de personne à quelques pas de moi, en train de faire debout une pause pique-nique sous les pins, j'en appelle aux costauds du groupe pour un coup de main.

Leur réaction me stupéfia : ils se regardèrent comme si j'avais dit quelque chose d'incongru puis, s'étant concerté, ils désignèrent leurs sandwichs pour signifier – sous les regards bienveillants de leurs épouses – qu'il y a des priorités auxquelles rien ne doit céder.

 

Est-ce la colère que je ressentis alors contre eux, le mépris que leur attitude suscita en moi, ou un coup de main de mon ange gardien ? Toujours est-il qu'à la tentative suivante, le moteur faisant un louable effort démarra.

Couvrant mon Aide de mille mercis, je repris sa place au volant et, ayant bien soin de ne pas caler, me mis en route.

 

Toutefois, je restai bouleversé par la réaction des trois gars.

Que, face à une situation soudaine, on reste comme pétrifié, frappé de stupeur et – par conséquent – incapable dans un premier temps de porter secours à qui en aurait besoin, je peux le comprendre.

Que, vêtu en dimanche, on rechigne à plonger les mains dans le cambouis – surtout si l'on n'est pas un as de la mécanique – pour tenter un dépannage complexe en faveur d'un clampin quelconque, je l'admet.

Qu'enfin on y regarde à deux fois avant de risquer sa vie pour porter aide et assistance à quelque personne en péril, qui pourrait le blâmer ?

Mais cette indifférence délibérément mise en œuvre, cette détermination à refuser d'aider – et ce dans une situation si banale, si anodine – me fait froid dans le dos.

Pour moi qui vis dans un coin où les gens sont globalement gentils et raisonnablement serviables, une telle attitude est totalement inimaginable, inconcevable.

Toutefois, mis face à cette réalité, cela me rappelle que si les situations les plus injustes, les plus dramatiques (que ce soit à un niveau politique, économique, mais aussi familial, domestique…) ont des responsables directs, elles ne peuvent perdurer qu'avec la lâche complicité, la frileuse passivité, l'assentiment implicite des indifférents.

 

Et je me demande jusqu'à quel points des gars comme ça ne sont pas déjà prêts pour servir de base passive, inconsciente, à un prochain régime fasciste…

 

Au fond, c'est aussi toute la question "Qui est mon prochain…"


Publié dans Cigale en colère

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Laurageai 15/08/2011 21:42



C'est vrai, je ne me souvenais pas qu'il l'était autant! Je devais être vraiment en rogne!



Albocicade 15/08/2011 21:18



Effectivement, votre article est...
virulent.


J'imagine assez bien la tension, la colère, la frustration... et le mal aux bras !



Laurageai 15/08/2011 19:04



Oui, j'ai été moi-même confrontée à ce genre de situation, que j'ai commentée dans l'article "le droit des cons" sur mon propre blog.


En Russie, les gens sont beaucoup plus solidaires et serviables. Mais peuvent être grossiers et agressifs. Du moins, pas si indifférents!