26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 07:14

L'autre jour, par quelle voie imprévisible me suis-je retrouvé - sur un site catho-intégriste - devant une page sur la corrida ? Je n'en sais rien.

Mais ce que j'y ai lu m'a laissé perplexe.

je cite :

"nous déclarons simplement, par delà les aspects purement spectaculaires de l’art tauromachique, que le décorum, les éléments quasi sacrés qui entourent la corrida (vêtements de lumière, sens du sacrifice, dévotion et sentiment religieux, etc.), sont un motif de nature à susciter respect et sympathie à l’égard de cette tradition singulière qui a tissé au fil des siècles des liens très étroits avec le catholicisme."

 

Pour ce qui est du "décorum", je veux bien les croire. Mais est-ce suffisant ?

Est-ce le "décorum" qui donne sa véracité à un événement ? Que penseraient ces "cathos intégristes" d'une "messe" à Notre Dame de Paris interprétée par une troupe folklorique devant un parterre de touristes*.

Quoiqu'ils seraient encore capables de trouver cela très bien, puisqu'ils voient dans la corrida le sens du sacrifice.

Or, de quel "sacrifice" parle-t-on, dans une Liturgie ? Celui du Christ, qui nous donne la vie, pas celui d'un taureau qui n'est là que pour l'excitation collective... que ces gens curieux appellent une "dévotion".

Je ne sais pas trop pourquoi je parle de cela... peut-être parce qu'en lisant ces lignes, me revenaient en mémoire des paroles enflammées de St Jean Chrysostome...

 

Je ne citerai qu'une phrase prise d'une homélie célèbre, dans laquelle St Jean s'offusquant des clameurs qui lui étaient parvenues du cirque deux jours auparavant s'adresse à ses paroissiens :

"Les uns, dans les gradins du haut, se donnaient en spectacles, les autres, dans les places du bas acclamaient les cochers en vociférant. Mais que pourrions-nous dire, quelle excuse avancer si un étranger indigné nous prenait à partie, disant "Est-ce bien là une ville qui a été visité par un apôtre ? Est-ce vraiment cette ville qui a été enseignée ? Est-ce donc là une conduite digne d'un peuple dévoué au Christ ?"

Et pourtant, il ne s'agissait que de courses de chevaux. Qu'aurait-il dit pour des mises à mort d'animaux ?

 

Je renvoie les curieux vers trois textes de Chrysostome sur les spectacles :

l'homélie sur les jeux du cirque (à laquelle j'ai emprunté ma citation), mais aussi une homélie sur Lazare, et même une sur St Matthieu (à la fin de l'homélie).

 

Quant à ceux qui pensent que ces spectacles sont des réunions pacifiantes... je renvoie vers un ancien billet...

 

Note

* Cette idée de "liturgie factice" est tirée d'un livre de Callebaut qui, derrière un titre racoleur ("Rites et mystères au Proche-Orient", 1973) recèle une mine d'informations.

Dans un chapitre présentant les derviches, ce groupe musulman qui fut interdit par Mustafa Kemal, et qui n'existent plus que dans une certaine clandestinité, Callebaut fait un parallèle avec cette "fiction sur la France", puisque les "derviches" que l'on peut voir  en Turquie sont des acteurs payés pour leur prestation..

La citation exacte (p 145) est "Imaginez une messe de minuit, autorisée exceptionnellement par les successeurs de Clemenceau, interprétée par une troupe folklorique locale devant un parterre de Japonais et d'Arabes".

 

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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 07:25

Travaillant sur un petit projet (et j'espère pouvoir faire aboutir une première tranche pour Noël), j'ai voulu me familiariser avec l'environnement de Théodore Abu Qurrah.

N'ayant pu me rendre sur place, j'ai du arpenter les méandre d'internet (et en particulier sur le site d'Arvi) pour dénicher quelques clichés.

Et comme l'architecture de la région de Harran est tout à fait particulière, je vous laisse apprécier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 07:35

 

Dernièrement, je tombe – sur Facebook – sur une proposition d'un imam présentée comme "un très bon projet s'il y a des personnes motivées et intéressées par le dialogue inter-religieux" puisqu'il s'agit de "relever tout ce qu'il y a dans la bible (ancien et nouveau testament) comme points communs et comme contradiction avec la foi musulmane" et de les classer selon les thèmes en fonction des convergences et des divergences.

 

La chose peut effectivement être intéressante, et j'avais moi-même – il y a plusieurs années – consacré quelques semaines à étudier ce que le Coran dit de Jésus ; cherché à comprendre la manière dont le fondateur de l'islam (considéré comme un prophète par les musulmans) voit le fondateur du christianisme (considéré comme le Sauveur par les chrétiens).

Bref, la proposition semblant intéressante, je poursuivis ma lecture :

En se basant sur les principes suivants

- Les anciennes révélations proviennent à l'origine de Dieu.

- Elles ont subit des altérations et des erreurs de transmission.

- Elles peuvent contenir la vérité mais aussi l'erreur.

- Le Coran et la Sunna authentique sont la référence sur les questions de la foi.

- Ce qui ne contredit pas le Coran et la Sunna authentique peut être considéré comme source.

 

Les principes de travail sont clairement énoncés. Mais quelles sont leurs implications ?

Et d'ailleurs, que désignent les mots "les anciennes révélations" ?

On serait tenté, dans un premier temps, de penser que cela désigne la Bible (Ancien et Nouveau Testament) ainsi que le Coran.

Pourtant, est-ce bien là la pensée du rédacteur ?

Quoique plusieurs versets du Coran soient considérés comme ayant été abrogés par des "révélations coraniques ultérieures", je n'ai jamais lu dans la littérature musulmane que le Coran aurait subi "des altérations et des erreurs de transmission"* et moins encore qu'il pourrait contenir "la vérité mais aussi l'erreur".

Il faut donc considérer que "les anciennes révélations" (mentionnées sans majuscule) désignent "la bible (ancien et nouveau testament)" (sans majuscule non plus).

 

Mais à quelles "altérations et erreurs de transmission" est-il fait référence ? S'agit-il de tenir compte des variantes textuelles dues soit à une erreur de copiste, ou au passage d'une langue dans une autre ? Ou – au contraire – est-ce une allusion à l'idée répandue dans les milieux musulmans selon laquelle "les juifs et les chrétiens" auraient "changé leurs écritures" afin de dissimuler le "fait" qu'elles auraient annoncé la venue de Mahomet ?

Or, si la question des variantes est bien documentée et sérieusement étudiée, l'idée que "les juifs et les chrétiens auraient falsifié la Révélation" ne repose absolument sur rien, tant au niveau historique que scientifique, et ne saurait servir de base de travail.

C'est pourtant sur cette base que le rédacteur énonce que "les anciennes révélations peuvent contenir la vérité mais aussi l'erreur" puisqu'il ne propose, pour comme guide pour y voir clair que "le Coran et la Sunna authentique".

Ainsi, selon ces principes, "ce qui ne contredit pas le Coran et la Sunna authentique peut être considéré comme source", et ce qui le contredit sera considéré comme falsifié… puisque "les anciennes révélations proviennent à l'origine de Dieu" et que Dieu ne  saurait se contredire.

 

En clair, on prend dans la Bible les passages que l'on peut faire coller au Coran (indépendamment du contexte, bien sûr) en affirmant que c'est la preuve de la continuité de la Révélation, et on rejette ceux qui sont trop en opposition au Coran, en rappelant que les Ecritures des Juifs et des Chrétiens ont été falsifiées… Méthode vieille comme l'islam.

 

Ce qui m'étonne, c'est qu'avec de tels "principes", l'imam termine sur ces mots : "Si le dialogue inter-religieux ne vous intéresse pas, vous avez le droit, passez votre chemin."

 

Or, il ne s'agit pas de dialogue inter-religieux, mais uniquement d'une lecture musulmane de la Bible, et d'un tri subjectif dans les textes bibliques.

Aussi, je "passe mon chemin", préférant à ce faux semblant la rigueur de pensée du prof. Campbell dans son "Le Coran et la Bible à la lumière de l'histoire et de la science" que l'on trouve sur Archive.

 

NB : L'image est une calligraphie du Notre Père, en arabe, bien sûr.

Notes

* Concernant d'éventuelles erreurs dans le Coran, il faut se rappeler que, dans la mesure où les textes du Coran étaient écrits à l'origine sans points diacritiques, des erreurs ont bien pu se produire lors de la fixation de la lecture du texte. D'autre part, l'établissement du texte définitif du Coran par Othman s'est fait en excluant des lectures et des verset qui furent alors déclarés "non canoniques", mais qui avaient circulés jusque là. Toutes les copies antérieures furent alors détruites sur ordre d'Othman.

 

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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 07:22

J'avais évoqué l'existence du projet en passant, il y a plus d'un an.

A l'époque, je venais (enfin !) de mettre en ligne un document présentant l'apprentissage de Marie Heurtin.

 

Et voilà que le film sort en salle.

Que vaut-il ? A vrai dire, je n'en sais rien, ne l'ayant pas encore vu. Notons toutefois que la bande annonce est plutôt engageante, et que le film à déjà reçu un prix.

Mais – à mon sens – le film vaut surtout à cause de l'histoire : comment la "sœur Marguerite" osa imaginer et inventer un langage tactile, une forme spéciale de dactylologie, pour communiquer avec la jeune Marie Heurtin enfermée dans un monde totalement opaque : sourde-muette-aveugle.

Et pour ceux qui ne pourraient pas aller le voir, il y a toujours le document que j'ai mis en ligne.

Mais il y a des chances que vous pourrez le voir : il va même passer dans mon village ! (en décembre)

10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 07:58

 

Qui se souvient du drame poldève ?

La supplique déchirante du petit peuple de Poldévie – cette modeste nation des Balkans exploité par d'immondes grands propriétaires dénués de scrupules – adressée aux députés progressistes de France.

L'histoire fit rire dans la mesure où quelques dignes membres du Parlement, amis et soutiens des prolétaires de tous pays, se précipitèrent au secours de ces malheureux, appuyant de leur nom et de leur autorité morale leur demande.

Des malheureux inventés pour l'occasion par un membre de l'Action Française.

 

De fait, l'empathie, la compassion ou l'enthousiasme pour une cause sont d'excellents moteurs dans la vie, mais ils ne sauraient se substituer à l'intelligence et au contrôle des informations, sous peine de se perdre en une vaine agitation.

 

Pourquoi évoquer aujourd'hui cette vieille histoire ?

Parce qu'il ne se pas quasiment pas une semaine sans que je croise – parfois ayant transité par des sites théoriquement fiables – une information, un scoop ou un appel à l'indignation n'ayant d'autre origine que le canular, ou la mauvaise foi avérée.

 

Ainsi en est-il de la fatwa que le prétendu calife Al-Baghdadi aurait lancé contre son propre frère qui serait devenu chrétien.

Ainsi la découverte (dans les archives du Vatican, évidemment) parmi les écrits en latin de l'historien romain Marcus Velleius Paterculus du récit par un témoin oculaire d'un miracle accompli par un certain Iēsous de Nazarenus.

Ainsi encore le kidnapping de deux moines de Ste Catherine du Mont Sinai par des djihadistes, et qui auraient été rendus contre une très forte rançon.

Ainsi toujours la prétendue Bible datant de 1500 ans dans laquelle serait annoncée la venue de Mahomet.

Ainsi d'un texte de St Nicolas Velimirovic contre halloween

Ainsi de beaucoup d'autres qui allient le détestable à l'ignoble (comme ces dizaines de chrétiens brûlés vifs par des djihadistes, ou cette jeune chrétienne torturée et retrouvée avec une croix plantée dans la gorge dont la photo a circulée accompagnée d'une lettre de sa mère…)

FAUX ! Tout cela est faux !

 

* Les deux premiers proviennent du site parodique "world news daily report" (ici et ici), dans lequel pas un mot n'est vrai, et il est affligeant que des sites "sérieux" aient relayé l'information.

* Le troisième, quoique peu crédible, a circulé dans les médias égyptiens d'abord, puis de manière virale, avant qu'un démenti ne vienne du monastère. Quel est l'imbécile qui a lancé la rumeur ?

* Le quatrième est un manuscrit ayant non pas 1500 ans, mais dont le colophon indique qu'il a été copié "en l'an 1500 de Notre Seigneur". Quant au contenu, s'agit-il réellement d'un texte "chrétien" annonçant la venue de Mahomet ? Dans ce cas, il s'agirait de "l'Evangile de Barnabé", une production pseudo-chrétienne médiévale postérieure à l'islam, et qui ne doit par conséquent rien à l'apôtre Barnabé. Le scoop serait alors qu'on en aurait un exemplaire en syriaque. Mais est-ce même cela ? A ma connaissance, aucune étude universitaire du "manuscrit" n'a été publiée à ce jour, et ce qu'ont écrit l'un ou l'autre des syriacisants qui se sont exprimés à partir des clichés disponibles n'ont pas confirmé cette hypothèse.

* Pour ce qui est du texte contre halloween, John Sanidopoulos a établi la supercherie

* Quant aux deux derniers exemples, j'ai retrouvé la source des photos d'une part dans un dramatique accident en RDC (un camion citerne qui a explosé après s'être renversé, tandis que des dizaines de personnes venaient récupérer de l'essence gratis), et d'autre part… dans un film atrocement gore (et franchement, pas la peine de mettre le lien). Et je me demande encore quel esprit démoniaque peut oser détourner sciemment des photos pour attiser la haine.

 

Alors, face à cette avalanche de fakes, comment faire ?

Je n'ai pas de méthode infaillible, mais bien souvent des détails trahissent l'origine frauduleuse, mais pour s'en rendre compte il faut accepter de regarder le texte ou les images la tête froide, sans se laisser envahir par l'émotion.

Et puis, sourcer, vérifier ; ne pas à priori faire crédit à celui qui nous a transmis l'info (mais qui a pu être abusé de bonne foi). Certains de mes correspondants le savent, à qui régulièrement je fais part de mes doutes, puis de mes certitudes étayées.

C'et le prix à payer pour se libérer de ceux qui veulent nous précipiter dans un univers de mensonge et de haine.

 

PS: l'image provient de Tintin "Le lotus bleu"…

 

 

 

 

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6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 07:19

L'autre jour, au cours d'un repas chez des amis, j'y vais d'un "bon mot" quelque peu éculé :

"Vous savez pourquoi c'est Noé qui a été choisi pour faire l'arche, cet immense bateau ?"

Nul ne proposant la réponse attendu, j'y vais de "ma" réponse.

"Parce qu'au milieu de tous ces gens malhonnêtes et violents, ben, c'était un cas, Noé".

Chacun y va, qui d'un sourire, qui d'un éclat de rire : le "canoé" fait son petit effet.

Peu après, la Mamie me tend le journal "Réforme" (oui, elle est protestante) en me disant, qu'il y a justement un article sur Noé.

Il y en a effectivement un, qui remarque que tandis que la Création "a consisté à séparer ce qui était mélangé, à organiser ce qui n'était qu'un chaos informe" et que a parole créatrice de Dieu "a introduit de la séparation dans l'informe, de l'organisation dans le chaos", posant "des polarités entre le souffle et la poussière, les commandements positifs et le commandement négatif, l'humain et l'animal, l'homme et la femme" ; le monde de juste avant le déluge se laisse voir "comme une régression dans l'ordre d'une création qui repose sur la distinction".

Et l'auteur de l'article de faire référence aux commentaires rabbiniques sur ce passage biblique qui décrivent "une société dépravée, marquée par l'immoralité, la pédérastie et la zoophilie. Le midrash dit que toutes les distinctions ont disparu, le chien s'accouple avec le loup, et le coq avec le paon. La terre elle-même se conduit comme une débauchée ; on y sème du blé et elle produit de l'ivraie ! Les distinctions fondamentales entre le bien et le mal, le vrai et le faux, le divin et l'humain, ont disparu. Le monde d'avant le Déluge est une société sans différences ni distinctions, dans laquelle l'humain est un animal qui ne cherche qu'à satisfaire ses envies. Une telle évolution ne peut déboucher que sur la violence. Les commentaires racontent que les plus forts enlèvent les femmes qu'ils trouvent à leur goût, que les hommes passent leur temps à déplacer les bornes de leur champ pour empiéter sur celui du voisin. Et lorsqu'un pauvre n'a qu'un panier de haricots, chacun lui en vole un, de sorte qu'il ne peut se plaindre et qu'il ne lui reste plus qu'à mourir de faim".

Le monde de juste avant le déluge, celui de Noé, est alors un retour au chaos.

 

Juste à côté, un autre article, plus court, qui – faisant le deuil d'un certain idéalisme hérité des années 1960-1980 – constate que la "liberté" seule peut bien n'être qu'un vain mot aux conséquences peu réjouissantes.

Je vous le livre in extenso, espérant ne pas encourir les foudres de la censure.

 

La chute de l'humanité

Certaines interprétations proposent une autre lecture du récit de la chute de Genèse 3. Elles réhabilitent l'attitude de l'homme et de la femme qui ont mangé le fruit défendu en disant qu'il s'agit d'un acte de liberté de l'humanité qui sort de l'âge de l'enfance pour entrer dans celui de la responsabilité adulte. Cette lecture a un côté séduisant car la Bible appelle à la liberté et elle a un faible pour les rebelles.

Le problème est qu'elle est contredite par la suite du récit de la Genèse.

Si Adam et Ève sont devenus adultes en quittant le jardin, quelle a été la conséquence de ce prétendu acte de liberté ? L'homme devient assassin de son frère (Caïn et Abel), il "invente" la polygamie et il construit une civilisation de violence et de confusion.

Les chapitres 4 à 6 de la Genèse montrent que la désobéissance de l'homme et de la femme dans le jardin n'était pas l'acte de liberté d'un adulte qui accède à la responsabilité, mais la revendication adolescente de l'individu qui refuse qu'une limite soit posée à son désir de toute-puissance. La manducation du fruit n'était pas l'heureuse faute qui ouvrait à l'humain la connaissance des lumières, elle est la chute d'une l'humanité qui déploie son orgueil et se développe dans la violence et le rejet.

L'histoire du vingtième siècle confirme la Bible. Nous aurions aimé pouvoir déclarer que l'humain était devenu un adulte faisant preuve de sagesse et de responsabilité. Mais Verdun, Auschwitz, la Kolyma, le S 21 et le Rwanda nous rappellent cruellement qu'il est hasardeux de compter sur la sagesse humaine. Notre lecture s'appuie sur l'exégèse, mais aussi sur la lecture de l'histoire dramatique de notre temps devant laquelle nous avons le devoir de garder les yeux ouverts. Lorsque l'humain écoute la petite voix qui lui dit qu'il peut être Dieu, il est sur une pente savonneuse qui le conduit à se débarrasser de son frère. Le philosophe Berdiaev l'a formulé de la façon suivante :

"Sans Dieu, il n'y a plus d'homme.

C'est la constatation expérimentale de notre temps."

 

Allez savoir pourquoi (et sans justifier en quoi que ce soit les intégrismes religieux de quelque bord qu'ils soients), ces deux articles, signés d'Antoine NOUIS, me semblent parler au moins autant de la société actuelle que des récits bibliques…

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 07:38

Je vous en avais un peu parlé, au début de l'été (ici, puis ici, puis encore là).

A vrai dire, ça m'a pris plus de temps que prévu pour préparer un recueil de ses homélies ; et il est maintenant temps de vous dévoiler son identité.

Il s'agit donc de … Sévérien de Gabala.

Ah, je vois que ce nom vous laisse pour la plupart de marbre, sauf un ou deux qui ont froncé les sourcils : eux, ils connaissent, ils savent que Sévérien fut pour Chrysostome ce que Ganelon fut pour Charlemagne : le traître.

Et si l'on veut être honnête, c'est un fait difficile à nier.

Evêque de la petite ville de Gabala (actuellement Jableh, en Syrie), il se rendit à la capitale de l'empire, Constantinople, pour des raisons que nous ignorons. Là, il fut bien accueilli par l'archevêque Jean (Chrysostome) qui lui confia même – durant une longue absence – le soin de prêcher dans la cathédrale, ce qui atteste autant de la confiance que lui témoignait Chrysostome que des qualités de prédicateur de Sévérien ; même si, au dire de certains contemporains, "Il avait un de ces accent ! Oh bonne mère ! Té, on aurait pu y accrocher sa veste dessus !"

Hélas, durant l'absence de Jean, les relations furent plutôt mauvaises entre Sévérien et certains membres du clergé, en particulier avec un certain diacre… Bref, à son retour, Chrysostome demanda à Sévérien de partir (n'avait-t-il pas un diocèse dont il devait prendre soin ?). Dans la foulée, l'empereur le fait revenir, ce dont Jean doit bien s'accommoder. Mais c'en est fini de cette confiance, et même de l'amitié du début. Et quand l'archevêque Théophile d'Alexandrie – venu à Constantinople pour soumettre des moines "fugitifs" – s'en prit à Chrysostome , l'accusant de tyrannie au "synode du chêne", Sévérien – qui eut cent fois mieux fait de rester neutre – prit le parti de Théophile.

On connaît la suite : un premier exil de Jean qui est rapidement rappelé, puis un second exil, sévère, qui est même aggravé par la suite et qui eut raison de la résistance de Chrysostome.

Et Sévérien ? Les uns disent que, comble de l'ingratitude, il prit un malin plaisir à réclamer contre son ancien ami, tandis que d'autres affirment qu'il tenta – en vain – d'intercéder pour lui quand le second exil fut aggravé.

Et maintenant ?

Tous les protagonistes de cette lamentable histoire ont rendu leur âme à Dieu, et comme l'écrivait Synésius de Cyrène :

"toute haine doit expirer devant le tombeau".

D'ailleurs, non seulement le nom de Sévérien n'est jamais, dans aucune des sources connues, mentionné indépendamment de Chrysostome (que ce soit pour charger Sévérien de reproches, ou au contraire tenter de le dédouaner) mais encore c'est précisément sous le nom de Chrysostome que nombre de ses homélies ont été conservées en grec.

Au final, n'est-ce pas – encore – rendre un forme d'hommage à Jean Chrysostome que d'écouter à nouveau le prédicateur, l'exégète, à qui il avait confié la chaire de la grande église de Constantinople ?

C'est donc une collection de quinze homélies que j'ai rassemblée pour le profit de qui prendra la peine de les parcourir.

Je l'ai pour le moment placée sur Academia

Un dernier mot : ce projet est né dans le sillage de celui de Roger Pearse. Il convenait d'autant plus de le signaler que, bon camarade, il m'a communiqué nombre d'informations et de documents important qui se sont révélés indispensables.

 

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 07:11

Cela peut sembler une évidence, mais traduire, c'est avant tout comprendre de quoi parle un auteur, ce qu'il a voulu dire, et le restituer au mieux dans une autre langue.

Pour cela, l'emploi de vocabulaire, de grammaire n'est rien d'autre que l'usage d'outils.

Outils indispensable, bien sûr ; rigoureusement incontournables, évidemment ; mais outils insuffisants.

Ainsi, lorsque je travaillais sur "Samon de Gaza", M. le Professeur m'avait envoyé un premier jet de sa traduction : un texte bien construit, grammaticalement irréprochable sans doute, mais qui me laissait en divers endroits avec une sorte d'insatisfaction.

Aussi, lorsque je l'eus au téléphone, je le questionnais un peu.

Ça donnait quelque chose comme ça :

- Lorsque vous écrivez "vous partagez petit à petit un pain fait de farine…", est-ce que ça ne pourrait pas se traduire "vous partagez en petits morceaux un pain…" ?

- Si, effectivement, pourquoi cela ?

Je lui expliquai alors, brièvement, la préparation de saints dons, pour la communion.

- Ah, alors oui, bien sûr, dans ce contexte, c'est "en petits morceaux…"

Parce que, voilà, M. le professeur est catholique, et n'ayant aucune idée des usages liturgiques des "grecs", il n'avait rien qui l'aurait amené à choisir un terme plutôt qu'un autre. D'où, bien sûr, l'intérêt de notre collaboration.

 

Je repensais à cela, l'autre soir, lorsque nous abordions en petit groupe le prologue de l'Evangile de St Jean.

Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ Λόγος, καὶ ὁ Λόγος ἦν πρὸς τὸν Θεόν, καὶ Θεὸς ἦν ὁ Λόγος. Οὗτος ἦν ἐν ἀρχῇ πρὸς τὸν Θεόν. πάντα δι’ αὐτοῦ ἐγένετο, καὶ χωρὶς αὐτοῦ ἐγένετο οὐδὲ ἕν ὃ γέγονεν…

Que l'on traduit généralement de la manière suivante

Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle…

(Même si, pour conserver le masculin de Logos (Λόγος), je préfère traduire "le Verbe")

Un texte plein de nuances, de difficultés, aussi.

Ce qui se manifesta en particulier, lorsque la discussion porta sur

"καὶ Θεὸς ἦν ὁ Λόγος."

Si l'on avait trouvé ces quelques mots sur un fragment de papyrus isolé, ou sur quelqu'ostracon, sans pouvoir rattacher ce fragment à un contexte, on aurait été bien en peine de choisir entre

"Et le Verbe était un dieu".

ou

"Et le Verbe était Dieu".

En effet, la grammaire n'offre aucun moyen de choisir*.

Cependant, il ne s'agit pas d'un fragment isolé, et le contexte ne permet absolument pas de considérer que l'auteur de l'Evangile de Jean était un païen croyant à une multitude de divinités.

Ce qui proscrit rigoureusement la traduction "Et le Verbe était un dieu".

 

Certain, multipliant les subtilités, voudrait traduire de manière qualitative "et dieu était le Logos". J'ai un peu de mal à comprendre l'intérêt de cette formulation (pas d'article indéfini, mais pas de majuscule non plus).

Est-ce une manière de dire que le Logos est "divin" ? Comme on parlait naguère du "divin Mozart" ?

Est-ce une manière de dire que le Logos est Dieu, mais pas vraiment ?  Mais qu'est-ce qu'être "Dieu mais pas vraiment".

N'est-ce pas plutôt une manière de se préparer une porte de sortie ? Puisque l'auteur – que par ailleurs j'apprécie – ne se cache pas de ne pas croire que Dieu soit Trinité.

Comme les bons pasteurs libéraux qui avaient traduit, dans la Bible du Centenaire "le Verbe était un être divin".

Comme aussi les Témoins de Jehovah, ces modernes ariens, qui dans leur traduction donnent "et la Parole était un dieu" (et qui dans leur enseignement affirme que le Logos est une créature. Suréminente, certes, mais créature quand même).

 

Pour être honnête, je ne suis pas – et de très loin – un spécialiste du grec, qu'il soit biblique ou autre. Mais j'avais, il y a des années, posé la question à un ami très proche – et qui lui était un spécialiste reconnu – et ce qu'il m'avait dit était en substance :  "A moins de considérer Jean comme un polythéiste, il n'y a guère d'autre possibilité que de traduire comme on le fait habituellement, "Le verbe était Dieu".

 

Bien sûr, le langage des apôtres est encore un balbutiement : ils ont à dire l'impensable, l'inimaginable, et n'ont pas à leur disposition de modèle de pensée dans lequel ils pourraient s'insérer pour raconter ce dont ils ont été témoins.

Alors ils parlent de Jésus en disant  "le Seigneur", en l'appelant "Fils de Dieu", parce que – ils le savent – Jésus, c'est "Dieu avec nous"…

 

Et le Verbe était Dieu…

 

Petites notes explicatives.

* Certains ont prétendu que, dans cette phrase, l'absence de l'article défini [ὁ] devant [Θεὸς] équivalait à devoir choisir l'article indéfini "un". Ceci est faux dans la mesure où l'attribut ne prend jamais l'article.

Il existe, il est vrai, une forme où les deux termes reçoivent l'article, mais il s'agit alors d'une forme d'insistance lourde qui imposerait de traduire deux fois la phrase en français, en inversant les fonctions sujet-attribut dans la seconde phrase.

Par ailleurs (mais ça n'a strictement rien à voir avec le cas qui nous occupe), le mot Θεὸς (Dieu)peut, selon le cas, être considéré comme un nom commun ou comme un nom propre. En tant que nom commun, la présence ou non de l'article défini indique s'il faut un article défini ou indéfini en français. Mais en tant que nom propre, il peut avoir ou non l'article défini sans que cela change quoi que ce soit, comme pour tout nom propre : Παῦλος n'est pas moins "Paul" que ὁ Παῦλος.

25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 07:44

"Pierre, Terre... Divine Lumière", c'est le nom d'une exposition qui dure jusqu'au 10 janvier 2015, et qui a commencé il y a déjà un mois.

Ça a beau ne pas être très loin, je n'ai pas encore eu le temps de m'y rendre.

Mais faut-il vraiment que j'attende d'y être allé pour la signaler ? Sans doute non : je connais plusieurs de ces mosaïques, splendides !

Et puis, il n'y a pas seulement à voir ; il y a aussi à entendre.

Ce sera le Jeudi 13 Novembre à 20h

Conférence de Bertrand VERGELY

"Retour à l'Emerveillement"

Alors, si le cœur vous en dit, n'hésitez pas !

On trouvera les renseignements sur le site de Mosaiciel.

 

 

 

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 07:44

Comme Sieur mon père me l'a répété de fort nombreuses fois,

"il faut toujours chercher les choses là où elles sont".

Certes, cet aphorisme frappé au coin du bon sens a valeur universelle, et je ne peux que l'approuver sans réserve.

A ceci près qu'encore faut-il savoir "où" sont les choses.

Ainsi, depuis plus de dix ans que je suis dans mon village, je m'évertue chaque année, à la saison des feuilles chancelantes à partir à la cueillette aux champignons.

Et chaque années, je me contente d'une bien maigre pitance : une petite poêlée – certes savoureuse – à se partager à trois (la jeune cigale ne s'adonnant pas à la dégustation mycologique).

Il faut dire que, comme partout, les coins à champignons, "ça ne se dit pas".

Ou si : on m'en a indiqué, à 15 ou 20 kms… sympa.

Sauf que cette année, un de mes interlocuteurs d'un instant m'a vanté son abondante récolte avec tant d'enthousiasme que lorsque j'ai laissé échapper – tel un long cri plaintif – "mais je ne connais pas de bon coins", il m'a aimablement indiqué où me rendre : pas bien loin, juste à l'opposé de mon secteur habituel.

Nous y sommes allés avec la jeune cigale (qui, si elle ne mange pas, ramasse avec plaisir) et en une heure de temps avons récolté plus de pinets (comme on les appelle ici) que je n'avais ramené de champignons divears au cours des cinq dernières années.

J'y suis retourné le lendemain : rebelotte, avec en prime des craterelles

C'est dire qu'à courir la campagne, je n'ai guère eu le temps de préparer un billet pour le blog.

Le prochain sera mieux, sans doute.

 

Published by Albocicade - dans Vie quotidienne
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