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Vendredi 17 mai 2013 5 17 /05 /Mai /2013 14:17

 

clan 

C'était il y a des années, ou peut-être seulement quelques jours, je ne sais plus.

En tout cas, c'était en 1942, au tout début de Mai.

Il était pas loin de minuit lorsqu'un message m'est parvenu : il me fallait prendre en charge, le lendemain matin, deux jeunes enfants à tel endroit pour les mener à un autre  lieu de rendez-vous, à une trentaine de kilomètres.

Le lendemain, donc, m'étant mis sur mon trente-et-un, je me rends au lieu prévu.

Il sont là, ou plutôt, "elles". Deux jeunes voyageuses d'une douzaine d'années, avec leurs valises. Mot de passe. Elles sont surprises… sans doute s'attendait-elles à être contacté par quelqu'individu louche, avec une vrai tête d'espion… Mais comme je leur explique, une fois installés dans le véhicule, la clandestinité, c'est avant tout ne se distinguer en rien des autres.

Je conduis tranquillement, gardant toutefois l'œil au rétroviseur.

Profitant du temps que nous avons devant nous, je les fait parler. L'une prétend s'appeler Lucienne, l'autre Agnès. Je me doute bien que c'est certainement faux (après tout, je ne m'appelle pas non plus Joseph, et c'est pourtant sous ce nom là qu'elle me connaîtront) , mais il faut impérativement qu'elles s'y habituent… là où je les mène, elles seront prises en charge par d'autres passeurs qui leur fourniront des papiers d'identités avec ces états-civils.

- Et vous allez où ?

L'une chez sa grand-mère, l'autre chez sa tante… à cause des difficultés d'approvisionnement en ville.

Les réponses sonnent juste, naturelles.

- Elle s'appelle comment, cette grand-mère ?

Grand blanc… Elle ne sait pas, n'a pas prévu cette question et commence à paniquer.

Je les rassure… mais il leur faut améliorer leur histoire, au moins pour les questions de base. D'autant que la grand-mère, la vraie, s'appelle Sarah… genre de prénom à éviter pour le moment.

Au second village que nous traversons, je me gare. Et le véhicule qui semblait nous suivre obstinément depuis dix minutes nous dépasse sans sourciller. Fausse alerte.

Mes passagères, surprises de la manœuvre, me regardent affolées. Je leur souris et tout va mieux.

- Et au fait, vous êtes de quelle religion ? La réponse arrive, presque convaincante : "catholiques".

- Alors, vous connaissez vos prières ? Toi, par exemple, tu connais quoi ?

- Heu… le "notre père"...

La voix a perdu de son assurance.

- Je t'écoute.

- Ben… "au nom du père et puis du fils et puis du saint esprit", voila.

L'autre fille la regarde, un peu amusée. Pour moi, la question est sérieuse.

- Tu sais, si tu dis être catholique, il faut que tu connaisses au moins le "Notre Père" : cela peut te sauver la vie en cas de contrôle par les allemands, eux ils connaissent.

Le reste du trajet fut donc consacré à lui faire apprendre par cœur la prière, jusqu'à ce que je puisse les déposer, avec leurs valises, près du lieu de rendez-vous suivant.

Plus tard, dans la journée, je les vois sortir de l'Hôtel de ville, avec d'autres enfants : manifestement, leurs faux papiers sont maintenant munis des indispensables et authentiques tampons.

 

Ainsi, comme sa sœur il y a quelques années (ici, puis ici et enfin ici), la Jeune Cigale s'est lancée sur les traces des enfants qui ont pu échapper (ou non) à la déferlante de haine qui a submergé l'Europe, il y a quelques décennies.

Une première étape qui l'a menée jusqu'en Hollande, à Amsterdam (musée Anne Frank) et Haarlem (Musée Ten Boom).

 

A propos des Ten Boom, j'exprimais, il y a quatre ans, le souhait que le livre "Dieu en enfer" soit un jour réédité. C'est maintenant chose faite !

Il peut même être commandé directement à Atout-Jeunes, l'association qui gère ces projets.

http://pmcdn.priceminister.com/photo/dieu-en-enfer-a-ravensbruck-avec-corrie-ten-boom-de-john-sherrill-921820555_ML.jpg

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Lundi 13 mai 2013 1 13 /05 /Mai /2013 14:24

imprimerie russe

Encore quelques documents qui en réjouiront plus d'un !

 

Ceux que j'ai mis en ligne 

 

Un article d'Alfred Guillaume sur le dialogue d'Abu Qurrah en présence d'Al-Mamun (en anglais) : Theodore Abu Qurra as Apologist (1925) sur Archive

 

L'incendie de l'imprimerie Migne, février 1868 par les journaux de l'époque.

Sur Archive et sur Scribd

 

L'étude du Pr. Joachim Jeremias (qui existe aussi en français "La dernière Cène", mais je ne l'ai pas) : The last supper : Was the Last Supper of Jesus Christ with his disciples a Passover meal ? (Je sais, j'aurais du le signaler pour le Jeudi saint, mais comme il est en anglais d'aucuns se seraient sentis lésés.)

Sur Archive et sur Scribd


De Bourdaloue, et déjà signalé en son temps : Sermon sur les richesses : sur Archive et sur Scribd

 

Et enfin, dans la traduction de Nicolas Fontaine (il faudra que je vous en parle, de celui-là...) St Hyperechios (IVe Ve siècle) : Instructions aux moines : sur Archive et sur Scribd

 

Et puis,

ceux que je n'ai pas mis en ligne

Les saints d'Alsace, sur Scribd

 

Les écrits des Pères apostoliques (Didaché, Clément de Rome, Ignace, Polycarpe, Barnabé, Papias, Hermas et l'épitre à Diognète), sur Scribd

 

Deux études de S. Griffith sur Abu Qurrah :

* The view of Islam from the monasteries of Palestine in the early cAbbasid period: Theodore Abu Qurrah and the Summa theologiae arabica, sur Bookos

* Theodore Abu Qurrah's Arabic Tract On The Christian Practice Of Venerating Images, sur Scribd

 

et puis, l'indispensable "The Biography of Theodore Abu Qurrah Revisited" de J. Lamoreaux… que l'on ne trouvait plus en ligne. Elle est maintenant sur Bookos

 

Par ailleurs, quelques volumes d'une collection particulièrement prisée de certains

Romanos le Mélode : les Hymnes, sur Scribd.

 

Jean Chrysostome : Sur la providence de Dieu, sur Scribd.

 

Jean Damascène : Homélies sur la Nativité de Marie et sa Dormition, sur Scribd.

 

Grégoire de Narek : Le livre des prières, sur Scribd.

 

Philon d'Alexandrie : La migration d'Abraham, sur Scribd.

 

Et, en provenance du très riche blog d'Alin Suciu,

dans une autre collection

Les sentences des Pères du désert

Volume 1 : Recueil de Pélage et Jean ;

Volume 2 : Nouveau recueil ;

Volume 3 : Troisième recueil et tables ;

Volume 4 : Collection alphabétique

Volume 5 : Collection thématique : Les chemins de Dieu au désert

et, en outre

les Œuvres de St Pachome et de ses disciples

 

et plein d'autres ressources sur http://alinsuciu.com/

 

Avec ça, vous avez de quoi lire pour quelques jours...

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Jeudi 9 mai 2013 4 09 /05 /Mai /2013 14:11

http://www.spi0n.com/wp-content/uploads/2013/05/the-liberator-imprimante-3d-pistolet.jpg?_cfgetx=img.rx:700;img.ry:500;&02d26c

Non, il ne s'agit pas du "Libertador" Simon Bolivar. D'ailleurs il est plus récent.

Et puis, ce n'est pas un homme, mais une arme.

Un peu comme le B24, ce bombardier qui largua des bombes au-dessus de l'Afrique du Nord et de l'Europe durant la seconde guerre mondiale.

Mais en plus récent, et en plus maniable, et en plus petit.

D'ailleurs, il est en plastique.

Pas comme le FP-45, un autre produit de la technologie américaine.

Mais d'un autre côté, il a pas mal de point en commun avec le FP 45. Notamment sa simplicité.

 

Et comme le FP-45, il a reçu le nom de "Liberator".

Mais à la différence du FP-45, il n'est pas fabriqué en usine. Si on en veut un, il faut le faire soi-même. Ou plus exactement, il faut l'imprimer soi-même, pièce par pièce, et l'assembler.

 

Le professeur Tournesol en avait rêvé (voir dans "Tintin et le lac aux requins", à 28 minutes 10 secondes) mais la chose est désormais réalisable grâce à une "imprimante 3D.

 

Est-ce véritablement un progrès ?

 

Et puis, comme Libérateur, franchement, je préfère celui-là.

http://www.pagesorthodoxes.net/icones2/christ1a.jpg

Christ est ressuscité !

 

Et, encore à propos du Libérateur, une chanson du seul bluesman français que je connaisse et apprécie, extraite de son album "La porte", 1991

(Il faut cliquer sur le bouton vert pour l'entendre...)

 

 
Et si ça ne fonctionne pas (puisque parfois ça arrive) il faudra une fois encore l'écouter à partir du serveur, à partir d'ici.

 


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Dimanche 5 mai 2013 7 05 /05 /Mai /2013 16:02

Paques 2013

 

Christ est Ressuscité !

 

Sainte

et

joyeuse

fête

de

Pâque

à

tous !

 

 

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Jeudi 2 mai 2013 4 02 /05 /Mai /2013 14:59

vatopedi

Je lis, dans les "Promenades dans Rome" de Stendhal, ce passage :

 "M. l'abbé del Greco arrive de Mayorque; il nous contait ce soir que, le jeudi saint de chaque année, on suspend au coin de la rue, près de l'église principale de chaque ville ou bourg, un mannequin de parchemin rempli de paille. Ce mannequin, de grandeur naturelle, représente Judas.

Le jeudi saint, les prêtres, dans les églises, ne manquent pas de prêcher contre ce traître qui vendit le Sauveur, et, au sortir du sermon, chacun, homme ou enfant, donne un coup de poignard à l'infâme Judas en l'accablant d'imprécations. Leur colère est si vive, qu'ils en ont les larmes aux yeux. Le lendemain, vendredi, on décroche Judas, on le traîne dans la boue jusque devant l'église; le prêtre explique aux fidèles que Judas fut un traître, un franc-maçon, un libéral ; le sermon finit au milieu des sanglots de l'assistance, et là, sur cette figure souillée de fange, le peuple jure haine éternelle aux traîtres, aux francs-maçons et aux libéraux; après quoi Judas est jeté dans un grand feu."

 

Bien sûr… et pourtant il y a quelque chose qui ne va pas.

J'ouvre "Chrysostome", à la "Première homélie sur la trahison de Judas", et je lis.

"Aujourd'hui, mes frères, Notre-Seigneur Jésus-Christ a été trahi : c'est, en effet, le soir de ce jour que les Juifs le prirent et s'en allèrent. Mais ne vous attristez pas en apprenant que Jésus a été trahi; car ce qui doit vous rendre tristes et vous faire pleurer amèrement, c'est le traître Judas mais non Jésus, sa victime. En effet, celui qui a été trahi a sauvé le monde, le traître a perdu son âme; celui qui a été trahi est assis à la droite du Père dans les cieux, le traître est maintenant dans l'enfer, en proie à des tourments sans fin. Oh ! c'est lui qu'il faut pleurer et plaindre, c'est sur lui qu'il faut verser des larmes, comme Notre-Seigneur lui-même en a versé. Car il nous apprend qu'à sa vue il fut troublé et il dit : un de vous me trahira.

Oh ! qu'elle est grande la compassion de ce bon Maître ! celui qui est livré pleure sur le traître. Oui, à sa vue il fut troublé et il dit : un de vous me trahira.

Pourquoi fut-il triste : c'était tout à la fois pour nous montrer son amour et nous apprendre à pleurer toujours, non sur celui qui supporte le mal, mais sur celui qui le fait : car c'est là le plus grand malheur. Il n'y a même pas de malheur à souffrir le mal qu'on nous fait ; mais faire souffrir, voilà le grand, l'unique malheur. En effet, endurer les maux procure le royaume des cieux, tandis que les faire endurer, c'est se préparer l'enfer et ses supplices, car il est écrit : Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux leur appartient. (Matth. V,10.)

Voyez-vous comment la souffrance et l'acceptation des maux obtiennent en retour la récompense du royaume des cieux ? Apprenez maintenant comment le châtiment et le supplice sont la conséquence inévitable des mauvaises actions. Après avoir dit des Juifs : Ils ont tué le Seigneur, ils ont persécuté ses prophètes (I Thessal. II, 15;), saint Paul ajoute : leur fin sera conforme à leurs oeuvres. (II Cor. XI, 15.) Remarquez-vous que ceux qui souffrent persécution reçoivent le royaume des cieux, tandis que les persécuteurs 'ne recueillent que la colère céleste ?

Et ce n'est pas sans motif que je me suis exprimé de la sorte, car je veux que nous ne nous irritions pas contre nos ennemis, mais qu'au contraire nous ayons pitié d'eux, pleurant et gémissant sur leur sort; puisque ce sont eux qui endurent le véritable mal par les châtiments qu'ils se préparent. Si nous disposons nos âmes par de telles réflexions, nous pourrons prier pour eux.

Voilà en effet le quatrième jour que je vous exhorte à prier pour vos ennemis, afin que mes avis aussi fréquemment répétés se gravent plus profondément en vous. Si dans mes discours j'insiste autant, c'est pour détruire l'enflure de la colère et en calmer l'ardeur, afin qu'en venant prier vous n'en conserviez plus rien. Le Christ nous a pressés à cet égard, non-seulement en faveur de nos ennemis, mais surtout dans notre intérêt, à nous qui leur pardonnons, car nous recevons plus que nous ne donnons quand nous faisons à notre ennemi le sacrifice de notre ressentiment. Et comment cela, direz-vous ? C'est qu'en pardonnant à votre ennemi, vous obtenez la rémission de vos fautes envers Dieu, fautes par elles-mêmes irréparables et irrémissibles, tandis que celles de votre ennemi sont pardonnables et faciles à expier.

Ecoutez Héli disant à ses fils: Si un homme péché contre un homme, on priera pour lui, mais s'il pèche contre Dieu, qui priera pour lui? (I Rois, II, 15.) En sorte que sa blessure ne saurait être facilement guérie par la prière : ce que la prière seule ne pourrait faire, le pardon des fautes du prochain l'opère. C'est pourquoi Notre-Seigneur a comparé les péchés contre Dieu à dix mille talents, et à cent deniers seulement les fautes contre le prochain. (Matth. XVIII, 23 et suiv.) Remettez donc cent deniers, afin qu'on vous remette à vous-même dix mille talents."

 

Ouf ! C'est exigeant, et je ne suis pas sûr d'y arriver un jour.

Pourtant, c'est cela qui est juste, et non pas d'exciter la colère contre l'autre, ou de flatter les passions…

 

Seigneur, aie pitié de tous, car tous nous sommes en péril…


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Dimanche 28 avril 2013 7 28 /04 /Avr /2013 12:28

 rameaux

Cette année, exceptionnellement, j'ai convié un auteur sans doute trop négligé : Proclus, archevêque de Constantinople.

C'est donc son Homélie pour le jour des Rameaux que je vous livre, in extenso.

Bonne et sainte fête !

*   *

La fête que nous célébrons, mes frères, demande toute notre attention et tous nos soins ; il faut que nous témoignions de la promptitude, et de l'empressement pour aller au devant de notre Roi, qui vient à nous. C'est ce que nous dit l'Apôtre en nous apprenant cette heureuse nouvelle ; Le Seigneur est proche, ne vous inquiétez de rien : ce n'est point par notre vitesse ; c'est par nos bonnes œuvres que nous le trouverons. Il est encore fort à propos de nous ressouvenir de cette maxime de l'Apôtre: La nuit est déjà fort avancée, et le jour s'approche, quittons donc les oeuvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de la lumière ; marchons avec bienséance, et avec honnêteté, comme marchant durant le jour. Allumons le flambeau de la foi ; fournissons-nous de l'huile de la miséricorde à l'exemple des Vierges sages et demeurons sur nos gardes, et veillons pour attendre la venue de Jésus-Christ ; chantons des hymnes à la louange de la justice et parfumons les pieds du Sauveur, comme fit Marie: écoutons ce qu'il dit à Dieu après sa Résurrection ; donnons à Dieu des louanges digne de sa Majesté ; chantons avec le peuple de Jérusalem: Gloire dans les Cieux ; béni soit le Roi d'Israël, qui vient au nom du Seigneur. Il vient à nous, et il ne s'en éloigne jamais ; Le Seigneur ne manque point d'ajuster tous ceux qui implorent son secours, et qui l'invoquent avec un cœur sincère, et véritablement contrit.

 

Tout ce qui se passe dans la fête que nous célébrons, ce sont des symboles et des figures d'une marche Royale. Lors que le peuple se prépare à recevoir un roi qui doit faire son entrée dans une ville, il aplanit les chemins par où le Prince doit passer, on couronne de fleurs les portes des maisons ; on ajoute de nouveaux ornements à la ville ; on n'épargne rien pour rendre le Palais propre et magnifique, l'on dispose dans tous les quartiers des chœurs de musique, pour célébrer ses louanges. Ces préparatifs sont des signes de l'entrée que le Prince doit faire dans une ville. Voilà à peu près ce que nous devons faire: nous devrions même préparer de plus grandes magnificences ; car comme la dignité du Roi céleste est infiniment au dessus de celle des autres Rois ; ainsi les devoirs que nous lui rendons doivent croître à proportion.

 

Voilà ce Roi débonnaire, et pacifique, qui est à la porte de notre ville ; les Chérubins lui servent de trône dans le Ciel: mais sur la terre, il se contente d'une ânesse ; préparons notre âme, afin qu'il y vienne faire sa demeure ; bannissons-en la haine et les animosités que nous pourrions avoir contre nos frères ; prenons garde qu'on ne nous trouve coupables de quelques blasphèmes : que notre cœur soit une vive source de charité, et qu'il soit inaccessible à toute sorte d'inimitié ; que nos lèvres soient des organes de la piété ; récrions-nous avec la foule, et disons, Béni soit le Roy d'Israël, qui vient au nom du Seigneur : quelles louanges ne devons-nous point donner à ce peuple religieux ennemi des Chefs Juifs, et ami des chrétiens ; il donne à Jésus-Christ le nom de Roi, quoiqu'il n'aperçoive en sa personne aucune marque de royauté. On ne voit point à sa suite des chats dotez, ni des mules blanches, ni de vaine pompe, qui est un signe d'ostentation, et dont les Rois de la terre ne manquent guère de se parer aux jours de cérémonie ; on ne voit ni armes, ni boucliers, ni étendards, ni d'hommes bien faits montez sur des chevaux richement harnachés ; on ne conduit point d'éléphants, qui sont le plus grand ornement des triomphes ; le Sénat ne marche point devant ; on ne voit rien qui frappe les yeux, tout ce qu'on voit en cette fête est contraire à la magnificence d'un triomphe.

 

On n'y voit qu'une ânesse avec un ânon, encore les avait-on empruntés ; le Sauveur n'était accompagné seulement que de onze disciples : car Judas tramait déjà sa noire trahison ; cependant le peuple touché de cet équipage, tout pauvre qu'il était, comme s'il eût été inspiré du Ciel, s'écrie presque du même ton que les Séraphins, Beni soit le Roi d'Israël, qui vient au nom du Seigneur.

Les Scribes et les Pharisiens entendaient avec douleur les acclamations de ce Peuple ; le titre de Roi d'Israël, qu'on donnait au Fils de Dieu, les chagrinait ; ils disaient que Jésus-Christ était possédé du démon ; mais le peuple continuait toujours à l'appeler Roi : Beni soit le Roi d'Israël, qui vient au nom du Seigneur: Qui est-ce qui a suggéré à ce peuple de donner le titre de Roi au Messie ? qui est-ce qui lui a appris à le louer de la sorte ? qui lui a inspiré de prendre des branches de palmier ? qui est-ce qui l'a assemblé de la sorte, pour dire la même chose, comme de concert ? sans doute c'est un effet de la grâce, et de l'inspiration du Saint Esprit : voilà pourquoi tout ce Peuple criait avec beaucoup de liberté, et sans craindre les menaces des Pharisiens ; Beni soit le Roi d'Israël, qui vient au nom du Seigneur. Les habitants de la terre, et ceux du Ciel, les hommes, et les Anges, les mortels avec les immortels, disaient la même chose.

 

Tandis que les Scribes et les Pharisiens faisaient tous leurs efforts, pour imposer silence aux hommes, et que les Princes des Prêtres ne vomissaient que des blasphèmes, les Anges donnaient mille louanges à Dieu ; ils ont répandu la joie sur toute la nature, ils ont sanctifié le Ciel ; ils ont communiqué leurs sentiments aux morts mêmes ; ils ont ouvert la porte du Ciel ; ils ont animé les mortels à les imiter. Quelques païens qui virent ce que les Juifs faisaient, remplis du zèle que ces acclamations leur inspiraient, allèrent trouver un des disciples dans l'intention de se convertir, et lui dirent ; Seigneur, nous voulons voir Jésus.

 

Voilà l'effet de la piété du peuple, qui fut l'occasion de la conversion des païens, qui témoignèrent immédiatement aux Disciples l'empressement qu'ils avaient de voir Jésus. Ces païens devinrent en quelque manière les disciples de Zachée ; ils ne montèrent cependant pas, comme lui, sur le Sycomore ; éclairés des rayons d'une science toute divine, ils désirent d'abord de voir Jésus : ce n'était pas tant l'envie qu'ils avaient de voir son visage, que de l'aider à porter sa Croix. Le Fils de Dieu qui connaissait leur intention, leur dit d'une voix claire et intelligible ; L'heure est venue, que le fils de l'Homme doit être glorifié ; voulant dire que la conversion des Gentils lui procurait beaucoup de gloire ; les Gentils ont embrassé avec ardeur ce que les Juifs ont méprisé : c'est pour cela qu'il leur faisait ces reproches, par l'un de ces Prophètes : Si je fuis votre Père, où est l'honneur que vous devez me rendre ; si je fuis votre Maître, où est la crainte que vous devez avoir de moi ? mais il disait en parlant des païens ; L'heure est venue que le Fils de l'homme doit être glorifié : mettant sa gloire dans l'opprobre de la Croix. C'est en quoi il a fait connaître sa toute-puissance, faisant servir à sa gloire un sujet si plein d'infamie ; il a changé les opprobres en honneurs, les exécrations en bénédictions, l'amertume en douceur, le fiel en lait, la servitude en liberté, la mort en la vie. L'heure est venue que le Fils de l'Homme doit être glorifié.

 

Depuis ce temps-là, la Croix a été révérée par toute la terre, elle fait honneur aux Rois ; les Prêtres s'en font un ornement ; elle sert de garde à la virginité ; c'est l'appui de la vie religieuse ; elle resserre les nœuds du mariage ; elle soutient les veuves, elle protège les orphelins ; elle augmente la fécondité ; elle multiplie les sujets de l'Eglise ; elle éclaire les Fidèles ; elle peuple les solitudes ; elle ouvre la porte du Paradis ; elle en a montré le chemin à un voleur ; elle étouffe les haines et les dissensions ; elle donne la chasse au démon.

Prenons des branches de Palmiers en nos mains, et allons au devant de notre Maître ; interrogeons les Prêtres, et demandons-leur s'ils ne disent pas que Jésus-Christ n'est que le Fils d'un Charpentier ; disons leur qu'il est le Dieu fort et puissant ;courez tous avec joie au devant de celui qui a ressuscité Lazare ;récriez-vous avec tout le Peuple, Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ;

que la gloire lui soit rendue dans les siècles éternels.

 

*   *

*

20 nov ploclus patriarch of constantinople 

Traduction reprise (et à peine retouchée) de l'édition des "Œuvres de St Clément d'Alexandrie traduites du grec, avec les opuscules de plusieurs autres Pères grecs" 1696. Il s'agit du sermon n° 9, p 378 à 382

On trouvera l'ouvrage complet ici, et le recueil  des homélies de Proclus ici.

 

A titre indicatif, je donne la table non détaillée du volume complet :

Clément d'Alexandrie : "Quel riche peut être sauvé" et "Le pédagogue"

Nil (Evagre): "Sur les péchés capitaux" (les passions de l'âme)

Hyperechios : "Aux moines"

Proclus de Constantinople : Vingt sermons

Athanase d'Alexandrie : Quatre sermons

Jean Chrysostome : "Sur l'Annonciation"

Léon, empereur : Sur la naissance de Marie

Auteurs divers : Seize sermons

 

Table détaillée accessible à cette page, sur le livre.

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Mercredi 24 avril 2013 3 24 /04 /Avr /2013 17:05

http://satira.fr/imgs/tex-avery_wolf.png

 

Je travaille actuellement sur le récit de la mort de St Jean Baptiste dans l'évangile de St Matthieu (chap 14, donc).

Tout le monde connaît cette histoire où le prophète vitupérant ayant pris directement à partie le gouverneur Hérode Antipas, s'est retrouvé enfermé à Machéronte pour un temps indéterminé

Tout le monde connaît surtout la suite.

L'anniversaire d'Hérode, la danse de la fille de sa femme, la promesse irréfléchie… et la mise à mort du prophète importun.

La fille de sa femme…

Flavius Josèphe nous indique qu'effectivement Hérodiade avait eu une fille de son premier mari, le frère de cet Hérode Antipas, et que cette fille s'appelle Salomée. Et comme nous ne connaissons pas d'autre fille à Hérodiade, va pour Salomé.

Depuis fort longtemps, la danse de Salomé est décrite comme lascive, elle-même étant supposée d'une beauté ensorcelante. De quoi perdre la tête.

Bien sûr.

Pourtant, quel âge pouvait-elle avoir, cette Salomé ? Autant Flavius Josèphe ne nous est d'aucune aide sur ce point, autant les évangiles sont… presque précis.

Le terme employé pour désigner "Salomé" est korasion (κοράσιον). Or korasion est une fille.

Pas une petite fille de 6 ou 7 ans, non… a priori, à cet âge là, on parle simplement d'enfant (païs, παῖς). Mais pas non plus une fille en âge d'être mariée. Celle-là, c'est une pucelle, une "vierge" (parthenos, παρθένος).

La korasion, c'est entre les deux.

Ce que confirme, dans le même évangile, l'épisode de la fille de Jaïrus, une "korasion" de 12 ans.

Bref, Salomé devait avoir 11 ou 12 ans, pas de quoi faire perdre la tête à son beau-père. Non, sans doute a-t-elle fait un "spectacle", comme les enfants de cet âge en sont coutumiers. Un petit spectacle plutôt réussi, puisqu'il plût non seulement à Hérode, mais encore à ses invités.

Et la promesse d'Hérode est, dans ce contexte, complètement compréhensible : de quoi rêve une jeune fille de cet âge ? D'un poney, d'une fête avec ses amies, voire d'une wii ou d'un compte facebook (quoique pour les deux derniers, je ne suis pas certain en ce qui concerne Salomé), mais certainement pas de faire égorger un type, fut-il un "méchant" (puisqu'il disait du mal de sa maman). Mais "bonne fille", elle obéit à l'injonction maternelle.

Pour Hérode, il y a effectivement de quoi être surpris, voire contrarié.

Quant à donner l'ordre d'exécuter Jean… mille ressorts psychologiques ont pu l'y décider, mais il en porte la responsabilité.

 

Car, au final, le seul qui ait perdu la tête dans cette histoire, c'est Jean Baptiste.

http://www.gazette-art.com/images/cotation/G/111052.jpg

 

 

Et pour jeter un oeil aux textes :

La mort de Jean dans les Evangiles de Matthieu (14. 1-12), Marc (6. 14-29) et Luc (3. 18-20 et 9. 7-9) [on peut accéder au texte grec de chaque verset en cliquant sur le n° de verset] ainsi que dans les Antiquités Judaïques (livre 18,section 5) de Flavius Josèphe.

L'épisode de la fille de Jaïrus dans Matthieu (9. 18-26), Marc (5. 22-43) et Luc (8. 41-56).

 

Notons tout de même que le terme korasion peut aussi être employé comme un terme générique pour des filles plus grandes, comme lorsqu'on salue globalement ses collègues de travail d'un sympathique "Salut les filles !" quand bien même nombre d'entre elles sont mères de famille.



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Vendredi 19 avril 2013 5 19 /04 /Avr /2013 14:29

http://www.alcv.fr/wp-content/uploads/2012/05/calendrier-alcv.jpg

 

 

Mal dormi, l'œil un peu vitreux, j'arrive au travail.

- Salut !

- Mmmhhh ? Salut.

- T'as l'air en forme, toi…

- Bon, pour un vendredi, ça va…

- De toutes façons, ce n'est pas le jour du Seigneur.

Derrière mes brumes matinales, j'entends cette phrases et sa pointe de gentille ironie. Allons, bon !

-Ben si, c'est le "jour du Seigneur"… c'est tout les jours

- …?

A vrai dire il y a un incontestable paradoxe à ce qu'avec mon cerveau au ralenti et ma mine sinon renfrognée, du moins apathique, je cite le psaume, mais c'est la seule pensée qui me vient :

Voici le jour que le Seigneur a fait

soyons dans la joie et l'allégresse.

 

Bon, pour "la joie et l'allégresse", ce n'est pas encore ça.

Par contre, que ce jour soit celui que Dieu a fait… oui, pas de doute.

  *

*  *

Par ailleurs, je lis dans le journal que suite au "cas Cahuzac", il est recommandé de relire les sermons de Bourdaloue sur les richesses.

Après tout, et quoiqu'il soit particulièrement prolixe, ce n'est pas forcément une mauvaise idée.

On trouvera donc d'une part le sermon sur "Lazare et le mauvais riche" (que je viens de placer sur Archive et sur Scribd)

et d'autre part le "sermon sur Jean Baptiste et sur l'attachement aux richesses" (que j'ai laissé tel quel, sur le site de l'abbaye St Benoit de Port Valais).

 

Et si lire semble fastidieux, un bref extrait du premier est écoutable ici !

 

Au fait, le psaume, c'est PS 118.24


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Lundi 15 avril 2013 1 15 /04 /Avr /2013 14:24

http://www.moncoachlagom.com/wp-content/uploads/2012/01/verre-eau.jpg

 

La jeune cigale préparant un voyage à l'étranger, il m'a fallu aller la récupérer et participer à une réunion d'information.

A la ville.

Chez les "civilisés".

Afin de ne pas arriver en retard, je me presse. Et bien sûr, je suis en avance.

Qu'à cela ne tienne ! Il fait beau et je prends le temps de flâner par les rues de la ville.

La terrasse d'un café m'encombre le passage, peu importe, je traverse. Et là, sur la devanture du débit de boisson, une feuille imprimée et scotchée.

Enfin, "scotché", c'est moi qui l'ai été.

Je lis

LE

VERRE D'EAU

A 30

CENTIMES

Je n'en reviens pas.

Pis, je croyais que c'était illégal.

Mais c'est sans doute comme ça, chez les civilisés…

J'aime encore mieux ma campagne.

 

PS : j'ai même pris une photo... mais le reflet la rend inexploitable... tant pis

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Mercredi 10 avril 2013 3 10 /04 /Avr /2013 14:18

albatros

 

Hier, sur Google, je vois cette image.

Passant ma souris dessus, je lis "192 ème anniversaire de Charles Baudelaire".

Bien sûr, l'albatros !

Je n'ai jamais été un lecteur – et moins encore un admirateur – de Baudelaire.

Un seul de ses poèmes, peut-être, trouve grâce à mes yeux, et c'est justement "L'albatros".

Drôle de bestiole que cet animal fait pour le Ciel.

Image du poète, ou du chrétien ?

 

Et faut-il se fier uniquement à Baudelaire ?

Colleridge n'en a-t-il pas parlé, lui aussi ?

 

"Avec mon arbalète, je tuai l’albatros." dit le marin.

Comme ça, par désoeuvrement.

Cet albatros qui les avait rejoint alors qu'ils dérivaient au milieu des montagnes de glace du pôle Sud, prêts à être broyés, qui durant neuf jours les avait accompagné, jusqu'à ce qu'ils retrouvent  la pleine mer… et la suite de l'histoire…  

 

Je ne connais cet oiseau que par les textes, mais à cause d'eux, toujours il m'émeut.

 

Et le texte de Colleridge (dont j'ai déjà parlé ici) me semble toujours digne d'être lu.

 

Spécial dédicace à Людмила, bien plus véritablement albatros que moi…

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