Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 14:21

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41zAN5QstSL._SL500_AA300_.jpg

 

En voyant le titre, je me suis dit qu'il allait falloir grimper !

Un peu comme pour certaines marches en montagne de ma jeunesse. Bien sûr, elles ne nécessitaient aucun équipement ultra perfectionné ; juste de bonnes chaussures, des jambes toniques et un effort continu. Pas question d'y aller en sandales, ni de se précipiter : quand c'était raide, on ralentissait, on prenait le temps nécessaire. Le sommet ne vient pas tout seul.

 

Pour parler de ce livre, procédons d'abord de manière apophatique.

Heu, disons tout de suite que si le terme "apophatique" vous pose problème, il faudra vous armer de courage, car l'auteur ne rechigne pas à employer des mots qui, tout en étant parfaitement adaptés à son propos, relèvent plus du jargon technique que du langage courant (*). La théologie est, en effet, une discipline à part entière, possédant son langage propre. Aussi, comme le note l'auteur, "les Pères ne parlaient pas en théologiens aux simples", même lorsqu'ils abordaient des questions spirituelles.

Mais ici, l'auteur s'adresse  à des étudiants en théologie.

 

Donc, cette "Théologie dogmatique" n'est ni un catéchisme, ni une "Introduction" ou une "Initiation". Ce n'est même pas – du moins à l'origine – un livre, mais le texte de cours que Vladimir Lossky a donnés durant les années universitaires 1954 et 1957.

 

La théologie est donc une discipline à part entière, mais certainement pas "entièrement à part", puisqu'elle trouve sa source dans le réel – en particulier dans l'Incarnation du Verbe (p 16, 39) – et ne prend son sens que dans la foi (p 20), comme l'expression d'une sorte de face-à-Face avec l'Absolu. Prise uniquement en tant que discipline intellectuelle, elle se réduit à n'être plus qu'un discours – éventuellement passionnant – fermé sur lui-même.

 

Mais "face-à-face" ne signifie pas "seul-à-Seul". Aussi est-ce  en Eglise – et plus précisément en compagnie des Pères – que Lossky, fondé sur la Révélation, développe son enseignement.

 

La base en est Dieu, bien sûr. Mais Dieu n'est pas un quelconque "objet d'étude", encore moins une "abstraction", et l'aborder sous l'angle d'un monothéisme radical aurait quelque chose de réducteur. En effet, tel qu'il se révèle, "Dieu ne peut être pensé en dehors des trois Personnes" de la Trinité (p 49).

Puis Lossky évoque le rapport complexe de Dieu, incréé, éternel, à "l'être créé", transitoire, qu'il s'agisse du Cosmos ou des êtres vivants, au nombre desquels se trouve l'humain.

C'est donc avec l'homme, créé "à l'image et à la ressemblance" de Dieu, inextricablement lié au devenir du reste du créé – et pas seulement sur un plan matériel – qu'il poursuit son développement.

Car l'homme s'inscrit dans un devenir, une Histoire. De la chute d'Adam, qui entraîne avec lui le cosmos, à l'Incarnation du Christ – vrai Dieu et vrai homme – qui non seulement inaugure la restauration de l'univers, mais rend en outre possible la contemplation de Dieu, une même sollicitude accompagne cette Histoire.

Une sollicitude qui ne s'arrête pas avec la Résurrection ou  l'Ascension du Christ – comme si Dieu se retirait de l'Histoire – mais perdure avec la présence de l'Esprit Saint, puisque si "Dieu est devenu homme, c'est pour que l'homme devienne porteur de l'Esprit" (p 164) 

Aussi le livre s'achève-t-il sur l'évocation du "mystère de l'Eglise", lieu d'ouverture à la réalité divine déjà présente mais pas encore totalement manifestée, tout à la fois Corps du Christ et agrégat d'individualités pécheresses, puisque "chacun d'entre nous est de la terre, seule l'Eglise est du Ciel" (p 178),.

 

Ce livre exigeant n'est certes pas un "dictionnaire de dogmatique", avec des articles détaillés rangés alphabétiquement sans lien organique les uns avec les autres, mais bien plutôt l'expression d'une "contemplation", d'une vision englobante présentée de manière thématique qui lie en un tout la vie en Christ.

 

Ah, l'ai-je dit ? Lossky, chrétien orthodoxe, enseignait la dogmatique orthodoxe. Aussi – et même si, à l'occasion il évoque telle ou telle différence par rapport à d'autres théologies – on ne cherchera pas dans ce livre une Etude comparée des religions. Son propos est "seulement" de cerner le mystère (**) sans cependant prétendre en dire le "comment" (p 126, 133) tant il est vrai d'une part que le langage et les concepts humains ont quelque chose d'insuffisant pour dire Dieu et d'autre part que sans la prière et la foi, même les définitions les plus appropriées ne sont que des mots.

 

Depuis le début, je n'ai mentionné que Vladimir Lossky...

Pourtant si certains de ces cours ont été publiés sous forme d'article en 1964-1965 (et traduits en d'autres langues par la suite), c'est à Olivier Clément que nous le devons.

Toutefois, la publication actuelle en un volume est l'oeuvre de Michel Stavrou.

Ne se contentant pas de rassembler ce qui avait déjà été publié, il a en outre dépouillé les notes de cours qu'Olivier Clément avait conservé en vue de publications jamais réalisées et les a intégré aux autres documents, de manière à constituer un ensemble cohérent, restituant au mieux le contenu d'ensemble du cours de Lossky. De plus il a non seulement ajouté en note de bas de page  les références des textes cités, mais aussi – en fin de volume – une "bibliographie patristique", comme un complément nécessaire puisque Lossky, qui fréquentait assidûment les écrits des Pères de l'Eglise, les cite abondamment.

 

Bref, quoiqu'à peine plus gros qu'un "Livre de poche", cette "Théologie dogmatique" ne se lit pas en un jour, ce qui est normal puisqu'il s'agit d'au moins une année de cours. Par contre, étant donné sa taille, on peut aisément le garder à portée de main pour y revenir au besoin.

D'ailleurs, ce cours de dogmatique étant le fruit de toute une vie, gageons qu'il faut un peu de temps pour en faire son miel.

 

Notes :

* J'offre une sucette à celui qui emploie le terme "méonique" dans la vie courante… ou même qui sait ce que ce mot signifie sans avoir à vérifier sur internet.

 

** J'aurais tout aussi bien pu écrire qu'au fil de son cours "Lossky met en évidence le Mystère et qu'il expose ce qui en est révélé par Dieu lui-même - à savoir le Christ puis l'Esprit Saint - dans l'Eglise". C'eut été tout aussi vrai, puisque si le Mystère ne peut entièrement être "dit", ce qui en est dit se doit de l'être de manière rigoureuse et juste, ce qui est le cas avec Lossky.

Voir les 1 commentaires - Publié dans : Ecologie - théologie - Ecrire un commentaire - Par Albocicade
Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 14:11

http://onlinechapel.goarch.org/images/clark/ascension.jpg

 

Depuis quelques jours, il pleut.

J'ai bien prévu d'écrire un billet pour l'Ascension, mais pas moyen de m'y mettre.

Pourtant, je l'aime bien, cette pluie. J'aime quand, après l'hiver, ça pousse ; j'aime cette vigueur insolente – et si éphémère – de l'herbe au printemps.

Oui. Mais pour l'Ascension, zéro.

Si je lève le regards vers le ciel, je ne vois que du gris : déprimant.

Pire, mes yeux s'emplissent d'eau. Pas des larmes, certes, mais quand même…

 

Et puis, ce matin, beau ciel bleu !

Il reste bien quelques nuages de-ci de-là, mais ça n'a rien à voir : si je porte mes regards en haut, c'est la lumière qui me fait plisser des yeux.

Et cette lumière rend "possible" l'Ascension.

Je veux dire que, n'ayant pas été présent le jour où le Sauveur fut enlevé au Ciel, je ne peux qu'imaginer la scène.

Et pour moi, ce jour là, il faisait beau.

(D'ailleurs, qu'est-ce qu'ils auraient fait, tous dehors, au beau milieu d'un orage ?)

Il faisait beau, donc, avec tout de même quelques nuages de-ci de-là.

 

Récit mystérieux, énigmatique, abscons que celui de l'Ascension.

Tenter de dire ce qui, sans doute, ne peut être dit, parce que nos mots sont plus adaptés à une réalité terrestre, banale, quotidienne, qu'à dire la splendeur de Dieu.

Alors viennent les questions, pour ceux qui veulent savoir plus, savoir trop, et du coup savoir mal . :

"Il est monté jusqu'où ? jusqu'au soleil ?"

"Si on grimpe assez haut, on peut le voir ?" (*)

 

Et la réponse anticipée de l'Evangile :

"Il s'est assis à la droite de Dieu"

Réponse en forme de

"Ce que je fais,

tu ne peux le comprendre maintenant…"

(cf Jn 13. 7)

 

Bonne fête de l'Ascension !

 

Note

* C'est à  résoudre ce genre de questions que les Séleuciens, Hermiens et autre Apellites (gnostiques du IIe siècle) consacraient leur sagacité. Questions qui ne sont guère éloignées de celles de nos modernes athées, comme celles évoquées l'an dernier.


Voir les 0 commentaires - Publié dans : Vie quotidienne - Ecrire un commentaire - Par Albocicade
Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 13:53

http://www.public-republic.com/wp-content/uploads/2007/02/kniga.jpg

 

Tout d'abord, un gros morceau

Dictionnaire de Patrologie

en cinq volumes

Répertoire historique, bibliographique, analytique et critique des saints Pères, des docteurs et de tous les autres écrivains des 12 premiers siècles de l'Eglise

par l'abbé A. Sevestre

Publié par l'abbé Migne de 1851 à 1859

 

Les notices sont un peu dépassées, voire orientées dans un sens "latin", mais c'est déjà - pour beaucoup - une source intéressante.

Il faut parfois faire preuve d'astuce : si Jean Climaque est bien en "J",  Jean Chysostome est à la lettre "C", et Syméon le Nouveau Théologien n'a trouvé sa place que dans le "supplément" (Siméon le jeune).

 

Tome 1 : A – C, 1851 ; Tome 2 : D – G, 1852 ;

Tome 3 : H - M, 1854 ; Tome 4 : N - Z, 1855 ;

Tome 5 : supplément, 1859

 

Et un petit "plus", pour s'y retrouver : Table des tomes 1 à 5

 

Et puis, les documents que j'ai indiqués en leur temps, dans d'autres catégories, soit que je les ai rendu accessibles, soit que je me borne à les signaler :

 

La Paraphrase de l'Evangile de Jean par Nonnos de Panopolis, traduite par le Comte de Marcellus, 1861, introduction par Albocicade. Sur Scribd et sur Archive

 

St Cyrille de Jérusalem, Oeuvres complètes, introduction, traduction française et notes par A. Faivre, 1844

Tome 1 : Préface, Vie de St Cyrille, Procatéchèse, Catéchèses baptismales 1 à 12.Sur Archive et sur Scribd

Tome 2 : Catéchèses baptismales 13 à 18 ; Catéchèses mystagogiques 1 à 5 ; Homélie sur le paralytique, Lettre à l'empereur Constance, Homélie sur la Présentation au Temple, Table analytique des deux volumes.Sur Archive et sur Scribd

Et même le texte grec (édition de Migne) à partir de cette page.

 

Neuf Traités apologétiques de Yahyah ibn Adi, texte arabe, traduction française par Augustin Périer, 1920

 

Une étude de Ch. Boudignon concernant une réponse à Abū Qurra dans le Mugṅ ī de ʿAbd al-Ğabbār (avec traduction d'un dialogue attribué à Abu Qurrah)

Et aussi, deux études sur le terme coranique "samad", et sa traduction dans les écrits arabes chrétiens : une assez fondamentale en anglais  par Ch. Simelidis  et une plus anecdotique en français par J. Darrouzès.

Une autre concernant la poésie arabe anté-islamique par C. Huard

L'édition de Sahas sur "John of Damascus on islam" et celle de Kotter contenant le "liber de hearesibus" et la "disputatio christiani et saraceni"


Voir les 0 commentaires - Publié dans : Cigale bibliothécaire - Ecrire un commentaire - Par Albocicade
Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 15:42

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/bd/Harki-ag.jpg

 

J'étais bien minot, lorsqu'un jour nous sommes allés en visite chez des gens que je ne connaissais pas. Ils habitaient très modestement, à l'extérieur d'un village, à une vingtaine de kilomètres de chez nous.

Le souvenir en est flou, imprécis. A la réflexion, peut-être était-ce bien dans une de ces maisons forestières isolées…

Sans doute ai-je demandé "C'est qui ?", puisqu'il me fut répondu "Ce sont des Harkis". Et probablement m'expliqua-t-on qu'ils avaient du quitter leur pays pour venir ici.

Mais pour moi qui ignorais tout des "événements" qui avaient  bouleversé l'Algérie une dizaine d'années auparavant, c'était juste des gens gentils… et pauvres.

 

Plus tard, j'appris "la guerre d'Algérie" ; fort peu à l'école, d'ailleurs. J'entendis parler des Pieds-noirs, des FLN, du putsch des Généraux…mais jamais des Harkis… ou si peu.

 

Puis un jour, papotant avec un voisin, il me raconta les "supplétifs" : ces "indigènes" que l'armée française avait recruté en "CDD" pour qu'ils se battent "aux côtés de la France", mais sans les incorporer, avant de les abandonner au moment de la débâcle.

Lui, il avait "fait l'Indochine" et m'expliqua comment, après la défaite de Dien Bien Phu l'ordre fut donné de ne ramener en Métropole que les militaires du contingent… laissant ces "supplétifs" à la merci de toutes les vengeances. Il me raconta quelques souvenirs… Cauchemardesque.

Et il ajouta : "C'est pour cela que, à la fin de la guerre d'Algérie, lorsque l'ordre fut donné de désarmer les Harkis et de les renvoyer dans leurs foyers, certains officiers désobéirent et en firent passer en France. Ils ne voulaient pas participer à une autre trahison."

 

C'était donc à un certain sens de l'honneur, à des actes téméraires  - et non à une volonté de l'Etat français de protéger ceux qui lui avaient fait confiance - que je devais d'avoir rencontré ces Harkis, pauvrement installés au pied du Col de Cabre.

 

Pourquoi parler de cela maintenant ?

Parce que ce n'est pas que de l'histoire ancienne, parce que je viens de lire qu'un ancien d'Indochine, colonel de Marine en retraite, s'est tué d'une balle dans la tête devant le monument aux morts indochinois à Dinan. Pour protester contre le génocide des H'mongs…

Parce que le silence de l'oubli est aussi une injustice.

Parce que j'ai beau ne rien comprendre à l'armée, à la guerre, à la diplomatie et à ces sortes de choses, honneur et trahison n'ont pas le même sens.

Parce que… je ne sais pas ; peut-être parce qu'il le faut,  de temps à autres.

 

Et pour info :

 

Pour les supplétifs de la Guerre d'Algérie, un site consacré aux Harkis, et un article de la Wiki.

 

Pour ceux de la guerre d'Indochine, un article sur le départ des troupes françaises d'Indochine, et un petit site sur les Rapatriés d'Indochine.

 

Voir les 0 commentaires - Publié dans : Cigale en colère - Ecrire un commentaire - Par Albocicade

Présentation

Fréquence

En moyenne : un billet tous les 4 jours

Etre informé ?

Pour être informé par e-mail (automatique) de la parution des billets, pensez à inscrire votre adresse dans le module "newsletter"

Visiteurs

Mis en place le 5 janvier 2009
 free counters

Recherche

Contact

Bibliothèques

Mes documents sur Scribd


Mes documents sur Archive






Référencement

Le christianisme orthodoxe.ru. L'annuaire des sites web orthodoxes
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés