20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 07:34

 

Par définition (ou presque) un copiste écrit et commet des erreurs.

 

S'il écrit sous la dictée, ce seront surtout des fautes auditives, soit qu'il simplifie phonétiquement des mots ("été" pour "étaient", par exemple) soit – plus problématique – que face à une phrase dont il ne comprend pas le sens, il restructure les syllabes jusqu'à recomposer… quelque chose.

Deux souvenirs me reviennent à ce propos, du temps où j'étais étudiant.

Le premier. Alors que je dictais un rapport de stage à une fort serviable secrétaire (c'était encore l'époque des machines à écrire) elle interrompt ma dictée pour me demander "C'est quoi, un Stycid ?" Le premier moment de flottement passé, je comprends sa question. Je venais de dire "Les pesticides…" et, ignorant tout de l'arsenal des produits phytosanitaires, elle s'apprêtait à écrire, à tout hasard, "L'épais stycid…". Sa question évita le pire.

Ce qui ne fut pas le cas pour un autre étudiant qui vint un jour me solliciter pour quelques précisions sur je ne sais plus quel cours. A vrai dire, ce qu'il en avait retenu était si confus que, saisi d'un doute, je lui demandais de me montrer ses prises de notes. Il me sortit plusieurs feuilles d'une écriture plutôt soignée d'un texte sans queue ni tête, duquel émergeait, parfois, quelques mots en rapport avec le thème du cours.

Ce n'est qu'après avoir lu à haute voix quelques lignes de ce fatras, dont il m'affirmait sans rire que c'était bien ce que le prof avait dit, que je compris enfin qu'il avait effectivement copié intégralement toutes les paroles du prof, agglomérant les sons comme il venaient, réservant à "plus tard" de comprendre ce qu'il avait écrit.

 

Si par contre le copiste suit un modèle placé devant lui, les risques ne seront pas moindres, qu'il soit d'ailleurs scrupuleusement vigilant ou quelque peu fatigué.

Le négligent, ou fatigué, risque d'omettre un morceau de phrase (voire plus) pour peu que, le texte qu'il copie ait – à relativement peu de distance l'un de l'autre – plusieurs fois le même mot important : c'est ce que l'on appelle le "saut du même au même". Il peut aussi, bien sûr, omettre un bout de phrase pour peu qu'il quitte des yeux son modèle pour copier une partie qu'il connaît par cœur… ou presque.

Toutefois, malgré cela, le scrupuleux est plus redoutable encore.

Lui, ce qu'il aime, c'est de rendre un travail impeccable, attitude louable, sans aucun doute, mais…

Soit il va rigoureusement respecter son modèle, quitte à conserver des erreurs pourtant manifestes, soit il va vouloir le corriger, et là… tout est possible.

Trouve-t-il une forme grammaticale un peu rare un peu archaïque, le voilà qui modernise son texte, le modifiant au passage (et bienheureux lorsqu'il n'introduit pas un contresens au passage).

Y a-t-il dans la marge quelques mots ? Le voilà qui soupçonne le copiste précédent d'avoir omis ces mots dans le texte, de s'en être rendu compte à posteriori et de les avoir hâtivement notés en marge. Lui donc, ouvrier appliqué, les inscrit à ce qu'il pense être leur place, intégrant alors dans le texte ce qui n'était qu'une glose.

Se trouve-t-il enfin devant un texte qui lui semble – il en est certain – lacunaire, le voilà qui écrit soigneusement les mots qui manquent… Mots qui existent bien, c'est vrai, mais ailleurs, plus loin, ou dans un autre texte…

 

Et quand on sait qu'un copiste scrupuleux peut aussi être fatigué…

 

C'est pour cela que pour "mon" codex, je multiplie les brouillons. Non seulement pour trouver une mise en page qui convienne, mais encore pour bien me familiariser avec le textes à copier.

J'ai ainsi préparé, pour l'insérer plus loin dans mon codex, le texte des Béatitudes. Choix des couleurs, mise en page, notation musicale inspirée de la psaltique byzantine, jusqu'à obtenir une brouillon "parfait" que je n'aurais plus qu'à recopier proprement le moment venu.

Voire !

L'autre dimanche, comme il n'y avait pas de liturgie, nous prenions en famille un temps pour lire l'Evangile, prier et, comme d'usage, chanter les Béatitudes. En plus du livret habituel, je pris donc mon beau brouillon avec, avouons-le, une certaine satisfaction.

Et là, miséricorde ! c'est catastrophique : j'ai réussi le tour de force – dans un texte aussi court – de faire une omission "du même au même" (il manque "Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu") et d'oublier deux mots un peu plus loin (Bienheureux serez-vous lorsqu'on vous outragera, vous persécutera, et dira…). Heureusement que ce n'est qu'un brouillon !

 

Quand je vous dis qu'à cette époque de l'année, je suis épuisé…

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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 07:25

Fichue usure !

Voilà des mois, des années même, que la portière conducteur de la voiture (je veux dire, la vieille voiture, qui a plus de 20 ans et sert surtout à aller chercher du bois) est capricieuse.

D'abord, elle a eu du mal à fermer en hiver, lorsqu'il gelait, puis à s'ouvrir, quelle que soit la saison.

Je l'avais déjà démonté pour insérer, dans le mécanisme, un système de ma fabrication, histoire de compenser le jeu créé par l'usure des pièces mobiles. Effeicace, sans doute… enfin, pour quelques mois seulement. Mais là, il faut se rendre à l'évidence : même la petite claque sur la portière, pour débloquer le mécanisme (et qui au fil du temps ressemble de plus en plus à un coup de poing) n'a plus la moindre efficacité.

Il va falloir envisager de faire les Casses Automobiles pour acheter un autre mécanisme… ou plutôt même, une portière d(occasion.

Alors, sachant cela, pourquoi me suis-je mis, un soir, à démonter de nouveau la garniture de la portière ? Quelle lubie m'a donc poussé à cela, puisque je sais que ce qui est en cause, c'est l'usure des pièces mobiles ? A quoi bon cette bombe de dégrippant et ce pot de graisse mécanique ? Sans doute l'espoir imbécile de repousser de quelques petits jours le moment fatidique…

Stupidement, donc, j'ôte une par une les vis nécessaires, puis envoie du gras sur les ressorts, les jointures, un peu partout, juste pour ne pas me reprocher, plus tard, de n'avoir pas tout tenté.

Et, de fait, voilà que ça se remet à fonctionner : il n'était pas usé, mais grippé. Fortement grippé, il est vrai, mais plus j'envoyais de graisse dans les recoins les plus inaccessibles, plus le mécanisme déclenchait avec légèreté, avec subtilité…

 

En fait, ceci se passait fin janvier, et depuis ce moment, c'est juste un plaisir que d'ouvrir cette portière que j'envisageais alors de jeter à la casse.

 

Au fait, pourquoi parler de cela maintenant ? Allez savoir… peut-être parce que je n'ai pas eu le courage de faire un billet sur les relations humaines, ou la politique internationale…

 

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 07:23

 

J'ai reçu, il y a quelques jours, un commentaire sur le blog avec la demande suivante:

"Pouvez vous, s'il vous plait, me dire où puis-je trouver une Bible orthodoxe en Français – King James ou autre – pourvu qu'elle soit bien orthodoxe. Merci à l'avance."

 

Quoique la question soit simple, la réponse l'est moins.

En effet, que demande-t-on à une traduction de la Bible ?

Que, basée sur un texte source le plus assuré possible, elle nous restitue dans une langue familière un texte qui nous est peu accessible parce que rédigé en grec ou en hébreu.

Mais ce n'est pas tout : encore faut-il que cette traduction permette au lecteur – fut-ce au moyen de notes de bas de page – de ne pas se laisser aller à des contresens liés au fait de l'écart historique et culturel entre le moment où ce texte a été écrit et celui où il est lu.

 

Sans entrer dans les détails techniques, les traductions orthodoxes de la bible existantes sont basées pour l'Ancien Testament sur la Septante, et pour le Nouveau Testament sur le texte dit "byzantin".

On peut discuter sur les mérites comparés de la Septante et du Texte Massorétique, ou encore entre les éditions critiques du NT et le texte "byzantin", ce n'est pas le propos de ce billet..

Disons au moins que c'est ce type de texte que les Pères ont lu et commenté.

 

Alors, existe-t-il une Bible orthodoxe en français ?

A ma connaissance, non.

Qu'a-t-on qui s'en rapprocherait le plus ?

Pour l'Ancien Testament, on trouvera en librairie les volumes de la Bible d'Alexandrie. Mais, outre qu'il s'agit d'une traduction scientifique et non d'un texte paroissial, cela représente un coût financier non négligeable, et ce n'est en tous cas pas une bible de poche.

Il y a d'autre part, la traduction de Pierre Giguet que j'ai mise en ligne (avec quelques compléments). A vrai dire, et malgré tout le bien que j'en pense (j'ai tout de même passé plusieurs années à la traquer pour la rendre accessible), elle a aussi ses défauts : la langue en est quelque peu ancienne, Giguet était un helléniste classique (traducteur d'Homère) la langue de la septante a nombre de spécificités qui n'ont été étudiées qu'au XXe siècle. Enfin, Giguet – tout bon catholique qu'il fut – ne fréquentait guère les Pères de l'Eglise, et sa traduction est quelque peu pauvre en notes.

Enfin on trouvera, dans les livres liturgiques les traductions des péricopes lues à l'occasion de fêtes et solennités. (Il y a quelques années, un projet de lectionnaire orthodoxe pour l'Ancien Testament, basé sur la Septante et porté par la Société Biblique a failli voir le jour, avant d'être abandonné…).

Pour le Nouveau Testament, la question peut sembler plus simple, puisque toutes les traductions modernes sont réalisées sur le grec. Toutefois l'établissement d'un texte critique a parfois fait disparaître tel bref passage, tel mot qui était passé dans le Texte Byzantin et que tel ou tel père aura commenté…

Sans doute faut-il s'armer de patience, compulser diverses traductions…

 

Mais au fait, est-ce qu'une "Bible orthodoxe" (souhaitable à bien des égards) règlerait tous les problèmes ?

Déjà, lire et comprendre (au sens de "prendre avec" soi) l'Evangile est un chemin de toute une vie, et sans doute une Bible de pèlerin est déjà mieux que rien. Plus que la traduction que l'on a sous les yeux, ce sont les yeux que nous utilisons qui donnent sens à ce que nous lisons. (A ce propos, j'avais aussi écrit un billet sur "comment lire l'Evangile")

Car au fond, la seule traduction orthodoxe qui compte, c'est "comment est-ce que nous traduisons en actes dans la vie réelle les paroles que nous lisons dans la Bible, ou entendons à l'Eglise"…

*

*  *

Quant à la "King James", cette fameuse version anglaise datée de 1611 correspond à ce cahier des charges ?

Disons-le de suite, j'ai une certaine affection pour cette traduction, que j'ai pas mal lue durant mes années d'études. Mais peut-elle être considérée comme un modèle de "traduction orthodoxe" ?

En fait, elle est basée, pour l'Ancien Testament, sur le texte hébreu "massorétique" (qui, pour un certain nombre de passage ne correspond pas au texte de la Septante), et pour le Nouveau Testament, sur le texte d'Erasme (qui ne correspond que partiellement au texte "byzantin"), et a pour caractéristique de ne comporter aucune note d'érudition. Donc il n'y a aucune raison de la prendre comme base ou comme modèle de traduction orthodoxe.

 

8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 07:13

De retour d'une semaine au Royaume-Unis, la grande Cigale a offert à chacun un petit souvenir.

C'est ainsi que je reçus un objet atypique, une sorte de gros carnet.

Carnet ? A vrai dire, à peine l'avais-je entre les mains que je fus frappé par la ressemblance avec certains manuscrits anciens, en particulier ceux de Nag Hammadi.

C'est donc un codex en 5 cahiers de 24 folios de 11 par 15 cm (soit 240 pages), en papier de type artisanal, non ligné, relié de cuir frappé d'un lion.

 

J'ai toujours aimé l'univers de l'écrit (n'ai-je pas, il y a longtemps, entrepris une sorte de parcours de l'écriture, de la tablette d'argile à l'impression à caractères mobiles, en passant par la fabrication du papier, l'écriture au calame et la gravure de tampons d'imprimerie en bois) : c'est donc l'occasion de devenir… copiste.

Simple copiste, donc, et non calligraphe ou enlumineur, il ne faut rien exagérer.

Mais déjà ça, ce n'est pas rien.

Il faut déterminer les réglures, choisir les encres, sélectionner les textes à copier… et faire une multitude d'essais, de brouillons avant de passer à la réalisation finale.

J'ai déjà une petite idée de textes à insérer dans "mon" manuscrit, en diverses langues et alphabets.

Le premier est inspiré de la couverture. Il provient de l'Apocalypse, et donne le ton du recueil, l'idée directrice :

Et

dixit mihi

unus de senioribus

Ne fleveris: ecce vicit

Leo de tribu Iuda,

Radix David

ce qui se traduit

"Et un des Anciens me dit :

ne pleure pas, voici qu'il est vainqueur,

le Lion de la tribu de Juda,

la Racine de David"

A suivre…

 

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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 07:15

Depuis 2008, régulièrement, je place des documents sur internet : livres que je récupère sur d'improbables et inaccessibles bibliothèques numériques, articles que j'extrais de revues aussi anciennes que dignes d'intérêt, voire documents que je compose (compilations de textes jusque là épars, ou créations, comme les calendriers).

Tout ceci constitue la plus grosse part des Documents.

Depuis cette époque, je déposais toutes ces indispensables pages sur deux sites : le convivial Scribd, et le plus technique Archive.

Mais voila… Scribd, sur lequel une inscription gratuite était nécessaire, est en train de devenir payant.

Et, comment dire, je veux bien passer – gratis pro deo – d'innombrables heures à préparer ces documents, mais ce n'est pas pour que les lecteurs soient contraints à payer pour les consulter.

Alors, tant pis. Je ne mettrai plus rien sur Scribd.

De toutes façons, il y a encore Archive (dont les fonctionnalités ont plutôt bien évolué), et il me reste à voir du côté d'autres sites.

 

Mais une question me tracasse (enfin, un peu) : serait-ce le début de la fin de l'internet convivial et participatif, cette immense médiathèque internationale, accessible de tout ordinateur connecté, où l'on peut mettre gratuitement à disposition de tout autre le fruit de ses recherches ?

A moins qu'il ne faille, simplement, envisager de nouvelles stratégies.

 

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 07:05

Comme dit précédemment, je travaille actuellement sur des homélies d'un auteur que je vous présenterai bientôt.

Disons seulement, pour l'instant, qu'il fut évêque de Jableh, au Ve siècle et que ses homélies, pour être amples, n'en sont pas pourtant dénuées d'intérêt.

Aussi, ai-je décidé de vous en donner, en avant-première, un aperçu.

 

Vous connaissez tous le passage, dans le livre de la Genèse (chap 3), où le serpent tente Eve. Voici un petit bout de ce que notre auteur en tire (j'abrège un peu).

 

Le diable avait dit : "Le jour où vous mangerez de ce fruit, vos yeux seront ouverts" ; il se trouva qu'il avait dit vrai. …/…

Remarquez bien sa malice. Comment avait-il su que, le fruit une fois mangé, les yeux de nos premiers parents seraient ouverts ? Étaient-ils donc aveugles ? Pourtant l'Écriture, avant qu'ils aient mangé ce fruit fatal, dit : "La femme vit l'arbre." La femme n'était donc pas aveugle. "La femme vit que l'arbre était beau à la vue." Elle voit d'abord, puis elle mange.

Comment donc leurs yeux ont-ils été ouverts ? Soyez attentifs, je vous prie ; là est le point capital de la question. Le diable était un de ceux qui étaient tombés et avaient cherché à dépasser son rang : il savait donc ce qui lui était arrivé après son crime, et ce qui devait conséquemment arriver à ceux qui faisaient ainsi ; car le sort de ceux-là est toujours le même. Aujourd'hui aussi, quand nous péchons, nous le faisons en aveugles, et nous ne voyons ce que nous avons fait que lorsque la faute est commise.

Si l'on demande, par exemple, à l'auteur d'une faute "Pourquoi avez-vous agi de la sorte ?" il mettra la nécessité en avant. En vérité, dira-t-il, je ne voyais pas ce que je faisais. Non pas qu'il fût aveugle ; mais la raison s'obscurcit devant le péché : on est tout entier à ce que l'on fait, et, tout en le faisant, on est aveuglé. Ensuite seulement on voit dans sa conscience l'action qu'on a commise. …/…

Le diable donc étant tombé, — car je ne perds pas de vue mon sujet, — et sachant ce qui s'était passé en lui après la chute, n'oubliait pas qu'alors seulement il avait compris ce qu'il avait fait. Instruit par sa propre expérience, il dit à nos premiers parents : "Si vous mangez de ce fruit, vos yeux seront ouverts" comme les miens l'ont été, pensait-il ; le péché commis, alors je vis ce que j'avais fait, ce que j'avais perdu. "Ensuite ils mangèrent, et leurs yeux furent ouverts, et ils connurent qu'ils étaient nus." Auparavant ils étaient nus aussi, mais ils n'en rougissaient pas. Quand ils se furent dépouillés de l'immortalité, ils perdirent leur ceinture de gloire, et le corps apparaissant dans sa nudité, ne fut plus qu'une masse de terre.

 

27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 07:30

C'est un thème récurrent des émissions scientifiques : existe-t-il de la vie ailleurs que sur "notre" terre, en dehors de "notre" système solaire ?

Et si oui, existe-t-elle sous une forme intelligente, socialement organisée ?

Et enfin, y a-t-il quelqu'espoir de pouvoir – un jour – communiquer avec certains de ses représentants ?

 

Entre la sonde Pioneer et les radiofréquences émises et écoutées à longueur d'année, les diverses agences gouvernementales dépensent temps et argent pour…

Pour quoi, au juste ?

J'écoutais dernièrement – avec intérêt – une de ces émissions, et – comme à chaque fois –m'est venue cette pensée, comme une évidence :

Peu m'importe que la vie existe en dehors de la terre*, la question n'est pas là puisque, déjà, sur terre nous rencontrons la vie sous une variété indénombrable de formes, certaines nous semblant peu intelligentes (bactéries, vers, végétaux…) d'autres se montrant socialement organisées (et là, les exemples abondent, que ce soit parmi les insectes, les oiseaux, les poissons et les mammifères). Bref, tout ce que nos experts chercheurs espèrent un jour découvrir, nous l'avons déjà devant nous, à nos côtés.

Or, quand je vois comment nous, les humains_intelligents_vivant_en_société sur terre traitons les autres êtres vivants de notre planète (exploitation éhontée, destruction des habitats naturels par profit ou négligence, déstructuration du patrimoine génétique, et j'en passe) je n'ai qu'une suggestion à faire aux hypothétiques êtres vivants extra-terrestres :

Pour votre survie et votre sécurité, tenez-vous loin de nous…

Ou, comme on le disait dans un sympathique dessin animé :

Que l'homme t'ignore !

 

Note

J'avais lu, il y a quelque temps, qu'un théologien orthodoxe n'excluait pas cette possibilité, je vois qu'un jésuite fait de même. Au passage, j'en profite pour répondre à une question de l'article cité juste avant : "Si des extraterrestres existaient, faudrait-il les baptiser ?" La réponse me semble bien simple : "pour qu'ils soient baptisés, encore faudrait-il que ces extraterrestres soient humains : on en baptise ni les plantes, ni les chats, ni les canaris… ni les anges".

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 07:19

 

C'était en Irak, ces jours-ci.

Des djihadistes ayant proclamé le rétablissement du califat en Syrie et en Irak offraient comme choix à la minorité chrétienne de Mossoul - deuxième ville du pays -  de "se convertir à l'islam, ou payer la djizia (une taxe réservée aux non-musulmans) ou alors quitter la ville", sachant que si aucune de ces offres ne les tente, "Il n'y aura pour eux rien d'autre que l'épée".

Et pour faire bonne mesure, ils marquaient d'un ن ("noun", lettre initiale du mot "nazarah", c'est-à-dire "chrétien")  les maisons des "suspects", comme naguère s'ornaient d'étoiles stylisées les maisons des Juifs au bon vouloir de nazis.

Qu'on se rassure, il n'y aura pas de manifestations de masse contre ces exactions : les chrétiens ne font pas vendre. Peut-être, dans 100 ans érigera-t-on quelque colonne "à la mémoire des victimes du génocide des chrétiens d'orient", comme on évoque (fort timidement d'ailleurs) le génocide des Arméniens…

 

Il y a toujours eu, dans tous les mouvements (qu'ils soient religieux, politiques, économiques…) des fanatiques rêvant d'imposer aux autres leur manière de voir. Et lorsqu'ils parviennent à prendre le pouvoir…

Et les chrétiens de Mossoul n'auront pas la chance de pouvoir discuter pied à pied avec ces fanatiques, comme le fit un jour Théodore Abu Qurrah avec l'un d'entre eux qui prétendait le convertir de force à l'islam.

Je vous livre l'anecdote en question.

 

C'est une habitude des Sarrasins hypocrites, lorsqu'ils rencontrent un chrétien, de ne pas le saluer [1], mais de dire, de but en blanc : "Chrétien ! Témoigne que Dieu est unique et imparticipable, et qu'il a Muhammad pour serviteur et pour envoyé" [2].

Un de ces hypocrites ayant rejoint le bienheureux évêque alors qu'il redescendait de Jérusalem, au lieu de recevoir la salutation de l'évêque lui dit immédiatement : "Chrétien, témoigne que Dieu est un et sans associé, et que Muhammad est son serviteur et son messager".

Théodore répondit : "Cela ne te suffit-il pas d'être condamné pour un faux témoignage, il faut encore que tu entraînes les autres à faire de même ?"

Le Sarrasin : Je ne fais pas de faux témoignage !

Théodore : Etais-tu présent lorsque Dieu a envoyé Muhammad ?

Le Sarrasin : Non, mais j'en témoigne parce que mon père en témoignait.

Théodore : Si ce qui est dit par les parents aux enfants était toujours la vérité, alors tout le monde, que ce soit les samaritains, les juifs, les scythes, les chrétiens et ceux qui suivent la religion païenne des anciens grecs auraient la vraie foi, car chacun d'entre eux aura appris à témoigner de sa foi comme ses parents. Et alors ! En quoi ta religion sera-t-elle différente si tout ce que tu fais est de "croire comme ton père" ? Avec un tel raisonnement, les païens qui vivent comme des bêtes verront aussi leurs croyances justifiées.

Le Sarrasin : Comme tu m'as mis dans l'embarras, dis-moi : Est-ce que vraiment tu ne témoignes pas en fonction de ce qui t'a été enseigné par ton père ?

Théodore : Si, bien sûr ! Mais ce que mon père m'a enseigné, et ce que le tien t'a enseigné sont deux choses bien différentes !

Le Sarrasin : Que veux-tu dire par là ?

Théodore : Mon père m'a appris à n'accueillir quelqu'un comme Envoyé uniquement s'il a été annoncé par un prophète antérieur ou si par des miracles il démontre qu'il est digne de foi. Ton Muhammad, lui n'a ni l'une, ni l'autre de ces caractéristiques. Aucun prophète des temps anciens ne l'a annoncé comme prophète, et lui-même n'a pas confirmé la foi en lui par des miracles.

Le Sarrasin : Au contraire ! le Christ a écrit dans l'Evangile : "Je vous enverrai un prophète dont le nom est Muhammad". [3]

Théodore : L'Evangile n'en fait aucune mention.

Le Sarrasin : Cela y était, mais vous l'avez supprimé. [4]

Théodore : Si quelqu'un, demandant l'exécution d'une dette, présente devant le juge un reçu signé de la main du débiteur, dans lequel il n'y a rien qui corresponde à ce qu'il réclame, qu'est-ce que le juge va décider que le plaignant doit recevoir ?

Le Sarrasin : Rien.

Théodore : Par conséquent, vous n'avez rien dans l'Evangile

Le Sarrasin : Même si je n'ai rien dans l'Evangile, d'après les miracles que Muhammad a accomplis, il est un prophète digne de foi.

Théodore : Quel miracle a-t-il accompli ?

Le Sarrasin, raconta alors de fausses histoires[5], puis ne pouvant rien dire de vrai, se tut.

 

Notes :

Cette anecdote fait partie du recueil du Diacre Jean. C'est donc précisément lui qui parle de "sarrasins hypocrites", comme nous disons "fanatiques". Texte grec : traité 19, PG 97, col 1544. Je me suis aussi basé sur la traduction américaine de Lamoreaux.

1. Ce qui est de la plus grande grossièreté. Mais, comme me l'a expliqué un musulman - lui-même quelque peu fanatique - rencontré il y a quelques années : "Pour la salutation usuelle "As Salaam Aleiqoum" (La paix soit avec toi), l'arabe emploie le terme "Salam" (= la Paix) qui, dans l'islam, est aussi un des 99 noms de Dieu. S'adresser à un interlocuteur en lui disant "As Salaam Aleiqoum" peut donc être considéré comme signifiant précisément "Dieu est avec toi", et une telle parole ne peut être dite qu'à un musulman !" CQFD.

2. On notera que la phrase proposée, compte tenu que l'anecdote nous a été transmise en grec, correspond pour le fond à la confession de foi musulmane (la Shahada): "Il n'y a d'autre dieu qu'Allah, et Muhammad est son envoyé". La phrase est cependant "adaptée" à un chrétien, à qui l'islam reproche précisément "d'associer" le Christ à Dieu. Si donc le chrétien prononce ces mots, il sera alors considéré comme s'étant converti à l'islam. Et si par la suite il manifeste qu'il n'est pas musulman, il pourra être considéré comme un apostat et à ce titre susceptible d'être mis à mort.

3. "Le Christ a écrit dans l'Evangile…" : cette affirmation touche un point fondamental de l'islam : sa prétention à être dans la continuité de la révélation biblique. (Voir par exemple, Coran 7.155, 156)
Dans le cas présent, le "sarrasin" fait allusion à une "prophétie" placée dans la bouche de Jésus par le coran (61.6) : Enfants d'Israël, je suis l'apôtre de Dieu (...) et je vous annonce la bonne nouvelle qu'un apôtre vient après moi et son nom sera Ahmad. Toutefois il n'existe aucune trace d'une telle "prophétie"dans la Bible, et son origine sous le calame de Muhammad reste obscure.
On peut bien sûr faire un rapprochement avec les passages de l'évangile de Jean où il est question de l'envoi du saint Esprit, le "Paraclet" (παράκλητος = Celui qu'on appelle à son aide, avocat, défenseur, consolateur) (Jn 15.23-27) ; ce que fit, au VIIIe siècle, Ibn-Ishaq ; suivi à la fin du XIIe siècle par Al-Razi.  Cependant un tel rapprochement porte à faux dans la mesure où le nom de "Ahmad" ne se trouve pas dans l'Evangile, et que "Ahmad" ne correspond en aucun cas à "Parakletos".

4. Puisque le "sarrasin" ne peut produire de copie de l'Evangile contenant cette prophétie, il ne lui reste qu'à affirmer qu'elle a été enlevée par les chrétiens. Affirmation gratuite et sans fondement qui ne saurait avoir force de preuve : aucun manuscrit ou fragment, pas plus que la moindre citation ancienne ne vient soutenir cette assertion .

5. Si le Coran attribue de nombreux miracles à Jésus, dont certains proviennent en droite ligne de ces "contes de Noël" que furent les évangiles apocryphes de l'enfance ; par contre concernant Muhammad, non seulement le Coran ne rapporte aucun miracle, mais exclut même qu'il en ait accompli. En fait, l'unique miracle censé attester de la mission divine de Muhammad est, selon le Coran, le Coran lui-même (Coran 29.46-51). De fait, le terme "aïah" (pluriel : "aïat") qui désigne les "versets" du Coran signifie proprement "signe", "miracle".
Cependant cette frugalité dans le merveilleux dut paraître un peu austère aux premières générations de musulmans, de sorte que le hadith regorge de miracles en tous genres (multiplication de nourriture, guérisons miraculeuses, animaux et arbres témoignant en faveur de Muhammad…). C'est probablement à l'un ou l'autre de ces "miracles" que la fin du dialogue fait allusion.

*

*  *

(Notez que c'est justement un "noun" que j'ai mis en illustration... Il m'a fait penser à ce verset : καὶ τὸ φῶς ἐν τῇ σκοτίᾳ φαίνει, καὶ ἡ σκοτία αὐτὸ οὐ κατέλαβεν)

19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 07:31

Comme je le signalai dans un précédent billet, je travaille actuellement sur les œuvres d'un auteur du V° siècle. Des homélies, pour être précis.

Comme beaucoup de prédicateur de son époque, il est prolixe, et un sermon de 12 ou 15 pages  n'est pas pour l'effrayer. Comptez 4 à 5 bonnes minutes par page, soit entre 45 minutes et  1 heure et quart le sermon !

Pour nous qui vivons à une époque où les chansons, avec souvent bien des redites, ne doivent pas excéder 3 minutes, cela peut sembler énorme.

Pourtant, à l'époque, il n’y a pas lieu de s'en étonner : en un temps où nul média radio, presse, télévision, cinéma, nul enregistrement de la voix n'était possible, écouter un orateur – pour peu qu'il fut de qualité – était un plaisir recherché. L'écouter parler avec fougue des textes bibliques, faisant avec brio le lien entre la foi, la philosophie, la science était autant une pieuse occupation qu'un loisir de choix*.

Ne voyait-on pas, en plein XVIe siècle dans un temple protestant**, un gros sablier fixé à demeure à côté du prédicateur : ce dernier devait parler au moins le temps que tout le sable s'écoule, soit plus d'une de quarante minutes.

Mais aujourd'hui, quelle est la bonne longueur pour un sermon ?

Je ne prétendrai pas apporter de réponse à cette question (même si, comme tout auditeur, j'ai ma petite idée), mais il me semble que les prêcheurs seraient bien avisés de tenter de respecter la règle suivante :

Que votre "Amen !" final

soit une surprise

et non un soulagement.

Notes

* On se souviendra aussi que, durant la période soviétique, il n'était pas exceptionnel – dans les rarissimes paroisses encore ouvertes dans les grandes villes, de voir se succéder les prédicateurs devant des fidèles assoiffés d'entendre l'Evangile, faisant déborder le temps de la prédication hors de toute mesure pour des fidèles qui en redemandaient : ils avaient pu être là pour cette fois, mais qui savait quand ils pourraient revenir ?

** Le "Temple du Paradis", à Lyon. C'est de là que provient l'illustration de ce billet. Il m'a bel et bien été confirmé, contrairement à ce que l'on trouve parfois écrit, que le sablier servait de référence "a minima" et non à "limiter l'éloquence du prédicateur".

Published by Albocicade - dans Vie quotidienne
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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 07:53

Pas encore en retard, je me hâte : hier c'était relâche, mais aujourd'hui, je dois aller au travail.

Saisir un pull (le temps est encore variable), prendre mes lunettes… ah, mes clefs !

Oui, je sais, c'est stupide : nous ne sommes pas à la maison, et il n'y a aucune raison que j'y passe aujourd'hui. Mais c'est une règle : toujours avoir mes clefs sur moi.

Je retourne vite à la caravane pour les prendre, en me reprochant presque cette perte de temps. Ce n'est qu'après les avoir enfourné dans ma poche que l'évidence se fait jour : sur mon trousseau, il y a aussi les clefs de voiture, et j'aurais été bien en peine de partir sans elles.

 

Allez savoir pourquoi, cela m'a fait penser à la prière.

Si, bien souvent, nous prions poussés par une nécessité du moment, il nous arrive aussi de prier "gratuitement", voire par habitude, parce que c'est le moment, ou que c'est la règle que nous suivons.

D'aucuns jugeront sans doute que ce type de prière est un archaïsme indigne d'êtres humains pensant et responsables, et que bien sûr, elle est inutile. Aussi inutile que de prendre ses clefs de maison quand on n'a nulle intention de s'y rendre.

Mais ne serait-ce pas là une erreur d'analyse ?

En effet, n'y a-t-il pas, dans la prière, plus que la demande ou le remerciement formel, comme il y a – sur mon trousseau – plus que les clefs de la maison ?

Published by Albocicade - dans Cigale en prière
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