31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 07:05

Comme dit précédemment, je travaille actuellement sur des homélies d'un auteur que je vous présenterai bientôt.

Disons seulement, pour l'instant, qu'il fut évêque de Jableh, au Ve siècle et que ses homélies, pour être amples, n'en sont pas pourtant dénuées d'intérêt.

Aussi, ai-je décidé de vous en donner, en avant-première, un aperçu.

 

Vous connaissez tous le passage, dans le livre de la Genèse (chap 3), où le serpent tente Eve. Voici un petit bout de ce que notre auteur en tire (j'abrège un peu).

 

Le diable avait dit : "Le jour où vous mangerez de ce fruit, vos yeux seront ouverts" ; il se trouva qu'il avait dit vrai. …/…

Remarquez bien sa malice. Comment avait-il su que, le fruit une fois mangé, les yeux de nos premiers parents seraient ouverts ? Étaient-ils donc aveugles ? Pourtant l'Écriture, avant qu'ils aient mangé ce fruit fatal, dit : "La femme vit l'arbre." La femme n'était donc pas aveugle. "La femme vit que l'arbre était beau à la vue." Elle voit d'abord, puis elle mange.

Comment donc leurs yeux ont-ils été ouverts ? Soyez attentifs, je vous prie ; là est le point capital de la question. Le diable était un de ceux qui étaient tombés et avaient cherché à dépasser son rang : il savait donc ce qui lui était arrivé après son crime, et ce qui devait conséquemment arriver à ceux qui faisaient ainsi ; car le sort de ceux-là est toujours le même. Aujourd'hui aussi, quand nous péchons, nous le faisons en aveugles, et nous ne voyons ce que nous avons fait que lorsque la faute est commise.

Si l'on demande, par exemple, à l'auteur d'une faute "Pourquoi avez-vous agi de la sorte ?" il mettra la nécessité en avant. En vérité, dira-t-il, je ne voyais pas ce que je faisais. Non pas qu'il fût aveugle ; mais la raison s'obscurcit devant le péché : on est tout entier à ce que l'on fait, et, tout en le faisant, on est aveuglé. Ensuite seulement on voit dans sa conscience l'action qu'on a commise. …/…

Le diable donc étant tombé, — car je ne perds pas de vue mon sujet, — et sachant ce qui s'était passé en lui après la chute, n'oubliait pas qu'alors seulement il avait compris ce qu'il avait fait. Instruit par sa propre expérience, il dit à nos premiers parents : "Si vous mangez de ce fruit, vos yeux seront ouverts" comme les miens l'ont été, pensait-il ; le péché commis, alors je vis ce que j'avais fait, ce que j'avais perdu. "Ensuite ils mangèrent, et leurs yeux furent ouverts, et ils connurent qu'ils étaient nus." Auparavant ils étaient nus aussi, mais ils n'en rougissaient pas. Quand ils se furent dépouillés de l'immortalité, ils perdirent leur ceinture de gloire, et le corps apparaissant dans sa nudité, ne fut plus qu'une masse de terre.

 

27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 07:30

C'est un thème récurrent des émissions scientifiques : existe-t-il de la vie ailleurs que sur "notre" terre, en dehors de "notre" système solaire ?

Et si oui, existe-t-elle sous une forme intelligente, socialement organisée ?

Et enfin, y a-t-il quelqu'espoir de pouvoir – un jour – communiquer avec certains de ses représentants ?

 

Entre la sonde Pioneer et les radiofréquences émises et écoutées à longueur d'année, les diverses agences gouvernementales dépensent temps et argent pour…

Pour quoi, au juste ?

J'écoutais dernièrement – avec intérêt – une de ces émissions, et – comme à chaque fois –m'est venue cette pensée, comme une évidence :

Peu m'importe que la vie existe en dehors de la terre*, la question n'est pas là puisque, déjà, sur terre nous rencontrons la vie sous une variété indénombrable de formes, certaines nous semblant peu intelligentes (bactéries, vers, végétaux…) d'autres se montrant socialement organisées (et là, les exemples abondent, que ce soit parmi les insectes, les oiseaux, les poissons et les mammifères). Bref, tout ce que nos experts chercheurs espèrent un jour découvrir, nous l'avons déjà devant nous, à nos côtés.

Or, quand je vois comment nous, les humains_intelligents_vivant_en_société sur terre traitons les autres êtres vivants de notre planète (exploitation éhontée, destruction des habitats naturels par profit ou négligence, déstructuration du patrimoine génétique, et j'en passe) je n'ai qu'une suggestion à faire aux hypothétiques êtres vivants extra-terrestres :

Pour votre survie et votre sécurité, tenez-vous loin de nous…

Ou, comme on le disait dans un sympathique dessin animé :

Que l'homme t'ignore !

 

Note

J'avais lu, il y a quelque temps, qu'un théologien orthodoxe n'excluait pas cette possibilité, je vois qu'un jésuite fait de même. Au passage, j'en profite pour répondre à une question de l'article cité juste avant : "Si des extraterrestres existaient, faudrait-il les baptiser ?" La réponse me semble bien simple : "pour qu'ils soient baptisés, encore faudrait-il que ces extraterrestres soient humains : on en baptise ni les plantes, ni les chats, ni les canaris… ni les anges".

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 07:19

 

C'était en Irak, ces jours-ci.

Des djihadistes ayant proclamé le rétablissement du califat en Syrie et en Irak offraient comme choix à la minorité chrétienne de Mossoul - deuxième ville du pays -  de "se convertir à l'islam, ou payer la djizia (une taxe réservée aux non-musulmans) ou alors quitter la ville", sachant que si aucune de ces offres ne les tente, "Il n'y aura pour eux rien d'autre que l'épée".

Et pour faire bonne mesure, ils marquaient d'un ن ("noun", lettre initiale du mot "nazarah", c'est-à-dire "chrétien")  les maisons des "suspects", comme naguère s'ornaient d'étoiles stylisées les maisons des Juifs au bon vouloir de nazis.

Qu'on se rassure, il n'y aura pas de manifestations de masse contre ces exactions : les chrétiens ne font pas vendre. Peut-être, dans 100 ans érigera-t-on quelque colonne "à la mémoire des victimes du génocide des chrétiens d'orient", comme on évoque (fort timidement d'ailleurs) le génocide des Arméniens…

 

Il y a toujours eu, dans tous les mouvements (qu'ils soient religieux, politiques, économiques…) des fanatiques rêvant d'imposer aux autres leur manière de voir. Et lorsqu'ils parviennent à prendre le pouvoir…

Et les chrétiens de Mossoul n'auront pas la chance de pouvoir discuter pied à pied avec ces fanatiques, comme le fit un jour Théodore Abu Qurrah avec l'un d'entre eux qui prétendait le convertir de force à l'islam.

Je vous livre l'anecdote en question.

 

C'est une habitude des Sarrasins hypocrites, lorsqu'ils rencontrent un chrétien, de ne pas le saluer [1], mais de dire, de but en blanc : "Chrétien ! Témoigne que Dieu est unique et imparticipable, et qu'il a Muhammad pour serviteur et pour envoyé" [2].

Un de ces hypocrites ayant rejoint le bienheureux évêque alors qu'il redescendait de Jérusalem, au lieu de recevoir la salutation de l'évêque lui dit immédiatement : "Chrétien, témoigne que Dieu est un et sans associé, et que Muhammad est son serviteur et son messager".

Théodore répondit : "Cela ne te suffit-il pas d'être condamné pour un faux témoignage, il faut encore que tu entraînes les autres à faire de même ?"

Le Sarrasin : Je ne fais pas de faux témoignage !

Théodore : Etais-tu présent lorsque Dieu a envoyé Muhammad ?

Le Sarrasin : Non, mais j'en témoigne parce que mon père en témoignait.

Théodore : Si ce qui est dit par les parents aux enfants était toujours la vérité, alors tout le monde, que ce soit les samaritains, les juifs, les scythes, les chrétiens et ceux qui suivent la religion païenne des anciens grecs auraient la vraie foi, car chacun d'entre eux aura appris à témoigner de sa foi comme ses parents. Et alors ! En quoi ta religion sera-t-elle différente si tout ce que tu fais est de "croire comme ton père" ? Avec un tel raisonnement, les païens qui vivent comme des bêtes verront aussi leurs croyances justifiées.

Le Sarrasin : Comme tu m'as mis dans l'embarras, dis-moi : Est-ce que vraiment tu ne témoignes pas en fonction de ce qui t'a été enseigné par ton père ?

Théodore : Si, bien sûr ! Mais ce que mon père m'a enseigné, et ce que le tien t'a enseigné sont deux choses bien différentes !

Le Sarrasin : Que veux-tu dire par là ?

Théodore : Mon père m'a appris à n'accueillir quelqu'un comme Envoyé uniquement s'il a été annoncé par un prophète antérieur ou si par des miracles il démontre qu'il est digne de foi. Ton Muhammad, lui n'a ni l'une, ni l'autre de ces caractéristiques. Aucun prophète des temps anciens ne l'a annoncé comme prophète, et lui-même n'a pas confirmé la foi en lui par des miracles.

Le Sarrasin : Au contraire ! le Christ a écrit dans l'Evangile : "Je vous enverrai un prophète dont le nom est Muhammad". [3]

Théodore : L'Evangile n'en fait aucune mention.

Le Sarrasin : Cela y était, mais vous l'avez supprimé. [4]

Théodore : Si quelqu'un, demandant l'exécution d'une dette, présente devant le juge un reçu signé de la main du débiteur, dans lequel il n'y a rien qui corresponde à ce qu'il réclame, qu'est-ce que le juge va décider que le plaignant doit recevoir ?

Le Sarrasin : Rien.

Théodore : Par conséquent, vous n'avez rien dans l'Evangile

Le Sarrasin : Même si je n'ai rien dans l'Evangile, d'après les miracles que Muhammad a accomplis, il est un prophète digne de foi.

Théodore : Quel miracle a-t-il accompli ?

Le Sarrasin, raconta alors de fausses histoires[5], puis ne pouvant rien dire de vrai, se tut.

 

Notes :

Cette anecdote fait partie du recueil du Diacre Jean. C'est donc précisément lui qui parle de "sarrasins hypocrites", comme nous disons "fanatiques". Texte grec : traité 19, PG 97, col 1544. Je me suis aussi basé sur la traduction américaine de Lamoreaux.

1. Ce qui est de la plus grande grossièreté. Mais, comme me l'a expliqué un musulman - lui-même quelque peu fanatique - rencontré il y a quelques années : "Pour la salutation usuelle "As Salaam Aleiqoum" (La paix soit avec toi), l'arabe emploie le terme "Salam" (= la Paix) qui, dans l'islam, est aussi un des 99 noms de Dieu. S'adresser à un interlocuteur en lui disant "As Salaam Aleiqoum" peut donc être considéré comme signifiant précisément "Dieu est avec toi", et une telle parole ne peut être dite qu'à un musulman !" CQFD.

2. On notera que la phrase proposée, compte tenu que l'anecdote nous a été transmise en grec, correspond pour le fond à la confession de foi musulmane (la Shahada): "Il n'y a d'autre dieu qu'Allah, et Muhammad est son envoyé". La phrase est cependant "adaptée" à un chrétien, à qui l'islam reproche précisément "d'associer" le Christ à Dieu. Si donc le chrétien prononce ces mots, il sera alors considéré comme s'étant converti à l'islam. Et si par la suite il manifeste qu'il n'est pas musulman, il pourra être considéré comme un apostat et à ce titre susceptible d'être mis à mort.

3. "Le Christ a écrit dans l'Evangile…" : cette affirmation touche un point fondamental de l'islam : sa prétention à être dans la continuité de la révélation biblique. (Voir par exemple, Coran 7.155, 156)
Dans le cas présent, le "sarrasin" fait allusion à une "prophétie" placée dans la bouche de Jésus par le coran (61.6) : Enfants d'Israël, je suis l'apôtre de Dieu (...) et je vous annonce la bonne nouvelle qu'un apôtre vient après moi et son nom sera Ahmad. Toutefois il n'existe aucune trace d'une telle "prophétie"dans la Bible, et son origine sous le calame de Muhammad reste obscure.
On peut bien sûr faire un rapprochement avec les passages de l'évangile de Jean où il est question de l'envoi du saint Esprit, le "Paraclet" (παράκλητος = Celui qu'on appelle à son aide, avocat, défenseur, consolateur) (Jn 15.23-27) ; ce que fit, au VIIIe siècle, Ibn-Ishaq ; suivi à la fin du XIIe siècle par Al-Razi.  Cependant un tel rapprochement porte à faux dans la mesure où le nom de "Ahmad" ne se trouve pas dans l'Evangile, et que "Ahmad" ne correspond en aucun cas à "Parakletos".

4. Puisque le "sarrasin" ne peut produire de copie de l'Evangile contenant cette prophétie, il ne lui reste qu'à affirmer qu'elle a été enlevée par les chrétiens. Affirmation gratuite et sans fondement qui ne saurait avoir force de preuve : aucun manuscrit ou fragment, pas plus que la moindre citation ancienne ne vient soutenir cette assertion .

5. Si le Coran attribue de nombreux miracles à Jésus, dont certains proviennent en droite ligne de ces "contes de Noël" que furent les évangiles apocryphes de l'enfance ; par contre concernant Muhammad, non seulement le Coran ne rapporte aucun miracle, mais exclut même qu'il en ait accompli. En fait, l'unique miracle censé attester de la mission divine de Muhammad est, selon le Coran, le Coran lui-même (Coran 29.46-51). De fait, le terme "aïah" (pluriel : "aïat") qui désigne les "versets" du Coran signifie proprement "signe", "miracle".
Cependant cette frugalité dans le merveilleux dut paraître un peu austère aux premières générations de musulmans, de sorte que le hadith regorge de miracles en tous genres (multiplication de nourriture, guérisons miraculeuses, animaux et arbres témoignant en faveur de Muhammad…). C'est probablement à l'un ou l'autre de ces "miracles" que la fin du dialogue fait allusion.

*

*  *

(Notez que c'est justement un "noun" que j'ai mis en illustration... Il m'a fait penser à ce verset : καὶ τὸ φῶς ἐν τῇ σκοτίᾳ φαίνει, καὶ ἡ σκοτία αὐτὸ οὐ κατέλαβεν)

19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 07:31

Comme je le signalai dans un précédent billet, je travaille actuellement sur les œuvres d'un auteur du V° siècle. Des homélies, pour être précis.

Comme beaucoup de prédicateur de son époque, il est prolixe, et un sermon de 12 ou 15 pages  n'est pas pour l'effrayer. Comptez 4 à 5 bonnes minutes par page, soit entre 45 minutes et  1 heure et quart le sermon !

Pour nous qui vivons à une époque où les chansons, avec souvent bien des redites, ne doivent pas excéder 3 minutes, cela peut sembler énorme.

Pourtant, à l'époque, il n’y a pas lieu de s'en étonner : en un temps où nul média radio, presse, télévision, cinéma, nul enregistrement de la voix n'était possible, écouter un orateur – pour peu qu'il fut de qualité – était un plaisir recherché. L'écouter parler avec fougue des textes bibliques, faisant avec brio le lien entre la foi, la philosophie, la science était autant une pieuse occupation qu'un loisir de choix*.

Ne voyait-on pas, en plein XVIe siècle dans un temple protestant**, un gros sablier fixé à demeure à côté du prédicateur : ce dernier devait parler au moins le temps que tout le sable s'écoule, soit plus d'une de quarante minutes.

Mais aujourd'hui, quelle est la bonne longueur pour un sermon ?

Je ne prétendrai pas apporter de réponse à cette question (même si, comme tout auditeur, j'ai ma petite idée), mais il me semble que les prêcheurs seraient bien avisés de tenter de respecter la règle suivante :

Que votre "Amen !" final

soit une surprise

et non un soulagement.

Notes

* On se souviendra aussi que, durant la période soviétique, il n'était pas exceptionnel – dans les rarissimes paroisses encore ouvertes dans les grandes villes, de voir se succéder les prédicateurs devant des fidèles assoiffés d'entendre l'Evangile, faisant déborder le temps de la prédication hors de toute mesure pour des fidèles qui en redemandaient : ils avaient pu être là pour cette fois, mais qui savait quand ils pourraient revenir ?

** Le "Temple du Paradis", à Lyon. C'est de là que provient l'illustration de ce billet. Il m'a bel et bien été confirmé, contrairement à ce que l'on trouve parfois écrit, que le sablier servait de référence "a minima" et non à "limiter l'éloquence du prédicateur".

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 07:53

Pas encore en retard, je me hâte : hier c'était relâche, mais aujourd'hui, je dois aller au travail.

Saisir un pull (le temps est encore variable), prendre mes lunettes… ah, mes clefs !

Oui, je sais, c'est stupide : nous ne sommes pas à la maison, et il n'y a aucune raison que j'y passe aujourd'hui. Mais c'est une règle : toujours avoir mes clefs sur moi.

Je retourne vite à la caravane pour les prendre, en me reprochant presque cette perte de temps. Ce n'est qu'après les avoir enfourné dans ma poche que l'évidence se fait jour : sur mon trousseau, il y a aussi les clefs de voiture, et j'aurais été bien en peine de partir sans elles.

 

Allez savoir pourquoi, cela m'a fait penser à la prière.

Si, bien souvent, nous prions poussés par une nécessité du moment, il nous arrive aussi de prier "gratuitement", voire par habitude, parce que c'est le moment, ou que c'est la règle que nous suivons.

D'aucuns jugeront sans doute que ce type de prière est un archaïsme indigne d'êtres humains pensant et responsables, et que bien sûr, elle est inutile. Aussi inutile que de prendre ses clefs de maison quand on n'a nulle intention de s'y rendre.

Mais ne serait-ce pas là une erreur d'analyse ?

En effet, n'y a-t-il pas, dans la prière, plus que la demande ou le remerciement formel, comme il y a – sur mon trousseau – plus que les clefs de la maison ?

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 07:44

 

Cette année, exceptionnellement, nous avons décidé de prendre des vacances d'été à la campagne. Ce qui est quelque peu paradoxal puisque je n'ai aucun congé durant cette période.

En fait, le propriétaire d'une maison actuellement inoccupée, à peu de distance de chez nous, nous a autorisé à nous installer comme bon nous semble.

Sitôt dit, sitôt fait : deux tentes sur le terrain pour les jeunes cigales, Dame Cigale et moi-même dans une caravane qui est là opportunément, ce qu'il faut de charbon de bois pour quelques barbecues… et un petit air de vacance s'installe.

Las ! chaque jour apporte, entre deux pudiques ensoleillements, son lot d'averse, d'ondée, de crachin ou d'orage, et les jeunes cigales ont eu tôt fait de se replier dans la maison pour n'avoir pas à apprendre à nager en dormant.

N'empêche ! Ça fait vacances quand même. Même si, chaque matin, je me lève pour aller au travail.

Et quel rapport avec le pèlerin ?

Oh, c'est juste qu'il pleut systématiquement chaque matin, à l'aube.

Et comme dit le proverbe :

"Pluie du matin réjouit le pèlerin".

Quant à moi, je n'ai pas à arroser le jardin.

 

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 07:27

Tandis que je travaillais sur les textes d'un auteur que je vous présenterai un de ces jours [voir note 1], je tombe sur cette phrase :

"Or, un fleuve sortait d'Éden pour arroser le paradis. Et, après l'avoir arrosé, il se divisait en quatre branches, le Tigre, le Nil, l'Euphrate et le Phison, fleuve que l'Écriture appelle de la sorte, et que l'on appelle aujourd'hui le Danube."

et un peu plus loin :

"Le nom du premier fleuve était Phison ; nous en avons parlé tout à l'heure ; le nom du second était Géhon ; c'est le Nil dont le vieux nom est Géhon, comme le prouve Jérémie dans ce passage : Qu'y a-t-il de commun entre vous et le chemin de l'Égypte ? Voulez-vous aller y boire l'eau du Géhon ?".

 

Ces noms de fleuve font, bien sûr, référence au Jardin d'Eden :

"Un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras. Le nom du premier est Pischon; c'est celui qui entoure tout le pays de Havila, où se trouve l'or. L'or de ce pays est pur; on y trouve aussi le bdellium et la pierre d'onyx. Le nom du second fleuve est Guihon; c'est celui qui entoure tout le pays de Cusch. Le nom du troisième est Hiddékel; c'est celui qui coule à l'orient de l'Assyrie. Le quatrième fleuve, c'est l'Euphrate." (Genèse 2.10-14)

 

Je connaissais l'antique identification du Gihon au Nil, par Flavius Josèphe [note 2], mais là, mon auteur justifie son choix par une citation [note 3].

Par contre, pour le Phison (ou Pishon, puisque c'est le même mot), je ne m'attendais pas au Danube ! Mais bon, Flavius Josèphe y voit bien le Gange…[note 4].

 

J'en ai touché quelque mot à M. le Professeur – qui, naguère, s'était occupé de la "Mosaïque des Quatre Fleuves" – (en fait, c'était plus un prétexte pour prendre de ses nouvelles) qui me répondit : "Cette identification avec le Danube, je n'y crois pas beaucoup…"

Moi non plus, d'ailleurs !

Mais il est intéressant de voir comment les différentes générations ont cherché à s'approprier ce texte quelque peu mystérieux [note 5].

Par exemple, actuellement, en se basant sur des photos prises par satellite, un chercheur a émis l'hypothèse que le Phison correspondrait au Wadi Batin ou au Waddi Riniah, deux anciens lits de torrent maintenant à sec, tandis que le Gihon serait la rivière Karoun. Une description somme toute plausible. [note 6]

 

Mais au fait, comment fait-on pour s'y rendre, en Eden ?

De nouveau, je laisse la parole à mon auteur (et à sa représentation quelque peu inhabituelle du paradis terrestre) :

Tout d'abord, il constate que "Le paradis n'était pas un petit jardin enfermé dans d'étroites limites. Il était arrosé par un fleuve si considérable que la surabondance de ses eaux donnait naissance à quatre fleuves." et il ajoute : "Pourquoi cela ? Adam était seul ; à quoi bon un paradis aussi considérable ? C'est qu'il n'était pas destiné à un seul homme ; il l'était encore à l'humanité tout entière : il était destiné aux patriarches, aux prophètes, aux apôtres, aux évangélistes, aux martyrs, aux confesseurs, aux saints, aux fidèles, aux personnes vivant dans la piété, à tous les justes."

Et c'est là que sa représentation "géographique" de l'Eden prend tout son sens :

"Soutenez votre attention : représentez-vous le paradis devant les yeux ; car la vue permet de juger plus exactement que la parole. Un fleuve immense jaillit, et de ses eaux qui occupent un lit fort large il arrose le paradis. Après cela il se précipite dans un gouffre souterrain ; et, suivant la voie que lui a tracée le Seigneur dans ces régions obscures, après s'être longtemps dérobé aux regards, il se divise, prend diverses directions, et reparaît tantôt en Éthiopie, tantôt en Orient, tantôt en Occident. Ainsi le veut Dieu qui conduit la marche de ces eaux et qui prépare avec ce premier fleuve des sources qui paraissent y être étrangères. Et pourquoi cela ? Afin qu'on ne retrouve pas le paradis en prenant pour guide les eaux de ces fleuves et qu'on n'y puisse pas rentrer. Qu'il fût possible d'y arriver de cette manière, les premiers à le trouver seraient les riches ; et Dieu l'a fermé tant aux riches qu'aux pauvres, laissant à la vertu seule le pouvoir d'en indiquer le chemin. Que n'ont pas souffert les patriarches, les prophètes, les saints à la recherche du paradis, sans toutefois le trouver ! Et le larron qui n'avait pas suivi cette voie, parce qu'il avait cru, trouva le chemin véritable, celui qui a dit : "Je suis la voie" ; et il trouva le paradis, que sa désobéissance avait fermé au premier homme."

 

Notes (nombreuses et abondantes)

1. Il s'agit d'un auteur fort intéressant, mais hélas délicat à présenter étant donnée la réputation calamiteuse qu'il s'est acquise pour s'être mêlé d'une affaire qui ne le regardait pas.

2. Flavius Josèphe : Antiquités Judaïques chap 1 :

"Ce jardin est arrosé par un fleuve unique dont le cours circulaire environne toute la terre et se divise en quatre branches;

- le Phison, dont le nom signifie abondance, s'en va vers l'Inde se jeter dans la mer : les Grecs l'appellent Gange ;

- puis l'Euphrate et le Tigre, qui vont se perdre dans la mer Erythrée ; l'Euphrate est appelé Phorat, c’est-à-dire dispersion ou fleur, et le Tigre, Diglath, ce qui exprime à la fois l'étroitesse et la rapidité ;

- enfin le Géon, qui coule à travers l'Egypte, dont le nom indique celui qui jaillit de l'orient ; les Grecs l'appellent Nil."

3. En l'occurrence, Jérémie 2.17, dans le texte de la Septante.

4. Quant aux élucubrations de Rachi basées sur des étymologies douteuses, il y a pas grand-chose à en retenir : Sur Genèse 2 :11 : "Pichon : C’est le Nil, le fleuve de l’Egypte. Il est appelé Pichon (du mot pachou signifiant «se répandre») parce que ses eaux, par la bénédiction de Dieu, montent et arrosent le sol. C’est comme dans : «et ses cavaliers se répandent (pachou)» . Autre explication : le Pichon fait pousser le lin (pichtan), ainsi qu’il est écrit à propos de l’Egypte : «ils seront confondus, ceux qui travaillent le lin (‘ovdé pichtim)»".

et sur Genèse 2 :13. "Gui'hon : Ainsi nommé parce que ses eaux coulent en mugissant violemment, comme dans : « si un bœuf cogne (yiga‘h) un homme », [mugir et cogner vont ensemble], car un bœuf cogne en mugissant. "

5. Ainsi, Philon d'Alexandrie identifie les quatres fleuves aux Vertus : Prudence, Courage, Modération et Justice (Leg. I. 63 ss, et Quaest. Gen. I.12) et St Ambroise, dans son traité "De paradiso" abonde dans ce sens, ajoutant en outre que ces fleuves représentent les quatre ages du monde... D'autres ont placé l'Eden en Amérique, en Afrique, à Hesdin en Artois, voire même sur la Lune ! Pour plus d'infos, voir ces quelques pages de ce "Grand dictionnaire géographique", 1736.

6. On trouvera une présentation de cette hypothèse à cette page.

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 07:47

Attablés au beau milieu de la rue, nous devisons tranquillement.

Bien sûr, nous nous connaissons tous, enfin, plus ou moins : c'est comme ça, un quartier.

Et ce soir, c'est quelque chose comme une "fête des voisins".

A côté de moi, l'un parle de ses calligraphies ; plus loin, une autre raconte les recherches hydrographiques d'un gars du coin au XIXe siècle, par ailleurs curé de paroisse : l'abbé Antoine Soulier, digne émule de l'abbé Paramelle. L'ambiance est détendue, quoique presque studieuse.

A d'autres tables, sans doute parle-t-on football…

- "Et vous, vous faites quelque chose ?"

Ah, c'est à moi. J'explique donc brièvement mes petites recherches sur des textes des Pères de l'Eglise, que j'essaie de rendre plus accessibles. Ce qui semble intéresser le calligraphe qui me demande où on peut les trouver.

Le lendemain, je passe chez lui pour récupérer son adresse email* afin de lui envoyer mon petit "Compendium patristique" (ainsi, bien sûr, que l'adresse du blog). Il me reçoit dans son atelier, où il ne fait manifestement pas que de la calligraphie. En fait, outre son travail de cheirographe** à la "plume d'or", il fabrique des cartes assemblées.

Ebahi, je découvre du matériel de pointe, tel que Migne, Gutenberg ou Archinos n'auraient pu imaginer dans leurs rêves les plus fous. En particulier une machine à faisceau laser capable aussi bien de découper (avec quelle finesse de précision !) que de graver (en enlevant un peu d'épaisseur) voire d'imprimer (par roussissement du papier) les feuilles aux qualités choisies qui lui sont insérées.

Ben sûr, avant d'en arriver à la découpe, il y a une masse de travail considérable… et après aussi d'ailleurs, pour l'assemblage.

Mais le résultat est bluffant.

Dire que ça fait des années que nous habitons à deux pas l'un de l'autre.

Comme quoi, entre voisins, on ne se connaît pas si bien que ça !

 

Notes :

* Comme ça, si vous êtes intéressé par ses cartes ou calligraphies, je peux vous communiquer ses coordonnées.

** "χειρόγραφος", l'écriture manuelle.

 

NB : pour les besoins de la cause, je lui ai demandé à prendre un cliché d'une de ses cartes…

 

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 07:18

A le lire, on pourrait douter qu'il soit vraiment Marseillais : pas un mot sur l'OM ni une injure au PSG, rien sur "Plus belle la vie", pas même une allusion à la sardine qui aurait bouché le Vieux-Port, et bien malin qui oserait le prétendre champion de pétanque.

Un Marseillais, ça ?

Pourtant, oui.

Disons qu'il parlait latin "avé l'assan"*.

Parce que, au cinquième siècle, c'est latin qu'on parlait, à Marseille.

Je l'ai croisé au détour d'une référence, dans une étude sur un auteur sur lequel je planche un peu en ce moment, et j'ai voulu vérifier, en savoir plus.

 

Alors, après quelques recherches, j'ai déniché une vieille traduction française** du "Traité des hommes illustres" de Gennade de Marseille, datant de 1840, que j'ai numérisée et (un petit peu) annotée.

Sans prétention aucune, d'ailleurs : les éditions du texte latin se sont succédées au XIXe siècle, mettant en évidence des variantes nombreuses, et je n'ai pas trouvé d'édition plus récente qui ferait autorité. Alors, c'est … juste mieux que rien.

 

Mais au fait, en quoi consiste ce traité ?

Disons que c'est une sorte de catalogue – un peu à la manière du "De viris" de Jérôme ou de la Bibliothèque de Photius – dans lequel Gennade présente brièvement les auteurs qui ont (en bien ou en mal) retenu son attention. C'est donc, en une centaine de brèves notices, un petit panorama de ce que lisait un prêtre un peu érudit, dans le Sud de la Gaule, vers 480.

Et qui est maintenant disponible sur Archive.

 

Notes :

Ah, au fait, quoiqu'il ait été prêtre, Gennade ne ressemblait pas à la photo que j'ai mis en haut : celui-là, il n'est pas de Marseille, il est de Cucugnan.

* enfin, "avec l'accent".

** Il existe bien une traduction plus récente (1876 quand même), mais inaccessible pour le moment.

Published by Albocicade - dans Cigale patristique
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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 07:16

Depuis un peu plus de deux ans, j'avais la possibilité – dans les fragments d'intervalle temps que me laisse mon activité professionnelle – de jeter une idée par ci de faire une vérification par là avec mon petit notepad en cours de journée. Ce n'était pas du gros travail de recherche, mais cumulées, ces secondes mises à profit me permettaient d'avancer un peu mes divers travaux en cours (sans parler des billets pour ce blog).

Et c'est fini.

Mon employeur m'a, fort civilement d'ailleurs, demandé de remmener mon matériel à la maison : des collègues se sont plaint de ce que, tandis qu'ils n'ont pas le droit de téléphoner durant leur travail, je serais un petit privilégié.

Dont acte.

Il va falloir m'organiser autrement, d'autant que, mine de rien, mon travail a parfois un caractère obsédant, et qu'il me faut quelque forme de dérivatif pour tenir une sorte d'équilibre…

On verra.

Published by Albocicade - dans Vie quotidienne
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