Une expulsion mémorable

Publié le par Albocicade

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Ce dimanche 6 mars est le dernier jour avant le grand carême.

Il est dédié à l'expulsion d'Adam.

Et pour cette occasion, je laisse la parole à un de mes "chouchous" :

Lorsque Dieu eut placé l'homme dans le paradis, comme nous l'avons dit plus haut, afin de le cultiver et de le garder, il lui ordonna de manger de tous les fruits qui s'y trouvaient ; il lui défendit seulement de toucher à l'arbre de la science. Formé de terre, le voilà transporté dans un paradis ; Dieu voulait par là l'exciter à se rendre de plus en plus parfait, à se montrer Dieu en quelque sorte, et à s'élever, par degrés, jusqu'au ciel, pour s'assurer l'immortalité. L'homme avait été créé dans un état intermédiaire, n'étant ni tout à fait mortel, ni entièrement exempt de la mort, mais il pouvait être l'un ou l'autre. Il en était de même du paradis qu'il habitait ; il tenait, par sa beauté, le milieu entre le ciel et la terre. Ces mots, "pour travailler", veulent dire pour garder les commandements de Dieu, afin qu'il ne se perdît point par la désobéissance, ainsi que le malheur arriva.

L'arbre de la science était, sans doute, bon en lui-même aussi bien que son fruit ; et ce n'était pas l'arbre, comme le pensent quelques-uns, qui était mortel, mais bien la transgression de l'ordre. Car cet arbre ne renfermait autre chose que la science ; et la science est toujours bonne, lorsqu'on en fait un bon usage. Or, Adam nouvellement né était en quelque sorte un enfant, et ne pouvait encore recueillir le fruit de la science. En effet, les enfants ne peuvent manger du pain aussitôt après leur naissance ; mais on leur donne d'abord du lait, puis ils reçoivent une nourriture plus solide, à mesure qu'ils avancent en âge. Et voilà ce qui serait arrivé à Adam : Dieu lui défendit donc de toucher à l'arbre de la science, non point par jalousie, comme le pensent quelques uns, mais parce qu'il voulait mettre son obéissance à l'épreuve. Il voulait encore que l'homme persévérât longtemps dans cette candeur, cette simplicité de l'enfance. Et n'est-ce pas un devoir sacré aux yeux de Dieu et des hommes, qu'on se soumette à ses parents avec candeur et simplicité ? et si les enfants doivent être soumis à leurs parents, à plus forte raison doivent-ils l'être à Dieu, qui est le père de tous.

D'ailleurs, il ne convient pas aux enfants d'être plus sages que leur âge ne le comporte ; car la sagesse a ses degrés, aussi bien que le développement des forces corporelles. Que dirai-je encore ? lorsque nous désobéissons à une loi qui nous fait une défense, il est bien clair que ce n'est point la loi qui est cause du châtiment, mais la désobéissance elle-même, et la transgression de la loi. Blâmerez-vous un père de poser des interdits à son fils, et de le punir s'il les méprise ; toutefois la punition ne vient pas de la chose elle-même, mais de la désobéissance. Ce qui fit sortir Adam du paradis, c'est donc la transgression du précepte divin : encore une fois, l'arbre de la science ne renfermait rien de mauvais ; c'est du péché, comme d'une source funeste, que sont sorties les souffrances, les douleurs, les peines et la mort même.

Mais Dieu, dans sa miséricorde, ne voulut pas laisser l'homme éternellement esclave du péché : il le condamna à l'exil, il le chassa hors du paradis, pour le châtier, lui faire expier sa faute pendant un temps déterminé et le rétablir ensuite dans l'état d'où il était déchu. Aussi ce n'est pas sans mystère qu'après avoir raconté la création de l'homme, la Genèse fait entendre qu'il serait deux fois établi dans le paradis : la première, immédiatement après avoir été créé ; la seconde, après la résurrection et le jugement. De même que le potier brise le vase qu'il vient de faire, s'il y remarque quelque défaut, pour le refondre ensuite et le refaire tout entier, ainsi l'homme est brisé en quelque sorte par la mort, pour ressusciter ensuite plein de vigueur et de santé ; c'est-à-dire revêtu de pureté, de justice et d'immortalité.

Si Dieu appelle Adam, et lui demande : "Adam, où es-tu ?" ce n'est pas qu'il l'ignore ; mais comme il est très patient, il veut laisser au coupable le temps du repentir et de l'aveu.

On me demandera peut-être : Adam fut-il créé mortel ? Non. Fut-il créé immortel ? Non plus. Il n'était donc rien ? Ce n'est pas ce que je veux dire ; sans doute, il ne fut créé ni mortel, ni immortel ; car, si Dieu l'avait créé immortel dès le commencement, il l'aurait fait Dieu, et s'il l'avait fait mortel, il semble qu'il serait la cause de sa mort. Il ne le créa donc ni mortel, ni immortel, mais, comme nous l'avons déjà dit, capable d'être l'un ou l'autre.

En suivant la voie qui conduit à l'immortalité, c'est-à-dire en restant fidèle observateur de la loi du Seigneur, il devait recevoir de lui l'immortalité en récompense, et devenir semblable à Dieu ; mais en prenant le chemin de la mort, par la désobéissance, il se donnait la mort lui-même ; car Dieu l'avait créé libre, et ne gênait en rien sa liberté. Et aujourd'hui, par un effet admirable de sa bonté et de sa miséricorde, il rend à l'homme devenu fidèle tout ce qu'il avait perdu par sa négligence et son infidélité. C'est en désobéissant à Dieu qu'il s'était donné la mort ; c'est aussi en se soumettant à sa volonté qu'il peut recouvrer la vie éternelle. Car Dieu nous a donné une loi et de saints préceptes, qui sont le gage du salut pour leurs fidèles observateurs, et leur assurent, après la résurrection, un héritage incorruptible.

 

St Théophile d'Antioche à Autolycus II. 24-27

 

Petit rappel : les "œuvres complètes" de Théophile (les trois traités à Autolycus , le commentaire de la parabole de l'économe infidèle,  complétées de quelques autres bricoles) sont accessibles sur Archive et sur Scribd

Publié dans Cigale patristique

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Ren' 10/03/2011 16:10



Une conversation sur notre jeune forum ( http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t79-du-careme-a-paques ) m'amène par ici pour
vous souhaiter un bon carême !