Abdallahi

Publié le par Albocicade

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Il s'appelait "René", un prénom bien catholique : baptisé, l'enfant était "né à nouveau", il était "re-né".

A vrai dire, son prénom n'en fit pas un dévot.

Ayant des fourmis dans les pieds, il quitte sa Charente natale pour les dunes brûlantes de "nos possessions d'Afrique du Nord".

En ce temps, les cartes d'Afrique portaient quelques noms de cités sur le pourtour, et au centre un grand espace blanc… "terra incognita", terre inconnue.

Pourtant, derrière les dunes, au-delà des déserts, il y avait des villes, forcément : régulièrement, bravant l'aridité des sables, des caravanes en venaient pour commercer sur la côte.

Villes légendaires, aux rues pavées d'or et de pierreries, villes saintes, rigoureusement interdites aux mécréants. Nul européen, à supposer qu'un seul y fut parvenu, n'en était jamais revenu.

"Mécréant". Ce mot fut, pour René, un déclic. Là où des expéditions scientifiques bottées et équipées avaient échoué, lui - pieds-nus - réussirait en devenant un "vrai croyant", un musulman pauvre mais exemplaire : il serait "Abdallahi".

A dire vrai, il fut bien des fois sur le point d'être démasqué - avec mise à mort subséquente - et dut à plusieurs reprises affiner son identité.

Pourtant, parti de Mauritanie, après des mois de brousse, malade, épuisé, rédigeant son journal sur des feuillets intercalés entre les pages de son coran, il parvint au but. Puis, s'agrégeant à une caravane marchande, il put - traversant le désert -  rejoindre Rabat, puis Tanger.

Il avait réussi, même s'il ne fut définitivement en sécurité qu'après avoir secrètement embarqué sur un navire en partance pour la France.

C'est ainsi que René Caillié, alias Abdallahi, fut le premier européen a avoir atteint la mythique Tombouctou aux rues pavées d'or et à en être revenu.

 

"Mythique" est d'ailleurs bien le mot qui convient, puisqu'au lieu d'or, il ne trouva que l'ocre des maisons d'une cité assez miséreuse.

"Mythique" aussi, puisqu'on apprend ces jours-ci que la "Ville sainte" réservée aux "vrais-croyants" n'est en fait que l'infâme cloaque des plus viles superstitions. Telle est du moins l'opinion de "vrais vrais-croyants", spécialisés dans le maniement du coran et des explosifs à visée architecturale.

 

Bon, quand tout aura été détruit, il restera toujours les récits de René Caillié : Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l'Afrique Centrale :

Tome 1 ; Tome 2 ; Tome 3 ; Tome 4 ; Annexes,

ou le livre qu'en a tiré Frison Roche…


Publié dans Vie quotidienne

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