Les grands parents maternels

Publié le par Albocicade

Les semaines précédant la fête de la Nativité du Christ sont discrètement consacrés à la réalité de l'incarnation du Verbe de Dieu : le Christ a eu des ancêtres humains, même s'il leur préexiste.

Or, l'Evangile étant notoirement avare de détails sur les ancêtres les plus proches de Jésus, c'est dans d'autres textes anciens qu'il faut chercher un certain nombre de détail, entrés dans le cycle liturgique. Il en est ainsi concernant les grand-parent maternels de Jésus. J'emprunte donc au "Protévangile de Jacques" l'histoire entourant la naissance de Marie[1].

 

Les chroniques des tribus d'Israël racontent qu'un homme fort riche, nommé Joachim, apportait au Temple du Seigneur le double des offrandes prescrites, se disant : "Le supplément sera pour tout le peuple et la part que je dois pour la remise de mes fautes ira au Seigneur, afin qu'il me soit favorable."

Au cours d'un grande fête du Seigneur, alors les fils d'Israël apportaient leurs présents, voici qu'un homme, nommé Ruben, s'interpose devant lui et dit : "Tu n'as pas le droit d'être le premier à déposer tes offrandes, toi qui n'a pas eu d'enfant pour perpétuer ton nom en Israël."

Joachim en fut extrêmement chagriné et il s'en alla consulter les registres des douze tribus du peuple, se disant : "Je verrai bien dans leurs archives si je suis le seul à n'avoir pas engendré en Israël !" Ayant cherché, il constata que tous les justes avaient eu une postérité. Et il se souvint du patriarche Abraham auquel Dieu avait accordé un fils – Isaac – alors qu'il était déjà âgé.

Alors, accablé de tristesse, et sans même en parler à sa femme, Joachim se rendit dans le désert et – sous un abri de fortune – jeûna quarante jours et quarante nuits en se disant : "Je ne descendrai plus manger ni boire, avant que le Seigneur mon Dieu m'ait visité. La prière sera ma nourriture et ma boisson."

Sans nouvelles de son époux, Anne – sa femme – se désola de ses deux causes d'affliction, disant :  "J'ai à pleurer non seulement à cause de ma stérilité, mais aussi parce que maintenant me voila veuve !"

 

Il y eut une fête du Seigneur et Judith, la servante d'Anne, lui dit : "Jusqu'à quand te désespéreras-tu ? C'est aujourd'hui le grand jour du Seigneur. Tu n'as pas le droit de te livrer aux lamentations. Prends donc ce bandeau que m'a donné la maîtresse de l'atelier : il ne m'est pas possible de m'en orner, puisque je ne suis qu'une servante et qu'il porte un insigne royal."

Anne lui dit : "Arrière, toi ! Je n'en ferai rien, car le Seigneur m'a accablée d'humiliations. Et d'ailleurs, peut-être ce présent te vient-il d'un voleur et tu cherches à me faire complice de ta faute."

Et Judith la servante dit : "Quel mal pourrais-je te souhaiter encore, de rester sourde à ma voix, puisque le Seigneur Dieu t'a déjà rendu stérile et ne te donnant pas de fruit en Israël !"

Alors Anne, malgré son désespoir, ôta ses habits de deuil, se lava la tête et revêtit sa plus belle robe, celle de ses noces. Et dans le courant de l'après-midi, elle descendit se promener dans son jardin. Elle vit un laurier et s'assit à son ombre. Après un moment de repos, elle invoqua le Maître : "Dieu de mes pères, bénis-moi, exauce ma prière, de même que tu as béni Sarah, notre mère, et lui as donné son fils Isaac "

Relevant la tête, elle aperçut un nid de passereaux dans le laurier, et aussitôt se remit à gémir : "Hélas ! Qui donc m'a engendrée et de quel sein suis-je sortie ? Je suis née, maudite devant les fils d'Israël. On m'a insultée, raillée et chassée du temple du Seigneur mon Dieu. Hélas ! A qui se compare mon sort ? Pas même aux oiseaux du ciel, puisque les oiseaux du ciel sont féconds devant ta face, Seigneur. Hélas ! A qui se compare mon sort ? Pas même aux animaux stupides, car les animaux stupides sont eux aussi féconds devant toi, Seigneur. Hélas ! A quoi se compare mon sort ? Non plus aux bêtes féroces, car les bêtes féroces sont fécondes devant ta face, Seigneur. Héla ! A quoi se compare mon sort ? Pas même à ces eaux, car ces eaux sont tantôt calmes tantôt bondissantes, et leurs poissons te bénissent, Seigneur. Hélas ! A qui se compare mon sort ? Pas même à cette terre, car la terre produit des fruits en leur saison et te rend gloire, Seigneur."

Et voici qu'un ange du Seigneur parut, disant : "Anne, Anne, le Seigneur Dieu a entendu ta prière. Tu concevras, tu enfanteras et l'on parlera de ta postérité dans la terre entière."

Anne répondit : "Aussi vrai que le Seigneur Dieu est vivant, je ferai don de mon enfant, garçon ou fille, au Seigneur mon Dieu et il le servira tous les jours de sa vie."

Et voici que deux messagers survinrent, et qui lui dirent : "Joachim, ton mari, arrive avec ses troupeaux. Un ange du Seigneur est descendu auprès de lui, disant : "Joachim, Joachim, le Seigneur Dieu a exaucé ta prière. Descends d'ici. Voici que Anne ta femme a conçue en son sein". Aussitôt Joachim est descendu, il a convoqué ses bergers, leur disant : " Apportez-moi ici dix agneaux sans tache ni défaut. Ces dix agneaux seront pour le Seigneur Dieu. Apportez-moi aussi douze veaux bien tendres et les douze veaux seront pour les prêtres et le Conseil des Anciens. Aussi cent chevreaux, et les cent chevreaux seront pour tout le peuple."

Joachim arriva avec ses troupeaux et Anne l'attendait, à la porte de la ville. Dès qu'elle le vit paraître avec ses bêtes, elle courut vers lui, se suspendit à son cou et s'écria : "Maintenant je sais que le Seigneur Dieu m'a comblée de bénédictions ! Voici : la veuve n'est plus veuve et la stérile a conçu !" Et Joachim, ce premier jour, resta chez lui à se reposer.

Le lendemain, il apportait ses offrandes. Il se disait : "Si le Seigneur Dieu m'a été favorable, la lame d'or sur la tiare du prêtre me le révélera." Il présenta ses offrandes, et scruta la tiare du prêtre quand celui-ci monta à l'autel du Seigneur ; et il sut qu'il n'y avait pas de faute en lui. "Maintenant, dit-il, je sais que le Seigneur Dieu m'a fait grâce et m'a remis tous mes péchés." Et il descendit du temple du Seigneur, justifié, et rentra chez lui.

 

Six mois environ s'écoulèrent ; le septième, Anne enfanta. "Qu'ai-je mis au monde ?" demanda-t-elle à la sage-femme. Et celle-ci répondit : "Une fille." Et Anne dit : "Mon âme a été exaltée en ce jour !" Et elle coucha l'enfant. Quand les jours furent accomplis, Anne ayant accompli les purifications rituelles, donna le sein à l'enfant et l'appela du nom de Marie.

 

[1] C'est le thème de la "Conception de la Mère de Dieu", qui est été fêtée le 9 décembre. J'ai quelque peu adapté la traduction, pour ne pas surcharger le récit de notes. On trouve d'autres détails dans d'autres textes, comme le "Pseudo Mathieu"...

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