Le catéchouménion

Publié le par Albocicade

J'avais rencontré le mot, il y a quelques mois, dans le texte que j'ai appelé "Le cousin du Calife". Bon, le sens ne posait pas problème particulier puisque le terme "κατηχουμενιον" désignait le local où les catéchumènes recevaient l'instruction.

Mais pourquoi diantre était-il précisé, dans le récit du moine Marc, que le "cousin du Calife" était "monté au catéchouménion" d'où il pu voir, effaré, les chamelles qu'il avait fait stabuler dans l'église, s'affaisser et mourir ?[1] A dire vrai, le "catéchouménion" ne semble guère passionner nos contemporains, et il me fallu dénicher un vieux bouquin[2] pour lire que le catéchouménion de la basilique Ste Sophie, à Constantinople, se trouvait dans la tribune supérieure. Dont acte ! Je notais scrupuleusement l'information, considérant qu'il devait en être de même pour cette église "St Georges de Lydda" qui avait fini par tomber en ruine au fil des siècles.

Cela résolvait une question, mais au fond, je ne voyais vraiment pas à quoi cela pouvait correspondre. De fait, pour bien comprendre, il faudrait déjà connaître le lieu, vivre là-bas, à cette époque. Car pour les premiers lecteurs ou auditeurs de cette histoire, non seulement ce détail ne posait aucun problème, mais c'était même une précision éclairante.

Et moi, au fin fond de ma Gaule du XXI° siècle...

Quoique...

C'était l'autre dimanche. Avec Dame Cigale, nous avions délaissé notre campagne pour nous enfoncer encore plus avant dans les terres profondes, pour aller à la Liturgie dans un monastère situé au milieu de rien ou presque : vignes, terres agricoles, garrigues de chênes kermès. Là, donc, un ancien mas transformé en monastère féminin.

Nous y étions déjà allé, une fois ou l'autre, et pour tout dire – à l'époque – leur chapelle était un poil tristounette. Deux pièces en enfilade, tout en long, basse de plafond, trop sombre.

Mais ça, c'était avant. Avant que ne sorte de terre une église toute neuve, une belle église grecque, en pierres taillées, ocre, équilibre des formes et des volumes où s'entremêlent sobriété et finesse des détails, à l'acoustique étonnamment adaptée. Une réussite d'intégration, puisque les gens du coin (il y en a quand même !) disent "on a l'impression qu'elle a toujours été là..."

Bref, je me tenais à l'intérieur, vers le fond, entre deux colonnes quand je me suis rendu compte qu'au dessus de ma tête, sur les colonnes, il y avait une tribune supérieure. Une moniale, à côte, voyant sans doute mon air intrigué, me demanda si je souhaitais aller "en haut".

Si Je voulais ? Oui, bien sûr... Me précédant, elle me fit sortir de l'église par une porte latérale, puis, empruntant un lourd escalier extérieur en pierre me fit grimper jusqu'à une porte dans le mur de l'église. De là, continuant à monter, nous arrivâmes à la fameuse tribune supérieure surplombant la nef, le choeur, les fidèles en bas. Pour un peu, je pouvais imaginer les chamelles de mon sarrasin expirer sur le dallage, au grand dam de leur propriétaire.

Regardant un peu mieux mon étage, je vis que si la tribune surplombait le fond de l'église, elle se prolongeait, à droite et à gauche de deux galeries qui longeaient en surplomb le reste de la nef.

Et là, je repensais à une autre histoire plus ou moins de la même époque, qui se passe aux abords de Damas, celle-là, au monastère appelé Deir Murrân, que les conquérants musulmans avaient transformé en habitations, tout en laissant aux chrétiens la jouissance de l'église pour leurs liturgies. On y lit qu'un certain musulman du nom de Ruwah, avait son logement dans une partie qui donnait sur l'église, et que de là, il observait les chrétiens – clergé et fidèles – durant la Liturgie.

Jusque là, je ne comprenais pas bien comment et pourquoi des logements extérieurs pouvaient avoir des ouvertures qui donnaient dans l'église. Mais, à ce moment, ce devint une évidence : il avait fait ses appartements dans la tribune et les galeries supérieures dont l'accès se fait par un escalier extérieur, indépendant de l'église.[3]

A dire vrai, cette Liturgie au monastère de Solan donne un relief nouveau à ces textes...

 

Les notes : 

[1] Dans l'autre version de ce texte, celle de Grégoire le Décapolite, on lit qu'il ordonna à ses serviteurs de porter ses bagages dans l'église, et d'y conduire ses chamelles pour qu'il les observe de haut en train de manger.

[2] "Corpus scriptorum historiae Byzantinae"de Du Cange, Volume 19  – 1837

[3] Et bien sûr, comme je n'ai pas pensé à prendre de photo (d'ailleurs, le moment ne s'y prêtait pas du tout), il ne vous reste qu'à y aller pour vous rendre compte.

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Laurence 03/06/2018 18:54

Interessant. J'ai du mal a imaginer exactement ce que c'est...es-tu deja alle dans l'abbatiale de Bonlieu sur Roubion? Il y a en hauteur une sorte de petite gallerie, ouverte sur l'interieur de l'eglise. Je me souviens y avoir vu, petite, une soeur malade ou agee qui s'y tenait pendant les offices. Tu crois que c'est du meme ordre?

Albocicade 03/06/2018 23:42

Pas la moindre idée... je vais me renseigner et te tiendrais au courant...