Vous avez dit "cynocéphale" ?

Publié le par Albocicade

L'autre jour, je lisais
Une femme entra dans le jardin afin de cueillir une rose. Lorsqu'elle le vit assis, en train de pleurer, elle s'enfuit effrayée et alla dire à tout le monde : "Je viens de voir quelque chose dans la chapelle, je pense que c'était un dragon à cause de l'affreuse marque qu'il avait, mais je ne sais pas pourquoi il pleurait tant."
Tandis qu'elle parlait ainsi, les romains qui étaient à sa recherche arrivèrent là, et lorsqu'ils l'entendirent, ils lui demandèrent "A quoi ressemble-t-il, et où l'as-tu vu ?".
Elle leur montra l'endroit, mais à cause de son effrayante apparence, ils n'osèrent pas l'approcher ; plutôt, ils montèrent sur un emplacement élevé, en face de lui, afin de l'observer.
Quelle était donc cette apparence ? En fait, un peu plus haut, il était précisé que cet homme était un sage, quoiqu'issu d'un peuple barbare et cannibale, ayant un affreux visage, comme une tête de chien.
 
Etais-je en train de lire une version peu connue de "La Belle et la Bête" ? En fait non ;  c'était un ancien billet du blog (fort intéressant, ma foi) d'Adam Mc Collum : hmmlorientalia, dans lequel il traduisait quelques extraits d'une vie syriaque de St Christophe.
Car, oui, St Christophe – avant de se trouver sur les porte-clés – était un "barbare cynocéphale", un homme à "tête de chien".
Mais, qu'est-ce à dire ?
Rappelons d'abord que, pour les grecs, tout ce qui n'était pas grec était barbare. Mais ensuite, en quoi avait-il une "tête de chien" ?
Souffrait-il d'hypertrichose ? Cela suffirait amplement.
A moins qu'il n'ait fait partie d'un peuple de "cynocéphales". Un peuple dont les membres auraient eu des têtes de chiens ? Curieux… En fait, pas tant que ça : il existait effectivement dans les Balkans (régions "barbares" néanmoins proches de la Grèce)  et ce dès l'antiquité des "hommes-chiens" ou "hommes-loups" (et dont les actuels Kukeris bulgares ne sont que les folkloriques héritiers), qui pratiquaient des cérémonies rituelles vêtus et masqués en chiens ou en loups.
En fait, je n'en sais pas plus, et il faudrait que je déniche une bonne traduction complète de cette "vie" de St Christophe.
 
En attendant, je vous laisse méditer sur deux documents :
D'une part :
"Les Cynocéphales. Étude d’une tradition tératologique de l’Antiquité au XIIe s" de Claude Lecouteux, que l'on trouve sur Persée
et d'autre part (dans un français parfois hasardeux, mais richement illustré) :
"Lupus in fabulis et in templo: Les métamorphoses étranges de St. Christophe dans l’Eglise orthodoxe" de Vesselina Vachkova accessible ici.
 
Et bien sûr l'article d'Adam Mc Collum
 

Publié dans Cigale patristique

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