Fantaisie pastorale

Publié le par Albocicade

- C'est moi ! C'est moi et rien que moi qui ai le droit de nourrir les brebis !

- Mais, votre Grâce, vous êtes bien souvent éloigné, les bêtes languissent durant vos absences…

- Je suis très pris, très occupé : le Fermier en chef m'a chargé d'un autre troupeau, bien plus important, bien plus docile aussi. Je lui consacre beaucoup de temps. Quant à ces bêtes, dont vous me rebattez les oreilles, elles savent bien bêler pour réclamer pitance, mais lorsque je prends la peine de les aller nourrir, elle se détournent, se cachent, me laissent seul auprès des mangeoires. Faim ? Non, elles n'ont pas faim, sinon, elles viendraient. Que leur ai-je fait, pourtant ? Est-ce ma faute si Dolly se tient à l'écart, si Firmin a pris sa retraite ?

- Oh, votre Munificence, n'en prenez pas ombrage, mais si la brebis Dolly, dont le bêlement harmonieux charmait les oreilles, a pris quelque distance, c'est peut-être que vous l'avez un peu… malmené à votre prise de fonction. Vous savez, c'est sensible, ces petites bêtes…

- La peste soit de la sensiblerie ! Je n'ai fait que vouloir mettre de l'ordre dans cette bergerie qui tient plus des écuries d'Augias que d'autre chose. Tel que c'est, ça ne peut pas durer.

- Mais, ô votre Sublimitude, cela fait plusieurs décennies que cela dure…

- Et vois le résultat ! Lorsque je monte à cet alpage, toutes les brebis s'égaient dans la nature. C'est bien la démonstration que cela ne fonctionne pas !

- Si telle est votre analyse… qui la contredirait ?

- Quant au vieux Firmin, le berger qui m'a précédé, savez-vous qu'il a eu l'outrecuidance l'an passé, de venir à pareille date, pour donner aux bêtes ?

- Mais vous aviez annulé votre visite, prévue depuis longtemps, au dernier moment, laissant tout le troupeau désemparé…

- Il n'avait pas le droit ! D'autant qu'il a réitéré durant l'année écoulée…

- C'est un brave homme… il n'aime guère voir ses brebis délaissées…

- Un brave homme, Firmin ? Ah, si vous en saviez autant que moi sur lui… Et ce ne sont pas ses brebis ! Il en a été en charge un temps, maintenant il est à la retraite et n'a pas à s'en mêler. Celui qui en est le berger, maintenant, c'est moi !

- C'est vrai, ô votre Humilité…

- Aussi, pour éviter qu'un affront tel que celui de l'an passé se reproduise, j'ai fait placarder sur tous les arbres de la montagne que ledit Firmin étant en retraite, il n'a nul droit de nourrir les bêtes. Et pour être certain que dans son orgueil il n'outrepassera pas, j'ai fait changer toutes les serrures des granges et des greniers. D'ailleurs, et quoiqu'il m'en coûte, je monterai peut-être. J'ai prévenu les brebis que je les tiendrai au courant. Ne suis-je pas, moi et moi seul, le représentant du Fermier en chef sur ces terres ?

*  *

*

Qu'est-ce qui me prend de vous partager ainsi ce fragment d'une églogue méconnue et, si je ne me trompe pas,  inédite ? Allez savoir… Un peu de fatigue sans doute.

Sinon, comme l'an passé, nous avons étés privés de Pâques : le nouveau prêtre – qui ne peut être partout – est resté dans sa ville lointaine pour la Vigile, et nous a prévenu le samedi à 23 heures que, finalement, il ne viendrait pas non plus le lendemain jusqu'à nous.

Et tant pis pour nous, donc.

Tant pis aussi pour les gens qui, ces dernières années, venaient au dernier moment, sans s'annoncer… ils auront trouvé porte close et le samedi soir, et le dimanche matin.

A ce rythme là, bientôt ne restera plus que le vague souvenir que quelque part, fut un temps, il y avait un puits.

 

Heureusement, ce ne sont que de piètres vicissitudes, et au fond, nous n'en sommes pas à cela près.

Christ est ressuscité !

 

 

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