Le prix de l'adon

Publié le par Albocicade

Adon, quel mot curieux. C'est pourtant ce que s'exclama mon interlocutrice lorsque je lui racontai comment je me trouvais à travailler précisément sur le site de l'hôpital de la blessée : "Ah ben ça, s't'un adon !". Et de préciser devant mon air ahuri "C'est k'sa s'adonne bien, kouo, s'comme un don de Dieu". La sachant plus québécoise que pieuse, je devinais que le terme adon avait dû exister en Français... il y a longtemps.

Et c'est vrai, une co-incidence, et même un don de Dieu.

Pour autant, n'allez pas croire que c'est vacance que d'y être. La tâche est rude, la pente est raide, les heures de labeur pléthoriques. Levé de nuit, je ne suis de retour à mon logis temporaire qu'à la lumière des phares, recru de fatigue. Il y a belle lurette que je ne me suis pas couché si tôt – ni si épuisé – avec cette régularité : les années font leur oeuvre ; je suis le doyen de l'équipe, et ce de plusieurs lustres[1].

Certes, étant là, je peux voir la blessée rapidement le midi, un peu plus longuement le soir ; mais la fatigue opérant c'est la vigilance qui baisse : il ne manquerait plus que j'ai – moi aussi – un accident !

Alors, j'ai fait ce que j'ai pu, tant que j'ai pu. J'ai saisi l'adon, en ai payé le prix raisonnable, mais au bout de trois semaines de ce régime, il me faut renoncer. Ce n'est pas un échec – ça a même été fort instructif sur un plan professionnel – ce qui serait un échec, serait d'aller trop loin, au-delà du raisonnable.

Ce qui m'a été donné, ce furent ces trois semaines inespérées.

Et de cela, je suis infiniment reconnaissant !

 

[1] Je rappelle au lecteur oublieux qu'un lustre équivaut à 5 années.

Publié dans Vie quotidienne

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