Dimanche de l'orthodoxie 2016

Publié le par Albocicade

Chaque année, le premier dimanche de carême commémore la légitimité d'une pratique extrêmement ancienne dans l'Eglise – mais qui fut un temps violemment contestée sous des influences étrangères : l'usage et la vénération des icônes.

Encore faut-il bien s'entendre : l'icône n'est ni une technique, ni un style, ni un thème, même si ces trois éléments y participent : l'icône est avant tout une expression de la théologie de l'Eglise par le trait et la couleur.

Ainsi, comme le rappelle cet article de Ludmilla sur les "icônes déviantes", non seulement toute peinture religieuse – fut-elle juste – n'est pas ipso facto une icône ; mais tout ce qui "ressemble" à une icône n'en est pas forcément non plus.

C'est ainsi que, pour illustrer une discussion entre un moine orthodoxe et trois lettrés musulmans, au XIIIe siècle (un document sur le quel je travaille en ce moment), j'ai placé en vis à vis, sur la page de garde, l'icône en tête de ce billet ainsi que la miniature persane ci-après.

Une approche superficielle pourrait laisser croire à une forme de proximité voire d'identité dans la signification des deux représentations. Il n'en est rien, et ce serait faire bien peu cas de l'iconographe libanais ou du miniaturiste persan que de ne pas l'admettre.

En effet, chacune de ces représentations est l'émanation d'un contexte théologique précis et s'en fait l'écho.

L'iconographe, exprimant – par le trait et la couleur – la théologie de l'Eglise, peint "le Fils unique de Dieu qui pour nous hommes et pour notre salut s'est fait homme", Jésus-Christ, pleinement Dieu et pleinement homme. Aussi, c'est parce qu'il est le Sauveur qu'il peut bénir le monde. Marie, ayant enfanté "celui qui est Dieu par Nature" est nommée Théotokos. Sur l'icône, qui est de type "Hodigitria", elle désigne son Fils qui est "la voie du salut".

 

De son côté, le miniaturiste persan fait de sa scène un rappel de la croyance musulmane sur "Issa ibn Maryam", le "prophète Jésus, fils de Marie". Car pour l'islam, si Jésus est un prophète majeur, il n'est toutefois qu'un homme créé, un serviteur de Dieu, qui – certes – a eu une naissance miraculeuse (il a même prophétisé dès sa naissance !) et a accompli de nombreux miracles, mais n'est en aucun cas Dieu ou Fils de Dieu, ou encore "un de la Trinité". Aussi, s'il est représenté avec la flamme autours de la tête, c'est parce que c'est de cette manière que les peintre musulmans représentaient les prophètes, que ce soit "Jésus", Mahomet ou d'autres (y compris parfois Marie). Et Marie ne le désigne pas comme Sauveur, mais lui donne un fruit.

 

Bref bonne fête de l'orthodoxie !

 

 

 

 

Publié dans Côté iconostase, icones

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