Fructification

Publié le par Albocicade

Mardi après-midi, relâche.

Armé de deux sacs plastiques, je prends la petite route qui monte. A peine sorti du village, je commence la cueillette des mures de ronce... deux poignées, trois tout au plus.

Plus loin, un vieux pommier en bord de champs se laisse prendre une dizaine de pommes : le sol est jonché de fruits blets, signe certain que l'arbre est délaissé par le propriétaire.

Je continue ma marche, et de pauvres vignes retournées sauvages me tendent quelques maigres grappes.

Encore après, je récolte quelques prunes bleues; et en fin de parcours, contre des masures en ruines, ce sont des figues qui vont dans mon sac.

Toute une petite récolte  qui fut ensuite transformée en quelques pots de "confiture d'automne".

 

*  *  *

Ailleurs, très loin, c'est "monoculture".

Des centaines, des milliers d'hectares* de [au choix] amandiers, pamplemoussiers, orangers...

Des cultures méthodiquement soignées avec ce que la science et la technique offre de "mieux" en terme de protection phytosanitaire : lutte contre les insectes ravageurs, contre les plantes adventices, contre les maladies cryptogamiques... Ceci afin d'obtenir les meilleures récoltes, les plus beaux fruits, les rendement optimaux.

Oh, bien sûr, ça nuit quelque peu à la biodiversité.

 

Imaginez une abeille qui – parce qu'elle a une santé de fer – parvienne à survivre aux épandages de pesticides. Elle sera néanmoins (elle et sa ruche, bien sûr) condamnée à mourir de faim. Parce que, pour faire les réserves de miel nécessaires au nourrissement de la colonie durant la saison froide, il faut plus que les quelques jours de floraison d'une espèce, fut-elle en abondance.

Or, là il n'y a QUE des pamplemoussiers (ou que des amandiers, ou que des orangers...) à des dizaines de kilomètres à la ronde.

Donc rien pour se nourrir (si on est abeille) après la floraison, rien pour nourrir le couvain, rien pour que la ruche tienne jusqu'à la floraison suivante.

Une sorte de désert qui produit des fruits.

Enfin... "qui produit des fruits" si les arbres sont pollinisés.

Et ça, la pollinisation, c'est le boulot des abeilles.

Qui ne sont pas là.

Alors, au moment de la floraison, c'est à coup de dizaines milliers de ruches, sur des semi-remorques, que les abeilles sont amenées – travailleurs immigrés, simples maillons de la "chaîne de production" – le temps de polliniser, avant d'être emmenées ailleurs, et ailleurs encore...

 

*  *  * 

C'est curieux, en commençant ce billet, je n'y pensais pas, mais mardi prochain, c'est le premier septembre.

Le début de l'années liturgique.

Et aussi, le jour de l'Office pour la sauvegarde de la création

 

 

Note

Rappelons qu'un hectare correspond à un carré de 100 m de côté. Donc, un terrain de 1 km de côté, c'est 100 hectares.

 

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