Catéchèse murale

Publié le par Albocicade

Depuis que le confinement est commencé, nous n'avons guère l'occasion de fréquenter les églises, avec leurs fresques et leurs icône. Bon, à dire vrai, c'est plus la bonté du prêtre qui importe, plutôt que la qualité de la décoration de l'église, tant il est vrai que c'est la Bonté qui sauvera le monde. Mais si la bonté est là, pourquoi se priver ?

Autours de 1625, à Serrès, dans cette Macédoine sous le joug ottoman, le père Synadinos vient de prendre en charge plusieurs petites paroisses, dont l'église Ste Parascève, laissées sans prêtre suite à la grande épidémie de peste qui a fait autours de 8000 morts dans la région.

Dans l'espèce de journal qu'il rédigea une quinzaine d'années plus tard, il raconte comment il entrepris de faire décorer cette petite église. A dire vrai, si la plupart des fresques pouvaient plaire aux paroissiens, celles du bas – le Jugement dernier – déplurent fortement, au point qu'elles durent être effacées d'urgence avant que la pouvoir ottoman ne fasse détruire l'église entière : d'aucuns avaient rapporté que parmi les "rois injustes et tyranniques" se trouvait représenté le Sultan en personne.

Bref, ayant reçu le pdf des "Conseils et mémoires de Synadinos prêtre de Serrès en Macédoine", je vous donne la section 7 du Livre IV qui décrit comment le père Synadinos fit décorer sa petite paroisse : une vraie petite catéchèse sous les yeux des fidèles : vous y trouverez peut-être des détails étonnants.

Et pour la description du Jugement dernier, il y a toujours la fameuse nouvelle de Daudet : le "Curé de Cucugnan"….


"Sache encore ceci, mon frère, que l'église de Sainte-Parascève, qui se trouve dans la ville de Serrès, n'avait pas de décorations auparavant, et qu'elle était d'une grande laideur et ressemblait à une étable. Et ainsi j'ai instruit le quartier à grand-peine, avec des sermons, et on a donné la moitié de l'argent, et moi, j'ai donné l'autre moitié, et nous avons décoré l'église de fresques, et je n'ai pas laissé le peintre peindre ce qu'il
voulait, mais seulement ce que je lui disais.

Et ainsi nous avons fait les saints, et la Passion du Christ; et le martyre de sainte Parascève, et la représentation du verset "Au début Dieu fit le ciel et la terre", ainsi que de "Dieu sépara les eaux, et tout ce qui se trouvait en elles"; et nous représentâmes comment Dieu créa Adam, et comment Adam donna leur nom à tous les reptiles et à tous les animaux de la terre; et comment Dieu l'endormit et prit une de ses côtes et fit Eve; et comment il les mit dans le paradis; et comment Dieu donna un ordre à respecter, de ne pas manger de l'arbre; et comment Adam désobéit à l'ordre de Dieu, et tous deux mangèrent le fruit de l'arbre; et comment Dieu le questionna et Adam jeta la responsabilité sur la femme; et comment Dieu les chassa du paradis; et comment Adam s'assit devant la porte du paradis et pleura amèrement; et comment Eve engendra Caïn.

Et comment Caïn était celui qui travaillait la terre et Abel était un berger de moutons; et comment Abel fit un sacrifice et Dieu l'accepta. et Caïn fit un sacrifice avec le plus mauvais blé et Dieu ne l'accepta pas ; et comment Caïn fut jaloux de son frère Abel et le tua; et comment Dieu demanda à Caïn où se trouvait son frère, et comment il dit ne pas le savoir; et comment Dieu maudit Cain; et comment Lamech, l'aveugle, tua Caïn avec une flèche, puis avec l'arc se retourna et tua le fils; et comment Dieu dit à Noé de faire l'arche; et comment Noé la fit; et comment arriva le déluge, beaucoup de pluie, qui noya tout le monde.

Et comment le Christ dit: "Frère, laisse que j'ôte la paille de ton oeil";

et la parabole du publicain et du Pharisien

et du fils prodigue, qui dit: "Père, donne moi ma part des biens"; et comment Dieu la lui donna; et comment le fils prodigue alla manger et boire avec les prostituées; et comment par la suite il paissait des porcs; et comment il revint chez son père; et comment son père égorgea le veau;

et la représentation de la parabole "Un homme descendit de Jérusalem et tomba sur des brigands"; et comment les brigands le dépouillèrent et le battirent; et comment passèrent là un prêtre et un Lévite Sans s'arrêter; et comment arriva un Samaritain qui versa de l'huile et du vin et le leva; et comment il le fit monter sur son âne;

et la représentation du verset "Celui qui chargea sur son épaule la brebis égarée"; et comment il la remit au médecin peur qu'il la guérisse;

et la représentation du verset "j'ai eu faim et vous m'avez donné du pain; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire; j'étais étranger et vous m'avez donné un abri; j'étais nu et vous m'avez habillé; j'étais malade et vous êtes venus me visiter; j'étais en prison et vous êtes venus me trouver".

Et nous représentâmes Joseph, comment son père l'envoya porter du pain à ses frères; et comment ses frères voulaient le tuer; et comment ils le jetèrent dans une citerne; et comment ils le vendirent dans un lieu étranger; et comment sa maîtresse lui fit tort; et comment son maître le jeta en prison; et comment après cela il devint roi; et comment son père et ses frères arrivèrent et se prosternèrent devant lui.

 

Tous ces faits et d'autres encore nous les avons représentés et l'église fut parée comme une belle mariée.

Et au —dessous de ces scènes, nous représentâmes comment à l'homme bon vient une mort douce, et au mauvais vient une mort cruelle; et ceux qui s'endorment le dimanche, et le meunier qui vole de la farine, et le marchand de vin qui vole sur le poids, et l'écouteur, et ce qui arrive au paillard, au voleur, à l'assassin, à l'homme rapace, à l'homme injuste, au tailleur, au tisseur, et à ceux de chaque corporatio
n qui dupent dans leur travail et volent, et aux prêtres. archevêques, et rois injustes et tyranniques, ce qui leur arrive, pour que chacun voie ce qui va lui arriver a la fin, et qu'il s'éloigne de la cupidité, pour la correction d'hommes indisciplinés. qu'ils disent: "Est-ce que pour une chose tellement petite je vais donc être châtié, et perdre mon âme? Pourquoi chercher cela? Quel profit ai-je tiré jusqu'à présent de mes vols? Absolument rien, sinon le péché qui m'est resté. Dommage pour moi, malheureux que je suis! Comme si je n'avais pas assez d'autres péchés, que je doive avoir en outre ce poids-là ! Et donc, fais-moi cesser de voler, et que je sois droit et loyal dans la maison de mon maître. Car est-ce que pour un peu de fil et un peu de soie je dois être châtié ? Cela suffit! Et que je ne vole plus à partir d'aujourd'hui !"

 

 

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