Avec la pomme

Publié le par Albocicade

La guide qui nous a conduit à travers les dédales de ruelles de la ville basse, expliquant telle façade ornementée du XVIe siècle, telle maison aux fondations du XII siècle, nous fait pénétrer dans la petite cathédrale, dans la ville haute. Elle nous explique la fondation de l'évêché au Ve siècle, l'évêque jureur lors de la Révolution française, les tapisseries des Gobelins qui ornent l'intérieur de l'édifice, mais passe très rapidement, comme gênée,  sur le grand crucifix accroché au mur. Bon, c'est une "Journée du patrimoine", d'accord, mais tout de même…

Pourtant, il arrête le regard, ce crucifix, il retient l'attention. Il a même un détail que je n'avais jamais rencontré jusque là.

Pas le crâne et les tibias, non. Ça, même si on ne le rencontre plus très fréquemment, c'est quelque chose de classique, ça renvoie au récit évangélique :

Ils conduisirent Jésus au lieu nommé Golgotha,

ce qui signifie lieu du crâne,

et là, ils le crucifièrent.

(cf Mc 15.22-24 ; Jn 19.17-18).

Et si le lieu s'appelle le "lieu du crâne", c'est – rapporte une très ancienne tradition* – parce qu'à cet endroit furent ensevelis les restes d'Adam (dont son crâne) par Melchisédech. Ainsi, le Christ est crucifié au-dessus du crâne d'Adam, et le sang et l'eau qui coulent de son côté percé par la lance descendent jusqu'au crâne du premier homme. Le symbole est parlant : tous les humains, depuis Adam, sont concernés par la mort (et la résurrection) du Christ.

Le détail qui me surprend n'est pas non plus le globe terrestre sur lequel est planté la Croix du Sauveur, forme habituelle pour rappeler que l'ensemble du monde habité est concerné par le salut de Dieu.

Ce n'est pas non plus le serpent qui rampe sur le monde, mais qui est écrasé par la croix.

Non, ce qui m'a surpris, c'est une sorte de grosse boule, devant le serpent. J'ai d'abord cru que c'était la tête tranchée de l'animal, mais à y regarder de plus près, la bestiole a encore bien sa tête. Par contre, devant lui, c'est… la pomme. Le fruit qui a causé la chute d'Adam, et que le serpent vaincu recrache…

Bon, ce n'est pas un cas unique –voir par exemple ici – mais ce ne me semble guère être fréquent !

 

 

* Cette tradition se retrouve chez de nombreux pères, tans grecs que latins ; j'y reviendrais sans doute un de ces jours. On retrouve ce thème longuement développé, par exemple, dans "le Combat d'Adam" ou la "Pénitence d'Adam", voir le tome 1 du  Dictionnaire des apocryphes édité par Migne (1856) col 368-370.

 

 

Publié dans Vie quotidienne

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