Pas triote, mais presque

Publié le par Albocicade

Pour moi, d'aussi loin que je me souvienne, être français est un fait. Pas un honneur, encore moins une gloire. Un peu comme d'avoir deux bras et deux jambes.

Oh, bien sûr, j'apprécie d'avoir ces bras et ces jambes, mais pas au point de mépriser manchots et culs-de-jatte.

Et puis, si je parle, lis, et écrits majoritairement en français, il m'arrive aussi de me plonger dans des ouvrages aux lettres étranges, ou de contacter des correspondants aux divers coins du globe, dans des langues qui ne doivent rien à Molière ; de sorte que j'ai toujours eu vis à vis des chauvinismes, nationalismes et autres crispations identitaires une profonde méfiance.

 

Pourtant, voici que dernièrement, au-delà du fait d'être français, je me suis senti français. Oh, je ne me suis pas réveillé un matin avec la Marseillaise dans la tête, grand Dieu, non !

Mais le fait est qu'un homme – tout le monde connaît maintenant son nom – a été kidnappé dans le but de l'assassiner parce qu'il était français, et uniquement à cause de cela. Egorgé comme un mouton* uniquement à cause de sa nationalité, de ma nationalité.

Qui il était, ce qu'il pensait, ce qu'il avait fait ou non n'avait aucune importance : il était français, peut-être ni plus ni moins que moi, et c'était suffisant pour qu'il soit assassiné.

Alors, je ne suis pas devenu "patriote", n'exagérons rien, mais il faut bien le reconnaître, moi aussi, je suis français.

 

Un mot concernant les excités à l'index levé de l'Etat islamique.

J'ai dernièrement entendu, lors d'une diffusion de l'émission Envoyé Spécial, un imam de France vantant l'islam et les innombrables bienfaits qu'il a apporté à la civilisation, expliquer que les gens du "Califat" sont des fous, à l'instar de Anders Breivik, et qu'ils n'ont absolument rien à voir avec l'islam. Cette dénégation me semble dangereuse : Breivik était seul, ils sont légion. C'est déjà un détail de poids. Mais surtout, il suffit de les écouter, de les voir pour se convaincre d'une chose : ils se réclament de l'islam, du coran et de Muhammad. Et le brave imam invité sur le plateau de l'émission (qui n'est d'ailleurs pas visualisable "pour des questions de droits") aurait été mieux avisé de dénoncer une dérive intolérable de l'islam, un fanatisme qui se sert du Coran pour créer une dictature, voire appeler à une décision unanime des responsables de l'islam pour édicter un jugement (une fatwa, comme on dit) dénonçant comme "apostats" les membres du Califat, bref dire ce qu'il voulait, mais pas prétendre qu'ils "n'ont rien à voir avec l'islam".

Parce que, c'est vrai, ces furieux n'ont rien à voir avec les musulmans que j'ai pu côtoyer et apprécier** et il serait stupide de faire l'amalgame, et plus stupide encore de reprocher aux uns les massacres des autres. Mais ce sont – jusqu'à preuve du contraire – des musulmans.

Alors, comme certains musulmans en Syrie et ailleurs, ont entouré les Eglises pour protéger les chrétiens des fanatiques musulmans, peut-être aurons-nous à protéger nos voisins musulmans de fanatiques qui voudraient leur faire un sort : on trouve de ces excités aussi bien dans l'extrême droite que parmi les admirateurs du "Califat".

 

 

* Ayant vu la vidéo qui a été mise en ligne par les assassins, je n'ai pas d'autre manière de décrire comment il a été égorgé : "comme un mouton".

** J'en ai aussi rencontré qui tenaient des discours certes moins virulents, mais pour qui il était évident qu'à moyen terme, l'avenir de l'Europe, ce serait l'islam…Sans doute se réjouissent aujourd'hui du chaos qui progresse.

 

Deux mots, encore : le site d'Hervé Gourdel, et la lettre de "sales français", comme moi (mais musulmans) sur le blog de Ren.

 

Publié dans Cigale en colère

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