Félix et les méchants

Publié le par Albocicade

Lui, c'est Félix, et c'est un gentil. Enfin, plutôt un indifférent. La seule chose qui l'intéresse, Félix, ce sont ses mains : il masse les gens et, disons-le, il soulage de multiples douleurs.

Du coup, il est célèbre, Félix…au moins un peu, il soigne des gens haut placés aux quatre coins de l'Europe, y compris en Allemagne, alors qu'une bande d'énergumènes vient de prendre le pouvoir.

Eux, il ne les aime pas… mais bon, il s'en fiche un peu… il n'est pas allemand. Tout ce qu'il demande, c'est de ne pas avoir affaire à eux.

Et justement, là ça coince : un de ses patients – plus un ami qu'un patient, même, un qui n'a absolument rien à voir avec la bande d'excités au pouvoir – lui demande comme un service personnel, un de ceux qu'on ne sollicite qu'une fois dans une vie, de soigner le sous-chef des méchants. Pas le sous-chef adjoint, pas le sous-fifre intérimaire… non, le vrai N° 2... le Reichsführer-SS Heinrich Himmler en personne.

 

On a beau ne pas se sentir très concerné par ce qui se passe, peut-on en conscience soulager les douleurs d'un type pour qu'il puisse mieux commettre ses méfaits ?

En fait, l'idée de l'ami solliciteur était curieuse : avec un peu de chance, Félix pourrait user de son influence bénéfique sur Himmler.

Lorsqu'on voit le résultat d'une décennie de régime "national-socialiste", sur l'Allemagne d'une part et sur le reste de l'Europe d'autre part, lorsqu'on voit surtout le nombre de décrets signés Himmler condamnant des centaines de milliers, des millions de personnes, à mort, on peut s'interroger sur l'efficacité de la méthode.

Quand on pense à la déportation massive des Juifs, des Tsiganes, des Hollandais… Ah, non… celle des Hollandais n'a pas eu lieu : Félix avait été averti du projet par le secrétaire personnel de Himmler et avait réussi, au cours d'une séance de soins, à lui arracher de reporter cela "après la victoire de l'Allemagne".

Comme aussi il réussit à lui arracher la grâce de dizaines de millier de personnes.

Parce que si Himmler vouait une obéissance et une fidélité sans faille à son "Fuhrer", il ne savait pas refuser ce que "son ami Félix", qui le soulageait si bien de ses douleurs, lui demandait.

Et Félix ne demandait jamais autre chose.

 

Alors, bien sûr, dans un monde en noir et blanc, il n'existerait pas, Félix ; mais dans le monde réel, il s'appelait Félix Kersten.

 

C'est au cours d'une émission radio de Guillaume Gallienne, sur France Inter que j'en ai entendu parler, dernièrement...

 

Publié dans Vie quotidienne

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