L'instant d'une goutte

Publié le par Albocicade

C'est l'hiver, et même s'il ne fait pas très froid, il faut chauffer.

En soi, ce n'est pas un drame : non seulement j'ai une bonne réserve à l'intérieur, mais en outre, j'ai un stock de bois sec, stocké à quelques kilomètres.

Enfin, sec… mais mouillé.

Parce que si en ce moment ça ne gèle pas… par contre ça pleut. Avec régularité, en moyenne trois jours sur quatre. Et mon bois n'est pas bâché.

Il suffirait de deux ou trois jours sans pluie et avec un bon vent pour pouvoir en rentrer un ou deux stères. Mais depuis des semaines, ça ne s'est pas présenté, et mon stock à l'intérieur diminue sévèrement.

Au point que, dernièrement, profitant d'une après-midi libre, je téléphone à un ami qui m'a réservé une remorque de bois à l'abri. Il faut juste le recouper à longueur.

Quoiqu'il ait, ce jour là, bien d'autres chats à fouetter, il m'installe tout ce qu'il faut devant son atelier : benner le bois en un gros tas au sol, installer la scie circulaire à côté, puis le monte-bûches, et enfin la remorque avec ses ridelles.

Il ne reste plus qu'à scier tout ça. Mine de rien, c'est du boulot, et son père me donne vaillamment la main, dans le hurlement de la lame.

Le ciel est bas, lourd.

Il ne faudrait pas que ça craque : notre tas de bois est en plein milieu du chemin, et scier sous la pluie est juste dangereux.

De temps à autre, nous jetons un regard inquiet vers ces nuages qui semblent ne demander qu'à rompre et qui pourtant ne laissent quasiment rien tomber.

Le temps passe, le tas de bois s'épuise tandis que la remorque se remplit.

C'est fait, nous ramenons la remorque sous un hangar… elle viendra dans quelques jours.

On a eu de la chance…

Il me reste à nettoyer l'endroit : quelques brouettés d'écorces et de sciure, tandis que la nuit tombe.

Oui, vraiment, on a eu du bol…

Je suis à mettre la dernière pelleté dans la brouette qu'il se met à pleuvoir. Franchement, dru.

Et soudain, dans ma tête, dans mon cœur, l'évidence : je suis un âne !

Mon regard monte, vers les nuages, plus haut encore :

"Alors là, Seigneur, tu es trop fort !"

Oui, je sais bien ce qu'il peut y avoir de puéril à réagir comme ça, mais avec toute ma sincérité, je ne vois pas comment faire autrement. Alors, je remercie : n'aurai-je pas le droit d'être reconnaissant .

"De la chance ?" Allons donc.

Je remercie… et  j'admire.

 

Publié dans Cigale en prière

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