Ah, la belle sentence !

Publié le par Albocicade

http://s1.e-monsite.com/2009/09/30/01/43039923goinfre-jpg.jpg

 

Vous avez mangé quoi, pour le réveillon ?

Ah, nous c'était classique et goûteux : huitres, foie gras, volaile farcie…

Classique ? Banal oui ! Et toi ?

Nous, c'était "cuissot de chevreuil à la confiture d'airelles"… Pas banal, non ?

Tu as raison, ce n'est pas "banal", par contre, c'est "commun". Il n'y a donc personne pour avoir fait dans l'originalité, cette année ?

Si, nous ! Le top du top : "rôti d'autruche accompagné de riz sauvage et de gombos" !

M'ouais, pour ce qui est de l'autruche, c'est un peu dépassé… j'en avais au menu il y a dix ans déjà. Quant aux gombos, franchement, tu as aimé ?

Moi, oui… mais c'est vrai que certains ont eu du mal avec le côté gluant… Mais au moins, c'est original, non ?

Oui, bien sûr, mais vois-tu, la classe ça ne s'improvise pas. Cette année, chez nous c'était le charme discret du raffinement, une sorte de luxueuse simplicité : une pierrade. Mais attention, pas n'importe quoi : zèbre, chameau et kangourou !

 

En contrepoint de ce dialogue imaginaire (mais pas improbable : on trouve vraiment de tout dans les grandes surfaces), je repense à cet autre dialogue – célèbre, celui-là – tiré de l'Avare (Actes III, Scène 1).

Et sans pour autant adopter les motivations de ce pingre d'Harpagon, je ne saurais lui donner tort quant à son enthousiasme…

 

VALERE : Est-ce que vous avez envie de faire crever tout le monde ? et monsieur a-t-il invité des gens pour les assassiner à force de mangeaille ? Allez-vous-en lire un peu les préceptes de la santé et demander aux médecins s'il y a rien de plus préjudiciable à l'homme que de manger avec excès.

HARPAGON : Il a raison.

VALERE : Apprenez, maître Jacques, vous et vos pareils, que c'est un coupe-gorge qu'une table remplie de trop de viandes ; que, pour se bien montrer ami de ceux que l'on invite, il faut que la frugalité règne dans les repas qu'on donne, et que, suivant le dire d'un ancien, il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.

HARPAGON : Ah ! que cela est bien dit ! Approche, que je t'embrasse pour ce mot. Voilà la plus belle sentence que j'aie entendue de ma vie. Il faut vivre pour manger, et non pas manger pour vi... Non, ce n'est pas cela. Comment est-ce que tu dis ?

VALERE : Qu'il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.

HARPAGON : Oui. Entends-tu ? Qui est le grand homme qui a dit cela ?

VALERE : Je ne me souviens pas maintenant de son nom.

HARPAGON : Souviens-toi de m'écrire ces mots. Je les veux faire graver en lettres d'or sur la cheminée de ma salle.


Publié dans Vie quotidienne

Commenter cet article