La bourrasque
Un coup de fil : "ça t'intéresserait, du résineux pour brûler ?"
Même si mon stock pour cet hiver est fait, il n'y a pas de mal à anticiper un peu les froidures ultérieures.
Aussi, dès le lendemain, nous nous retrouvons dans un grand parc où - de ci, de là - quelques arbres - surtout des épicéas - gisent au milieu de leurs confrères toujours dressés.
Certains ont été renversés avec leur motte de terre, d'autres sont comme sectionnés à un ou deux mètres du sol : une bourrasque les a jeté à terre. Pas si violente que ça d'ailleurs, la bourrasque ; ce n'est pas l'hécatombe… juste quelques arbres.
Pourquoi ceux-là et pas les autres ?
Si pour les premiers il est flagrant que leur enracinement était trop superficiel, pour les seconds en revanche, des questions se posent : les fûts sont beaux, les branches vertes. Alors ?
Je m'approche d'un géant effondré. Un coup d'œil à la brisure… tout s'explique.
A l'endroit où il a craqué, le tronc fait pas loin de 70 cm de diamètre, mais seul un pourtour de 5 à 6 cm est sain. Le cœur n'est plus qu'une moelle qui s'effrite sous la main. Il faudra tronçonner sur plus de 4 mètres avant de trouver du bois qui ne soit pas abîmé.
Pour moi, ce n'est pas grave : à part le trop spongieux, ça brûlera quand même.
Mais, allez savoir pourquoi, en regardant ces troncs à terre, pourris à cœur, je songe à ce dont les journalistes économiques nous rebattent les oreilles en ce moment : nos sociétés occidentales, capitalistes à outrance, vont-elles s'effondrer à la prochaine bourrasque ?