En Union Soviétique (1)
"Si vous le souhaitez, j'ai un livre sur l'Eglise orthodoxe russe que je voudrais vous offrir."
C'est une de mes interlocutrice d'un instant qui me dit cela. Je la connais un peu. Je connaissais surtout son père, vieux pasteur évangélique…
Elle ajoute, l'air vaguement gênée, "c'est un livre où il y a des versets sur les deux premières pages…"
Hé quoi, les orthodoxes aussi lisent la Bible…
Quelques jours plus tard, je la vois revenir avec – dans un sac – le livre.
Un beau livre en français, plein de superbes photos, paru en 1982, en pleine période Brejnev, à une époque où l'URSS paraissait prête à durer des siècles, et où la main de fer du régime pesait lourdement sur l'Eglise.
Une période aussi où les protestants occidentaux faisaient passer des bibles en contrebande dans le "bloc de l'Est".
Ouvrant le livre, je tombe en arrêt sur les "pages de versets".
A peu près tout ce que l'Ancien Testament compte de textes contre les idoles y est soigneusement copié à la main, comme en une sorte d'exorcisme. J'imagine la personne qui a copié ces textes se dire "compatir aux malheurs des chrétiens persécutés derrière le rideau de fer, oui, mais tout de même les orthodoxes, avec leurs icônes…"
Cela me fait sourire, et même, d'une certaine manière, j'approuve : si les icônes étaient réellement dans l'Eglise orthodoxe ce que les protestants évangéliques supposent, ils auraient complètement raison.
Bien sûr, il n'en est rien, mais leur rejet – à défaut d'être justifié – part d'une bonne intention.
Et au fond nous sommes d'accord : l'idolâtrie n'a pas sa place dans l'Eglise.
(A suivre)