Un sourire silencieux

"Voulez-vous être famille d'accueil, le temps des vacances de Noël, pour un enfant ukrainien ?"
C'était en substance ce qui était affiché à l'entrée de l'école des cigales.
La proposition émanait d'une association du département voisin.
Contact fut pris : nous nous sommes inscrits.
Une fille, de l'âge de notre plus grande cigale.
Le jour dit, nous allons la chercher à la descente du car où, avec d'autres enfants, elle a passé plus de deux jours.
Elle ne parle pas un mot de français, et comme nous ne parlons pas ukrainien… ce n'est pas évident.
Par contre, l'association qui nous l'a confiée pour des vacances ne nous fournit aucune information sur elle, sa famille, son histoire ; juste une adresse (qui s'est révélée inexacte, faute d'avoir été transcrite correctement!).
Il faut donc se débrouiller avec les moyens du bord. Heureusement, (ah, les bienfaits d'internet !) grâce à quelque site judicieusement sélectionné, il aura été presque possible de communiquer.
De quoi apprendre, par exemple, que cette petite de 10 ans, qui nous avait été présentée comme sans histoire particulière, est orpheline.
Souriante, agréable, parfois très têtue, elle est surtout aussi silencieuse qu'une girafe (animal réputé muet, ce qui est inexact). Jamais un mot à table, pas même Boud Laska (s'il vous plait), Diakouyou (merci), Tak (oui) ou Ni (non). Elle se contente de secouer la tête en faisant la grimace, ou de tendre son assiette.
Heureusement, le jeu est un langage universel ! Nos deux cigales et elle s'en sont donné à cœur joie.
Bref, durant deux semaines parfois un peu surréalistes, elle a été chez nous.
Et puis, les vacances terminées, nous l'avons ramené au lieu de départ. Elle est remontée dans le car et elle est repartie, sans un mot, sans même un "au revoir".
Elle est comme ça.
C'est parfois assez frustrant, mais vraiment, nous ne l'oublierons pas.
Bon retour, Надія !
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