Accumulation de dizaines
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Il y a bien des années, j'ai pris la cigale comme totem, comme emblème, sans me douter que l'augmentation des températures allait me la rendre beaucoup plus familière que je n'aurais pensé.
Et Dame ! cette année a été caniculesque et stridulante à l'avenant, de sorte que depuis notre retour d'Italie je n'ai plus rien publié, écrasé de degrés et décibels. Je ne leur en veux pas de chanter si fort, mais franchement j'ai langui après "l'orage du 15 août"… qui est venu avec un poil de retard. Enfin ! De l'air frais, déjà. Et aussi, les incendies qui ronflaient pas très loin de chez moi, dans des massifs qui me furent familiers, sont éteints.
Bref, quoique ne publiant rien, je tentais malgré tout de maintenir ma pensée hors du sec, en faisant quelques recherches.
Il y a maintenant deux lustres bien sonnés, j'étais parti en quête de la cigale dans le texte biblique. La chose n'avait pas été simple, mais avait finalement abouti à un résultat satisfaisant, et l'idée m'est venue de voir si les IA feraient aussi bien.
Je demandais à cinq d'entre elles de me trouver le verset où la cigale est mentionnée dans la Bible, en précisant que la question est ardue ; histoire d'évaluer leur capacité d'analyse, de recherche, de vérification dans des zones "non évidentes".
Disons le tout net, aucune n'a su dénicher Jérémie 8.7 dans la version de Symmaque, s'engluant généralement dans des hypothèses invraisemblables et des étymologies improbables.
Deux toutefois tirèrent leur épingle du jeu. Gemini, après avoir un peu tourné en rond, et Deepseek, très rapidement.
Leur réponse ? Écclésiaste 12.5… dans la vieille traduction du pasteur David Martin.
Je dois dire que je ne l'attendais pas…
Écclésiaste 12, le chapitre où Salomon exhorte les jeunes à ne pas négliger Dieu, lui le vieillard devenu chenu. Il sait ce qu'est vieillir et en fait une description tout en allégorie : on prend un caractère ronchon, pessimiste, bras et jambes flageolent et on a mal aux dents, la vue baisse de même que l'ouïe, certains deviennent pusillanimes, on finit par n'avoir plus guère goût à rien… Et c'est au milieu de cela que Martin pose un "quand les cigales se rendront pesantes".
C'est léger une cigale, ça se nourrit de rosée[1], ça ne cause aucun tort aux arbres. Ça chante sa joie d'être, une cigale, à se claquer les abdominaux, comme de bons oiseaux qui auraient entendu le sermon de François d'Assise.
Ce n'est pas pesant, une cigale, si ce n'est quand c'est vieux. Vieux comme Tithon, ce mythique prince troyen, aimé par Éos, la déesse de l'Aurore, qui demanda à Zeus de le rendre immortel… en oubliant de réclamer pour lui l'éternelle jeunesse. Et Tithon de vieillir sans pouvoir mourir, de se ratatiner, de se racornir, sa voix devenant un murmure, jusqu'à ce que, finalement, Éos obtienne de Zeus qu'il soit transformé… en cigale.
Bref, on notera la pertinence de l'IA pour me souhaiter – involontairement et sans la moindre empathie, cela va de soi – un bon vieillissement, puisque quand vous lirez ces lignes, j'en serai à douze lustres sonnés.
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