Al-Masīh qām !

Publié le par Albocicade

 

Oups, pardonnez-moi : Le Christ est ressuscité !
Allons bon, qu'est-ce qui me prend de vous lancer la joyeuse apostrophe pascale en arabe ?
Ah, si ; je sais.
C'est que lors de la vigile de cette année, j'ai eu une belle surprise.
Reprenons.
Nous arrivons à l'Eglise où nous nous rendons pour Pâques (elle n'est qu'à une heure et demie de route, et l'office débute à 21h) un peu en avance pour avoir le temps. Le temps d'arriver, de nous poser… et surtout de nous tenir dans le tombeau, seul devant le Christ seul. Oui, parce que l'Epitaphion est encore là, dans l'église à peine éclairée, et ne sera retiré qu'au début de l'office[1]. Une chance pour ceux qui ne peuvent venir que pour le samedi soir (comme nous) d'entrer un peu dans la semaine de la passion avant de pénétrer dans la résurrection.
Certes, il y a bien un peu de brouhaha au fur et à mesure que les gens arrivent, mais ce n'est pas grande difficulté d'en faire abstraction (à moins d'y participer un peu nous-même en saluant tel ou tel que nous n'avons pas revu depuis longtemps).
Les premières lectures commencent, amenant peu à peu un peu plus de silence. L'Epitaphion est emporté dans le sanctuaire pour être déposé sur l'autel. L'office de la résurrection peut commencer.
Le prêtre sort du sanctuaire portant la flamme de la résurrection qu'il offre aux fidèles, qui se la transmettent de cierge en cierge, de mèche en mèche, et tous sortent de l'église en procession dans la nuit tombée.
Puis, toujours dehors, devant les portes fermées de l'église monte le chant de la résurrection.
Le Christ est ressuscité des morts / par la mort il a vaincu la mort
A ceux qui sont dans les tombeaux / il a donné la vie !
En français, en slavon, en grec (jusque-là, tout le monde ou presque les connaît et les entonne) mais aussi en roumain (là ce ne sont que quelques voix, mais assurées) et même… en arabe : le prêtre invite un jeune homme à entonner. Ce sont deux voix, un peu discrètes, presque timides qui s'élèvent. Je veux bondir à leur secours, mais la mélodie n'est pas exactement celle que je connais, et c'est avec prudence que je viens malgré tout me placer un peu en renfort.
Deux fois. Deux fois le tropaire a été chanté en arabe ce soir-là.
Al-Masīh qām min baīni'l-amwāt
Wa wati’ al-mawt bi'l-mawt
Wa wahab al-hayāt
Lil-ladhīna fī'l-qubūr
Des années que j'attendais cela !
Aussi, un peu plus tard, j'invite un des chanteurs à organiser des répétitions dans cette paroisse pour que l'an prochain le chant de la résurrection s''élève aussi avec force dans le ciel nocturne dans la belle langue arabe, qui est aussi une des langues pour dire l'Evangile.
Et pourquoi seulement dans cette paroisse ? Car me revient en mémoire qu'il y a dix ans (déjà !) j'avais créé une page sur wikipédia de "termes chrétiens en arabe" dans laquelle j'avais inclus ce tropaire[2].
Alors, oui :
Ḥaqqan qām!
En vérité il est ressuscité !
 

[1] Jusque récemment, ils suivaient le rite grec classique, où l'épitaphion est rentré dans le sanctuaire aux matines du samedi saint, mais depuis quelques années ils ont eu la bonne idée d'adopter la coutume slave de laisser l'épitaphion jusque au samedi soir, pour en permettre la vénération aux "tard venants".
[2] Et pour ceux qui voudraient se lancer sans avoir la moindre idée de la manière dont cela se chante, il est toujours possible de visionner cette vidéo possible de visionner cette vidéo datant de 2011 d'une flashmob à Beyrouth.
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