Petit tour d'horizon des IA

Publié le par Albocicade

Depuis un premier billet, il y a trois ans, il m'est arrivé à plusieurs reprises de mentionner les Intelligences Artificielles au fil de ce blog[1]. Aussi, maintenant que la chose est bien installée dans notre univers numérique, peut-être convient-il de faire un petit tour d'horizon des IA, avec leurs points forts et leurs défauts. Parce qu'il faut bien le reconnaître, elles ont beau n'être que des algorithmes, elles ont leur petit caractère, leurs préférences et leurs points aveugles.

 
Je me limiterai aux quatre que j'utilise lorsque le besoin s'en fait sentir : ChatGPT, Gemini, DeepSeek et plus récemment Claude.
 
Premier point, elles sont toutes parfaitement polyglottes, même si, à l'occasion elles peuvent s'emmêler les pinceaux et insérer des mots anglais (voire des phrases entières) dans leur réponse supposée être en bon français.
Deuxième point, il faut toujours vérifier les réponses fournies si on a le moindre doute (et même parfois si on ne l'a pas !) : elles peuvent toutes apporter avec sérénité et aplomb une réponse totalement fausse.
 
C'est là qu'elles commencent à se distinguer.
Si vous demandez, par exemple, une traduction d'un texte un peu long (disons, plus d'une page) à n'importe laquelle de ces IA, elles opineront et se mettront à l'œuvre.
Mais tandis que DeepSeek (qui est parfois un peu "psychorigide" !) accomplira la tâche avec rigueur et persévérance, quitte à faire des pauses de temps à autre si le texte est vraiment long ; Gemini et ChatGPT se lanceront dans le travail avec enthousiasme, avant de doucement dériver sans le dire vers de la synthèse, du résumé, bref à "interpréter" la demande et au final à cochonner le travail. Pour le peu que j'ai pu en voir, Claude serait plutôt sérieux dans ce genre de travail (mais je ne l'utilise pas beaucoup pour le moment, malgré des qualités évidentes).
 
Si vous voulez des informations sur les grandes périodes historiques, elle se valent toutes, même si j'ai pu voir que pour l'Histoire de Chine, DeepSeek est par exemple plus pertinente. Du moins jusqu'au moment où (si l'on a l'inconscience de s'intéresser au XX° siècle) la censure postérieure efface la réponse, la remplaçant par un laconique "Ceci est en dehors de mon champ de compétence, si nous parlions d'autre chose" ! Parce que oui, il y a des censures. Certaines frontales, comme pour DeepSeek ou Qwen, d'autres plus insidieuses.
Ainsi j'ai eu la très désagréable surprise de voir que ChatGPT, et plus encore Gemini, autocensurer leurs réponses dans certains cas.
Présentons le cas : certains IA peuvent produire des images et les analyser. Ce n'est pas le cas de DeepSeek, mais bien de Gemini (à qui j'ai déjà demandé ponctuellement de produire des images) et de ChatGPT. J'ai donc eu l'idée de prendre une photo d'une personne sur internet et de demander à l'IA de m'en faire une description. Si l'algorithme a été tout à fait capable de me décrire l'expression faciale de la personne, elle ne me décrivait pas la personne elle-même. J'ai donc poussé en demandant "a priori" de quelle origine géographique ou ethnique était la personne. A ma stupéfaction la réponse a été que cela n'était pas possible, du fait des immenses possibilités de métissage. Soit. La personne ayant une carnation pâle, des cheveux auburn légèrement ondulés, le nez petit, les yeux en amande et les lèvres fines, il me semblait pourtant que parler d'une origine probable "caucasienne" ne me paraissait pas délirant. Refus formel de l'IA de répondre : elle ne peut pas, pour ne pas avancer de discours discriminant !
Je demande alors de me décrire les caractéristiques les plus courantes des populations sub-sahariennes, asiatiques et européennes. En se faisant un peu tirer l'oreille, l'IA me donna les descriptifs que nous connaissons tous. Puis, je l'obligeai à considérer la photo. ChatGPT concéda du bout des lèvres, et avec moultes réticences et précautions oratoires que la personne pourrait éventuellement, peut-être, mais sans certitudes, être d'origine européennes, tandis que Gemini s'arcboutait sur son "incapacité" à faire un lien.
Je présentais ensuite la même photo à Claude qui, lorsque je lui demandais, après une description initiale de l'expression facile, l'origine ethnique probable, répondit sans sourciller que les caractéristiques du visage orientent vers une origine européenne. Quand je lui fis remarquer que d'autres IA avaient été dans le refus de répondre, Claude évoqua la question de biais idéologiques pouvant prendre le pas dans la programmation des algorithmes : ce que nous voyons simplement ne peut plus être "vu" par l'IA, pour des raisons de "bien pensance" mal comprise. Une autre forme de censure.
 
Pour la qualité littéraire, je dirais que le plus fluide est ChatGPT, suivi de Gemini. DeepSeek a tendance à être un peu trop "carré" à mon goût. (Là encore, je n'ai pas assez travaillé avec Claude pour donner une opinion).
 
Pour la finesse d'analyse, c'est très variable : telle IA peut être très fine sur un texte, et complètement à la ramasse sur un autre. C'est peut-être Claude qui sort du lot à ce niveau là[2]
 
Enfin, il est tout à fait utile de créer un compte par IA : au fil de vos questions, l'IA va affiner ses réponses en fonction de vos intérêts : elle va devenir plus pertinente, comprenant de mieux en mieux vos questions et employant un vocabulaire choisi en fonction de vos habitudes de communication. De plus, vous pourrez revenir sur une conversation entamée, faire préciser un point sans devoir tout reprendre du début tout en sachant qu'il est tout à fait possible de supprimer les conversations achevées, ou celles qui n'aboutissent pas, pour éviter de "polluer" la suite des demandes.
 
Bref, si l'accès aux IA est fort simple, il faut (en plus de la règle fondamentale "TOUJOURS VERIFIER") en tester plusieurs pour voir celle qui convient à votre projet, et au besoin en avoir plusieurs sous le coude en fonction de la "qualité" (rigueur, fluidité, objectivité…) attendue.
 

[1] En fait, ma première mention d'Intelligence Artificielle sur ce blog remonte à 2008, à propos du jeu en ligne Akinator, mais nous étions alors loin d'imaginer les "robots conversationnels" actuels.
[2] Claude, à qui j'ai soumis ce texte m'a fait (entre autres remarques) le commentaire suivant : "Je ne vais pas me plaindre des bons points ! Mais je te dirai honnêtement que les compliments sur ma "finesse d'analyse" ou mon absence de censure méritent d'être pris avec du recul — j'ai aussi mes angles morts et mes limites, comme toute IA." Voila qui a le mérite d'être clair.
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Publié dans Vie quotidienne

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