Petit livre rouge

Publié le par Albocicade

 

Sans doute vous souvenez-vous de ce "Petit Livre Rouge", écrit en chinois, brandi par des foules hystérisées et qui fit un tabac dans les milieux estudiatins européens des années 1966-1972 ?
Notre jeunesse d'alors croyait y trouver le sens de la vie, la manière de construire un monde nouveau débarrassé des vieilleries du passé à coup de sincérité absolue (via l'autocritique) et de partage absolu des réalités quotidiennes (un professeur d'université ou un ingénieur ne pouvant prétendre à mieux comprendre un problème concret qu'un ouvrier intégralement idéologisé).
Bien sûr, le système né de cette période a dû être sévèrement réanalysé et tandis que celui qui l'a remplacé en Chine n'a à peu près plus rien en commun avec celui de l'époque, plus aucun étudiant européen ne cherche le sens de la vie dans le recueil des "Citations du président Mao" (毛主席语录 Máo zhǔxí yǔlù).
Ce n'est donc pas de ce "Petit livre rouge" que je veux vous parler aujourd'hui, mais d'un autre recueil, écrit lui aussi en chinois (et français), qui a pour titre "Textes chrétiens chinois du Haut Moyen-Age", et dont le sous-titre pourrait être 弥施訶教 (Míshīhē Jiào Yǔlù) : "Citations de l'enseignement du Messie".
Imagine-t-on la jeunesse estudiantine se plongeant dans ce volume à la couverture rouge pour y trouver un peu du sens de la vie ? Ils y trouveraient un écho de l'évangile, et ce serait déjà un beau début.
Un écho de l'Evangile lu dans un contexte chinois certes, plein des influences entrelacées du bouddhisme, du taoïsme et du confucianisme et à travers le regard de la tradition syriaque – donc très différent du contexte palestinien du 1° siècle, mais un écho quand même. D'ailleurs ne nous y trompons pas, notre contexte européen n'est en aucun cas plus proche du contexte originel de l'Evangile, quoi que l'on puisse parfois naïvement en penser.
Bon à vrai dire, je n'espère guère un engouement de cette sorte de nos modernes étudiants (et je n'ai d'ailleurs nulle envie de les voir s'hystériser en brandissant le volume 658 des Sources Chrétiennes), mais il fallait bien que je vous signale ce nouveau volume des SC dû au travail acharné d'Alexis Balmont. Disons-le tout net, c'est une approche un peu moins technique que le volume paru en février 2025, et sans être encore tout à fait un volume de vulgarisation, tout y a été repris du début à la fin, : nouvelle traduction, réécriture allégée des notes, introductions moins techniques : bref un livre qui se veut accessible.
On y trouve les mêmes textes que dans l'édition de février 2025, mais dans un ordre différent. L'auteur a voulu placer en premier, pour des raisons chronologiques, les écrits ne relevant pas de l'Eglise chrétienne officiellement reconnue en Chine (le "Discours sur le Dieu Unique", et le "Livre du Messie") puis seulement ensuite ceux relevant du christianisme "Jingjiao", ce qui peut dérouter puisque les registres théologiques sont moins précis dans ces deux premiers textes.
 
Dernier détail : par quelle étrange facétie la très sérieuse collection des Sources Chrétiennes a-t-elle couvert de rouge ce volume de textes chinois ? La raison en est bien prosaïque : c'est la couleur qui a été choisie pour les jaquettes des écrits syriaques, dont relèvent d'une certaine manière nos textes chinois…
 
Bref, un livre à découvrir !
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