Voyage en Chine : 17.
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Jour 9, matin. Suis-je un criminel ? Une fois les billets pour Pingyao (à 500 km) achetés en gare de Xi'an (avec, bien sûr présentation des passeports), nous passons le premier contrôle : comme d'habitude, passeports, sacs et bagages dans la machine à rayons X, contrôle individuels après le portique, sur le petit tabouret. Alors que je vais pour récupérer mes bagages, je vois le tapis roulant arrêté, et un agent récupérer une de mes valises qu'il place sur une table. Bon, il doit y avoir un problème. Je me manifeste auprès du fonctionnaire qui me demande, par signes, d'ouvrir le bagage suspect, ce que je fais, souriant. Il me montre alors, sur son espèce de porte-clef, une minuscule lame de couteau. Ok, j'ai compris. Plongeant la main dans le fatras d'affaires, j'en retire le mauvais couteau de cuisine acheté en grande surface à Pékin pour pouvoir manger un peu de fruits – couteau qui avait jusque-là passé les contrôles sans problème et dont je m'étais encore servi la veille – et le tend au préposé : il est manifestement interdit d'introduire, même au fond d'une valise, un couteau dans une gare. Il le récupère accompagnant son geste d'un "Thank you, Sié sié !" L'incident est clos, et j'y vais aussi de mon "Sié sié !" Ceci dit, il est plus que probable que l'incident est maintenant inscrit sur ma fiche numérique : je vais éviter de réitérer.
Tout ça pour avoir voulu manger des fruits...
De son côté, Alexis qui avait enfin pu mettre le doigt sur la cause des plantages de son programme (un petit programme annexe qui s'était révélé insuffisamment compatible) était aux anges : il allait pouvoir être dans les temps pour fournir son article !
Tradition et modernité
Cela n’avait pas été vraiment planifié, mais c'est un fait : notre parcours a dessiné une immersion imprévue au cœur de la Chine impériale. Chaque grande étape nous a offert l’écrin plus ou moins préservé de sa "cité médiévale", comme un voyage dans le temps.
Pékin, d'abord, impose d’emblée la démesure de sa Cité interdite, ville dans la ville, symbole absolu du pouvoir d'antan. Mais la surprise est venue de découvrir que cette permanence de l'histoire n'était pas l'apanage de la capitale mais avait survécu aux vicissitudes du XX° siècle. Ainsi à Luoyang, dont la vieille ville où se dresse une pagode ancienne, témoin silencieux d'un âge d'or révolu, sert de décor aux pratiquants du Hanfu…vieille ville complétée comme on l'a dit par les constructions modernes en hommage à Wu Zetian.
Ensuite Xi’an, qui fut le terminus de la Route de la Soie, dont la vieille ville au cœur de la Xi'an moderne est encerclée par ses impressionnants et monumentaux remparts, qui marquent de façon tangible la frontière la folie des constructions modernes et l'héritage des Tang.
Enfin, couronnant ce parcours, Pingyao offre l'expérience la plus totale : sa vieille ville, incroyablement sauvegardée, semble figée dans le temps, presque inchangée depuis plus d' un siècle. Derrière ses remparts antiques, c'est un dédale de ruelles, de cours secrètes et d'enseignes anciennes qui plonge le visiteur dans l'atmosphère authentique de la Chine des Ming et des Qing, du temps où elle était le centre névralgique de la finance impériale.
Mais c'était autre chose qui m'avait frappé en regardant par le hublot tandis que l'avion avait amorcé sa descente : des espèces d'alignements de pierres dressées qui étaient en réalité des forêts de tours, dressées par dizaines, voire par centaines.
Au sol, entre la gare et les centres anciens (sauf à Pingyao, plus modeste, presque à dimensions humaines), on traverse d'immenses zones couvertes de gratte-ciel résidentiels, souvent de 30 à 40 étages, parfois plus. Beaucoup sont encore en construction, hérissés de grues, comme si les villes étaient en perpétuel chantier.
Imagine-t-on, en France, devoir traverser vingt quartiers comme La Défense avant d’entrer dans Carcassonne ?
Le fait est que la population est inégalement répartie sur les 9,6 millions de km² de la Chine (presque 18 fois la superficie de la France) : 94% de la population est concentrée sur 43% du territoire, et la densité moyenne de population (150 habitants par km² contre 119 en France) masque de véritables disparités entre les grandes mégapoles et les zones désertique. Ajoutons à cela un fort exode rural en direction des villes, même si la reprise de la démographie attendue suite à la fin de la politique de l'enfant unique n'a pas donné les résultats escomptés, et l'on comprend qu'il faille continuellement faire face à un besoin croissant de logements.
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