Voyage en Chine : 7.

Publié le par Albocicade

 

Jour 4, matin. Nous quittons Pékin pour Luoyang, à 800 kms au sud-ouest. Cela veut dire que nous quittons le Hebei pour le Henan. Pour les citoyens chinois, ce genre de déplacement suppose une déclaration, liée à un système de passeport intérieur (un peu à la manière qui existait dans l'Empire russe). Bien sûr, en tant qu'étrangers, nous ne saurions y échapper.
Pour pouvoir acheter un billet de train, il faut d'abord se faire inscrire dans la base de données. La préposée ayant pris nos passeports et les ayant scannés les examine avec soin se met en devoir de recopier dans un ordinateur les données principales : nom, prénoms, etc. Notons au passage le tour de force que représente le fait de copier ces informations dans notre alphabet, qui ne correspond en rien au système d'écriture chinois.
Ensuite, on peut se présenter à un guichet dédié où l'on explique où l'on compte se rendre afin d'acheter un billet, et notre passeport est bien évidemment à nouveau scanné. Après cela, on peut entrer dans la gare. Toutefois, on n'entre pas dans une gare le nez en l'air, comme si tout était acquis : il y a les incontournables contrôles. D'abord, passage des sacs et valises dans la machine à rayons X, et on présente son passeport qui est re-scanné ainsi que son billet, et finalement on a droit à un contrôle de sécurité individuel : après passage sous un portique de détection de métaux et reconnaissance faciale (je dois retirer ma casquette, ce que je fais généralement en saluant la préposée, genre "la galanterie française n'est pas morte"), il faut encore monter sur un petit tabouret et la préposée passe autour de nous une petite palette rectangulaire à la recherche de trace chimiques (explosifs, drogues…). C'est d'ailleurs la procédure pour tous, locaux ou étrangers.
Ensuite seulement on peut accéder au hall d'attente, pour s'installer tranquillement le temps qu'approche l'heure où le train sera en gare. Environ un quart d'heure avant l'heure d'embarquer, les passagers se massent calmement par file dans le hall approprié, en face du panneau d'affichage, attendant que leur zone de passage s'ouvre. Dès qu'elle s'ouvre, il y a le temps nécessaire pour que tout le monde scanne son billet et sa pièce d'identité et se rende paisiblement sur le quai : pas de cohue, pas de précipitation… tout se fait avec ordre. Bien sûr, en tant qu'étranger, nous devons passer par le tourniquet de contrôle flanqué d'un garde. 
Par contre, pas question d'être en retard : le contrôle ne rouvrira pas pour l'étourdi, et son billet ne sera pas utilisable pour le train suivant.
Curieusement (du moins, pour un français) je n'ai jamais vu quiconque tenter de resquiller ou refuser de se soumettre à un contrôle d'identité.
Dans certaines gares, tant que le train n'est pas arrivé, le bord du quai est rendu inaccessible par de barrières de fils tendus. Je suppose que ces fils ne sont pas électrifiés, mais je n'ai pas tenté de vérifier : s'ils le sont ce serait désagréable en soi, et même s'ils ne le sont pas, je suppose que la chose étant nécessairement sue (il y a suffisamment de caméras pour cela), j'aurais probablement droit à un débriefing par quelque agent à épaulettes, et une mention du fait dans mon dossier numérique.
Lorsque le train est arrivé à quai, la barrière de fils se lève, on peut accéder au train.
Une fois dans le train, les passeports sont derechef contrôlés par l'hôtesse dès le départ du train. Bien installés nous pouvons voir, au-dessus de la porte au fond du wagon notre vitesse s'afficher : le train monte jusqu'à 305 km/h sur certaines portions. A plafond, au milieu de l'allée centrale, des écrans diffusent silencieusement de brefs reportages sur les beautés des régions de Chine, sur ses capacités industrielles, sur ses prouesses techniques : le message qui est ainsi répété en boucle, c'est que la Chine est un grand pays et que par conséquent les chinois peuvent être fiers de leur pays. Petite subtilité : juste à côté de ces écrans, il y a une caméra… rien de mieux que d'avoir des visages tournés vers l'objectif pour faire de la reconnaissance faciale.
En avons-nous fini avec les contrôles ?
 
Propreté : de mon passage de quelques mois dans l'équipe de la voirie de mon village, j'ai gardé un grand respect pour ceux qui accomplissent cette tâche ingrate, et un œil peut-être plus affuté. Or ici, en Chine, tout est propre : partout, des balayeurs de rue, partout des personnels de nettoyage, toujours dans des tenues professionnelles, et ce parfois jusqu'à des heures indues (j'en ai photographié un, avec son accord, en plein travail à 22h30). Dans le train qui nous a emmené de Pékin à Luoyang, la préposée au nettoyage de notre wagon a passé la serpillère dans l'allée centrale pas moins de trois fois durant les 4 h de trajet. Le plus impressionnant, ce sont les préposés à la propreté sur la Grande Muraille ! La pente est raide, les marches hautes, et pourtant on les voit, chacun sur sa portion de muraille monter et redescendre avec une pince à la main et une sacoche au bras pour enlever du sol ce que les indélicats "oublient" de mettre dans les nombreuses poubelles. Et tous ces agents de propreté pratiquent – selon les consignes officielles – un tri sélectif vigilant.
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