Voyage en Chine : 5.

Publié le par Albocicade

Jour 3, matin. Nous partons en taxi vers le nord, vers la Grande Muraille (les taxis et autres VTC sont relativement peu onéreux). Arrivés en bas du site de Badaling (八达岭), il convient de prendre les billets (et présenter son passeport), monter dans une navette, puis faire la queue dans un très long couloir de contention qui nous mènera aux télécabines. Alexis, qui est connait déjà et a un gros boulot à avancer nous attendra à un petit resto sur le site de départ. En fait, malgré la foule, la file avance rapidement, et même s'il a fallu régler un supplément en espèces (on nous avait vendu un billet pour un accès en train à crémaillère qui n'était pas en service) nous nous trouvons très vite en haut.
Petite anecdote : la préposée en uniforme qui doit encaisser le supplément m'en indique le montant dans un anglais si improbable que je n'en comprends à peu près rien : c'est "quarante yuans et quelques", sans doute, mais je butte sur le "et quelques". Pour mieux expliquer, elle hurle de plus en plus fort, agitant sa main pouce et index tendus, les autres doigts repliés. Deux ? Manifestement, ce n'est pas cela. Puis, dans un éclair de génie, je sais : c'est "huit". Je tends le montant qu'elle encaisse sans un sourire. Pourquoi "huit", je n'en sais rien[1], mais la veille, j'ai vu Alexis faire le même geste pour ce chiffre… Quand je pense qu'il aurait été si simple qu'elle inscrive "48" sur un bout de papier…
Si la largeur du chemin de garde (peut-être trois ou quatre mètres), ou la hauteur des remparts ne sont pas si impressionnantes que ça, je ne dirais pas la même chose de la pente, du dénivelé : c'est assez vertigineux : certaines parties ne se font qu'en se cramponnant à la rambarde fixée sur le rempart de part et d'autre du chemin de garde, ou à celle fixée au milieu. De plus, si certaines parties sont composées de marches d'escalier aux hauteurs inégales (cela va varie grosso-modo de 10 à 34 cm, sans prévenir, ni raison apparente ; et 34 cm, c'est fort haut comme marche !) d'autres sections sont juste une pente raide. Je ne peux que plaindre les soldats des temps jadis placés là pour garder la "frontière" et qui devaient assurer les rondes sur les portions qui leur étaient assujetties.
En parlant de gardes, bien sûr il y a, à certains endroits du rempart, des gardes et policiers de toutes catégories hurlant sans discontinuer dans des mégaphones (c'est une mode curieuse que l'usage des mégaphones en Chine) des consignes qui doivent se résumer à "Plus vite !", "Ne restez pas sur place !" et autres joyeusetés dont on se passerait bien : ça gâche un peu le plaisir que de se faire briser les oreilles.
Ceci dit, la vue est aussi splendide qu'impressionnante : voir cette imposante muraille qui s'étend non pas sur quelques centaines de mètres, mais à perte de vue, se séparant par endroits, se rejoignant à d'autres tout en suivant les reliefs environnants, et savoir qu'elle va ainsi sur plus de six mille kilomètres, par portions disjointes… bon, tout n'est pas visitable, tout n'a pas été restauré, et surtout (et malgré qu'elle a sûrement calmé quelques ardeurs invasives de temps à autres) elle n'a finalement pas été plus efficace que notre bonne vieille "Ligne Maginot"… mais c'est tout de même incroyablement bluffant.
 
Histoire de face.
Une des choses les plus déroutantes pour un occidental, c'est que ce qui nous semble juste de bon sens, simplement normal, peut être perçu de manière dramatique en Chine. Ainsi, si en arrivant dans un hôtel en France vous constatez qu'une ampoule ne fonctionne pas, ou qu'une étagère est bien mal fixée, il est juste normal de le signaler au plus tôt au personnel, afin qu'il n'y ait pas de malentendu en fin de séjour. Faire ceci en Chine, c'est créer un mini drame, puisque vous montrez que votre logeur a mal fait son travail et que par conséquent vous êtes en droit d'exiger un changement de chambre, voire un remboursement de la location. En un mot, vous lui faites "perdre la face" (丢脸 diū liǎn). L'expression peut sembler exotique, voire surannée, elle décrit pourtant une réalité sociale extrêmement prégnante : dans une relation "harmonieuse", on ne fait jamais de "reproche", jamais de "critique" aussi justifiée soit-elle, du moins publiquement. Du coup, si un chinois dans un groupe vous félicite pour votre accent ou votre prononciation, cela peut signifier simplement qu'il ne veut pas vous "humilier" (et au passage, ne pas paraître impoli), même si vous parlez comme un cochon. Du coup, ne comptez pas trop sur la critique "bienveillante et constructive" dans une discussion à bâtons rompus entre amis pour progresser ! Le plus important, c'est que tout soit lisse, harmonieux… au moins en apparence.
 

[1] En fait, et après réflexion je me suis dit que cela correspondait à la forme du (bā : huit) en chinois, ce que m'a confirmé le document qu'un lecteur de cette page m'a indiqué et sur laquelle vous trouverez les nombres de 1 à 10…dits avec les doigts (même s'il existe parfois des variantes possibles).
 
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