Voyage en Chine : 15.

Publié le par Albocicade

 

Jour 8, matin. Comme raconté plus haut, dans l'hypothèse où le Musée des Stèles aurait toujours été en travaux, nous avions un plan B afin de voir sinon la stèle Jingjiao originale, du moins une copie. Un plan B un peu hasardeux, avouons-le, mais que nous mettons tout de même en œuvre, quoique j'ai pu contempler la vraie stèle dans son nouvel écrin. Donc ce matin, nous sortons des sentiers battus : la pagode DaQin (大秦塔 Dàqín Tǎ, ce qui se prononce grosso-modo Da Tshin Taa). Nous partons en taxi de Xi'an avec pour seules informations que cette mystérieuse pagode est à peu de distance du célèbre monastère taoïste de Louguan Tai, où Lao Tseu (Laozi)est supposé avoir composé son Tao Te King, ainsi qu'une géolocalisation fournie par Wikipédia.  C'est peu, mais suffisant.
Campagne, cultures, montagnes embrumées aux pentes affirmées, nous approchons. A peine dépassée l'imposante entrée du complexe taoïste et son immense statue dorée de Laozi à l'arrière-plan que nous apercevons une ancienne pagode de briques à sept étages, légèrement penchée, à flanc de montagne. Une de plus ? Non, il semble que ce soit celle-là, et le taxi s'engage sur une route de plus en plus étroite qui serpente en montant jusqu'à un mur d'enceinte récent au portail grand ouvert. Après avoir recommandé au taxi de nous attendre (ce qui d'une part lui évite un voyage à vide, et d'autre part nous assure un moyen de transport pour le retour) nous entrons dans la cour où nous sommes immédiatement accueillis par un sympathique bonze vêtu de gris, qui nous offre une belle tranche de pastèque. Contrairement à ce que je pensais, sur la foi de photos, le site n'est pas à l'abandon mais est – ou plutôt, est redevenu récemment, il y a une quinzaine d'années semble-t-il – un centre cultuel bouddhiste avec salles de prière, portiques pour offrir l'encens, et même ce qui semble être une petite hostellerie. Il y a là une bonne vingtaine de personnes. Soudain d'un étage de l'hostellerie jaillit le son d'une cloche en bois frappé d'un petit maillet. Notre moine du début réapparaît, vêtu de safran et accompagné d'un autre moine qui frappe l'appel. Ça sonne comme à Solan avec la simandre. Tandis que le petit groupe rejoint une chapelle pour le rite idoine, nous nous dirigeons vers une petite esplanade où se trouve une copie de la stèle chrétienne de Xi'an, installée là autours de 2006.
 
Pourquoi est-elle là, alors que le lieu est incontestablement bouddhiste, avec sa pagode dont les sept niveaux évoquent la nécessaire élévation spirituelle ? A cause du nom du lieu : Da Qin Ta, la pagode Da Qin. Parce que Da Qin, en chinois, ça désigne le "Grand Occident". Or, si ce lieu garde ce nom depuis des siècles (la chose est attestée dans un poème de Su Dongpo de 1065), c'est qu'à un moment il y a eu une implantation religieuse "occidentale" (potentiellement chrétienne syriaque) suffisamment importante pour marquer l'histoire. Que par la suite (et on peut penser à l'édit de 845 qui signa la fin du christianisme à cette époque en Chine) ce lieu fut déserté par les chrétiens, et repris plus tard par des bouddhistes semble probable. Mais il est sûr que le bouddhisme (Fo Jiao) n'a jamais été considéré comme une religion "occidentale" par la Chine.
Bref, nous sommes dans l'ordre de la probabilité, mais puisque nous étions relativement proche, il aurait été dommage de ne pas faire le crochet.
Puis nous sommes repartis, laissant derrière nous ce lieu où une pagode ancienne jouxte avec une salle de prière bouddhique moderne (avec sur son autel une grosse statue de Bouddha et une autre, plus petite, de Lao Tseu), et flanquée de l'autre côté par une copie de la stèle rapportant les 150 premières années du christianisme en Chine, le tout sous la houlette du gouvernement de la République Populaire de Chine dont le drapeau flotte à l'entrée de la cour, et dont la caméra montée sur son pylône surveille tout à 360 degrés.
 
Ciel. Comme je l'ai dit, il fait chaud. De fait, Pékin est à la latitude de Madrid et Xi'an à celle d'Alger, mais la campagne est très verte. Pour autant voir un vrai beau ciel bleu n'est pas une expérience courante. On connaît ces illustration chinoises qui montrent les montagnes avec des écharpes de brume. Mais même en plaine, y compris loin des villes, le ciel est pâle, voilé. Les montagnes au loin ne se distinguent que faiblement, se découpant à peine, bordures grises plus sombres sur fond gris plus clair. Et même quand on s'en approche, elles restent prises dans une brume légère. Le fait est que les montagnes sont très vertes, couvertes d'une importante végétation. Qui dit végétation importante dit eau en abondance, les deux donnant une forte évapotranspiration, générant une nébulosité persistante, de sorte que je pense que le ciel voilé que nous avons est dû en grande partie à cette végétation, même s'il ne faut pas négliger la pollution atmosphérique liée à l'activité humaine et les effets de l’anticyclone subtropical d’Asie de l’Est qui maintient une humidité stagnante et empêche la dispersion des particules fines.
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