Voyage en Chine : 11.

Publié le par Albocicade

 

Jour 6, matin. Il y avait encore une chose que j'aurais voulu voir à Luoyang, un certain pilier funéraire (un zhutou bei) du IX° siècle. Certes, il en existe des centaines d'autres, mais celui-ci possède avec une caractéristique unique à ce jour : il porte, en plus de la dédicace funéraire, un texte chrétien chinois – le Livre sur l'Origine des origines – connu par ailleurs dans un seul manuscrit. Mais cette escapade nous aurait pris beaucoup de temps et de fatigue, et j'y ai curieusement renoncé sans grands regrets : ça me fera une raison de plus pour relire le texte à mon retour.
Du coup, nous prenons le train pour Xi'an, dans le Shaanxi (陕西), à environ 350 km. Donc, de nouveau les contrôles, les passeports etc. Sauf que, à peine le train avait-il démarré que l'hôtesse-en-chef, pas celle qui porte les plateaux, est venu vérifier nos passeports, légèrement perturbée parce que nous n'étions pas exactement aux places attribuées (avec Véronique, nous nous sommes assis aux places qui correspondaient mais sans nous préoccuper de qui avait le siège B ou C). Elle n'a toutefois pas exigé que nous intervertissions.
 
Savourer d'authentiques Mélokos. Une chose que je souhaitais, c'était enfin découvrir les fameux Mélokos, les vrais. Or, en ville – quelle que soit la ville – on ne peut pas faire vingt pas sans voir une petite échoppe où se restaurer pour pas cher. D'une ville à l'autre, d'une région à l'autre, il y a des spécialités différentes mais on trouve partout les plats de pâtes ou de riz à la viande, les soupes de nouilles épicées, et les incontournables boissons sucrées et gazeuses. Les plats peuvent être très épicés, mais, face à des occidentaux souvent ils demandent si on veut du piment ou non… ce qui est bien utile. Deux points remarquables : d'une part les quantités pantagruéliques qui sont servies, en particulier pour les soupes de nouilles : en taille, ce ne sont pas des bols mais des saladiers ; et d'autre part l'usage des baguettes n'est pas une légende : tout se mange avec des baguettes, y compris les soupes. Et si nous avons (tout à fait rarement) vu parfois des cuillères, les fourchettes sont absolument inexistantes, quant aux couteaux…
Les légumes, en revanche se font plutôt rares dans les recettes, ou plutôt, ne sont jamais un plat principal.
Pour ce qui est des fruits… je ne crois pas en avoir vu dans ces échoppes. Du coup, si on veut en manger, il faut aller en boutique ou sur un étal pour en acheter. Quant à peler un fruit, c'est difficile : j'ai à grand peine réussi à trouver une sorte de couteau de table dans une grande surface : l'unique modèle de couteau disponible dans tout le magasin !
Par ailleurs, qui aurait pensé que l'ail cru, en gousses[1] à croquer, pouvait être un condiment de choix … dans le sud ?
Cette surabondance de petits lieux de restauration est corrélée au fait que, dans les appartements chinois en ville il n'y a semble-t-il pas de cuisine au sens où nous l'entendons de sorte qu'il est plus simple de manger "dehors", ou de se faire livrer un repas à domicile (ou n'importe où ailleurs), quelle que soit l'heure.
Une chose qui m'a d'abord frappé, au niveau production agricole, c'est que vu du train, on voit surtout de petites parcelles agricoles, parfois peu accessibles et donc peu mécanisée. De fait, la très grande majorité des terres agricoles en Chine est encore exploitée sous forme de petites parcelles (souvent moins de 1 hectare par foyer), sachant que le foncier appartient toujours à l'Etat ou aux collectivités villageoises (des restes de la période maoïste !), l'agriculteur étant locataire du terrain qui lui est alloué (de même que le promoteur immobilier qui construit des tours de 40 étages). Toutefois, plus en périphérie proche de certaines villes, j'ai pu apercevoir d'immenses surfaces couvertes de serres, de même que des superficies imposantes cultivées d'un seul tenant, gérées par des coopératives extrêmement modernes et fort bien équipées : il faut bien nourrir les villes !
Un dernier mot sur la nourriture : ce que l'on a mangé n'a rien à voir avec ce que l'on trouve dans les "restaurants asiatiques" qui fleurissent dans les périphéries des villes en France, et où se côtoient (voire se cumulent) en une espèce de mic-mac les spécialités de plus ou moins tous les pays, asiatiques ou non. Bref, depuis notre retour j'ai une furieuse nostalgie de ces gargotes, et comme cet automne je dois faire un saut dans une grande ville française, j'ai déjà repéré une ou deux adresses susceptibles de me permettre de retrouver un peu de cette nourriture si différente, généreuse et savoureuse… Ah, on me signale en régie qu'on n'écrit pas des "Mélokos", mais des "mets locaux"…
 

[1] Oui, je sais, parler de "gousses d'ail" est une incongruité sur un plan botanique : les gousses, ce sont les enveloppes contenant les semences d'une plante légumineuse, ça nous parle de haricots, de petits pois et autres fèves. Pour l'ail, le terme adéquat est "caïeu". Mais qui s'intéresse au terme adéquat alors qu'on parle aussi de "tête d'ail" pour en désigner le bulbe ?
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