Le chadouf

Publié le par Albocicade

 

De quand date la première fois où j'ai entendu parler d'un chadouf ?

Peut-être de l'école primaire, ou, au plus tard, du collège.

Dans ma région, où les pentes des modestes montagnes dévalées de ruisseaux et rivières offraient toujours de quoi faire pleurer fontaines et robinets, l'idée même de puits avait quelque chose d'un peu extravagant.

Des puits, j'en avais sans doute vu dessinés dans des albums de "Sylvain et Sylvette", et peut-être en illustration sur quelque livre de classe, et le système d'enroulement sur un axe pour remonter la corde  ne m'était pas inconnu.

Et voila que j'apprenais que dans des pays lointains, on utilisait un système à base de balancier pour puiser de l'eau dans une rivière ou un puits peu profond : le chadouf.

Cet ingénieux système est constitué d'un grand bois basculant sur un axe. D'un côté, une outre ou un grand vase au bout d'une corde pour remonter l'eau, de l'autre une masse (ou simplement la base du bois) faisant contrepoids. Il suffit d'actionner la corde pour faire descendre l'outre vide ou la remonter pleine, le bois "montant et descendant" pour donner l'eau qu'il ne reste plus qu'à verser dans des cruches, ou des canaux pour irriguer

C'était exotique, c'était ensoleillé.

Et bien sûr, comme tant de choses apprises à l'école… cela ne me servait à rien. Du reste, au cours des dizaines d'années qui suivirent, je n'en entendis plus parler.

Jusqu'à très récemment. Travaillant sur une collection de paroles de St Macaire l'Egyptien, je tombais sur celle-ci :

Un frère interrogea abba Macaire, disant : "Apprends-moi le sens du repentir."

Abba Macaire lui dit : "Le repentir ne consiste pas uniquement à faire des métanies, en imitant le bois du chadouf, lui qui donne l'eau en montant et descendant ; mais à être comme un habile orfèvre qui désire faire une chaîne, qu'elle soit d'or ou d'argent, voire de fer ou même de plomb, maille à maille il allonge la chaîne afin de l'achever ; il en est ainsi du repentir : toutes les vertus en dépendent." [1]

Une belle et rigoureuse définition de ce qu'est le repentir... ne lit-on pas, dans l'Evangile "Ce ne sont pas tous ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux; mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux." (Mt 7.21)

 

Notes :

1. "Vertus de St Macaire", § 27. Si le courage ne me lâche pas, vous aurez bientôt un magnifique document sur St Macaire.

 

Publié dans Cigale patristique

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Antoine 13/09/2013 15:45

Esperons de tout coeur que le courage ne vous lache pas pour lire St. Macaire

Albocicade 13/09/2013 18:29

Je m'y emploie, mais il n'est pas toujours évident de moderniser une traduction quelque peu poussiéreuse, d'autant qu'Amélineau a non seulement suivi servilement la structure des phrases coptes, mais qu'en outre il a parfois laissé des mots intraduits !