La Dame d'Hohenbourg

Publié le par Albocicade

Même s'il y a bien longtemps que je ne suis pas retourné en Alsace, je l'aime bien, la Dame d'Hohenbourg. Est-ce parce qu'elle a été aveugle et rejetée par son père, ou parce qu'elle a recouvré la vue au moment de son baptême ? Est-ce parce qu'ayant fondé un monastère dans un lieu splendide et que s'étant avisée que ce monastère était d'un accès difficile pour les malades, perclus et autres miséreux, elle créa aussi un lieu d'accueil au bas de la montagne ?

Est-ce pour la beauté du lieu, la vue sur la plaine d'Alsace, les mosaïques de la chapelle des larmes et la chapelle des anges, ou encore les fresques murales reprenant des illustrations de l'Hortus Deliciarum ?

Sans doute un peu pour tout cela, et bien d'autres choses encore.

Toujours est-il, donc, que Ste Odile fait partie de mon univers.

 

Aussi, lorsque tout dernièrement je suis tombé, dans un petit bulletin sur un extrait de la "Prophétie de Ste Odile" ai-je dressé mes antennes.

D'abord, parce que je n'en avais jamais entendu parler, et que découvrir de nouveaux textes est toujours intéressants.

Ensuite, parce que je n'en avais jamais entendu parler et que le rédacteur du bulletin ne donnant pas de sources, il me fallait contrôler l'origine de ce texte.

 

Heu… comment dire. Il est peut-être abusif de le considérer comme authentique.

Sa première apparition remonte à 1916, en pleine Première Guerre Mondiale. Un texte français, présenté comme une traduction du latin. Immédiatement, des doutes s'élèvent. Un certain abbé Coubé, après avoir trouvé la prophétie de sainte Odile impressionnante, publie une mise en garde la trouvant suspecte, étant dénuée de toute référence.

Il écrit :

On se rappelle que vers le milieu de septembre 1914, M. Peladan fit paraître dans un journal de Paris (Le Figaro) la prophétie de l'Antechrist ou "l'apocalypse de frère Joannès". L'éditeur donnait une vague référence, impossible à contrôler. C'était une simple fumisterie, ou du moins une vieille vaticination sans valeur, mise au point et cuisinée par M. Peladan, pour impressionner les esprits après la bataille de la Marne. Je ne dis pas que la Prophétie de sainte Odile a une origine semblable, mais je dis qu'elle se présente encore plus mal puisqu'elle ne donne même pas la plus vague référence.

Et il termine son article ainsi :

La guerre semble entrée, avec l'offensive de la Somme, dans une phase nettement favorable aux alliés. Le vent est à la victoire. C'est le moment de prophétiser sans risques et avec profit. Prophétisons, mais donnons nos titres, sans quoi, gare aux invectives d'Ezechiel contre les faux prophètes.

 

En vain : la "prophétie" connaît un succès phénoménal. Pensez, Ste Odile, la patronne de l'Alsace prophétisant – plus de mille ans à l'avance – la chute de l'Allemagne ! Les publications imprimées ne suffisent pas : on la copie à la main pour la distribuer…

Fin de la guerre, celui que la propagande française présentait comme l'antichrist, Guillaume II est écrasé, laminé, détruit : la prophétie s'est réalisée.

Elle connaît un regain de popularité avec la seconde guerre mondiale, tout ce qui était appliqué à Guillaume II l'est à Hitler ; et en 1945, Camus la mentionne deux fois dans "La peste".

 

Mais d'où vient-elle ?

En tous cas, malgré des recherches acharnées, je n'en ai pas trouvé trace avant 1916. (Recherches dont les résultats ont été rassemblés dans "La prophétie de sainte Odile. De quand date-t-elle ? que vaut-elle ?" que j'ai placé sur Scribd).

Et franchement, il y a suffisamment d'éléments riches autour du nom de sainte Odile (si l'on veut absolument recevoir d'elle un témoignage de la foi chrétienne) pour ne pas aller chercher parmi des prophéties pour le moins douteuses (car il ne suffirait pas qu'elle soient antérieures à 1914 pour qu'elles soient authentiques !!!) de quoi nourrir foi et espoir : "la vérité vous rendra libre"…

 

Un dernier petit mot : je profite de l'occasion pour signaler l'hymne acathiste à Ste Odile composé par le Pravoslave irénique.

 

 

 

Publié dans Vie quotidienne

Commenter cet article