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Cigale en colère

Vendredi 21 septembre 2012 5 21 /09 /Sep /2012 14:06

http://sphotos-c.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-snc7/c0.0.403.403/p403x403/396377_4599257059908_1605808377_n.jpg

Cette photo, vue sur facebook, m'a interpellé.

Et le commentaire qui était avec : cette pakistanaise a reçu en plein visage de l'acide sulfurique alors qu'elle avait 16 ans, parce qu'elle était chrétienne.

Ce "parce que" ne m'a pas laissé en paix.

Lorsque j'agis, est-ce "à cause de ce que l'autre est", ou "à cause de ce que je suis" ?

Face à une situations donnée (par exemple une agression dans le métro), les personnes présentes ne vont-elles pas réagir différemment les unes des autres ? Tandis que l'un essaiera de pacifier la situation par une médiation verbale, un autre tentera de s'interposer physiquement entre l'agresseur et sa victime, à moins qu'un troisième ne s'en prenne directement à l'agresseur, tandis que d'autres, le nez dans leur journal, feront mine de ne s'apercevoir de rien.

 En fait, ce n'est pas la situation qui détermine ce que je fais, mais bien elle qui "révèle" ce que je suis.

 

Aussi, cette jeune fille n'a pas été agressée "parce qu'elle était chrétienne", mais parce que son agresseur était…

Etait quoi, d'ailleurs ?

Musulman ? Oui, bien sûr. Mais se limiter à cela serait un peu facile.

Lorsque j'étais en région parisienne, j'ai connu certaines familles de musulmans, et je sais que s'ils avaient appris une chose pareille, ils en auraient été scandalisés, ils en auraient pleuré.

Alors quoi ?

Notons tout d'abord qu'une personnalité se construit peu à peu, fruit d'influences diverses (dans lesquelles l'éducation, mais aussi le modèle sociétal dominant ont une part prépondérante) et de choix plus ou moins assumés.

Et chez l'agresseur de cette jeune fille se mêlaient sans aucun doute la conviction que la femme est l'inférieure de l'homme, que les chrétiens sont les inférieurs des musulmans, que la conviction d'avoir raison donne tous les droits, y compris d'avoir recours à la violence…

Aussi, quand il a vu cette jeune fille de 16 ans, qui travaillait dans une petite société de téléphones publics porter une croix, son sang de pakistanais (nation créée en 1947 "par des musulmans pour des musulmans") ne fit qu'un tour. Qu'en outre elle ose répondre, pourtant avec prudence, aux propos méprisants qu'il lui a jeté fut plus qu'il n'en pouvait tolérer. Il est ressorti furieux du "bureau de poste" pour revenir un peu plus tard, accompagné d'un ami et muni d'une bouteille d'acide sulfurique qu'il lui a jeté au visage, avant de la contraindre à en avaler.

Et lorsque la police est arrivée, les agresseurs ont expliqué qu'elle avait blasphémé. Alors, ils ont pu repartir libres.

Si elle a pu s'en sortir, c'est qu'elle a fui son pays, c'est que des chrétiens américains l'ont accueilli, que des soins lui ont été prodigués durant des années…

 

Alors, que plus jamais on ne dise que c'est "parce qu'elle était chrétienne" qu'elle a été attaquée.

Non, c'est parce que son agresseur était haineusement anti-chrétien, et quasiment assuré de l'impunité qu'il a agi ainsi.

 

Pour les anglophones, cet article qui résume l'histoire de Aftab.

 

 

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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 15:42

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/bd/Harki-ag.jpg

 

J'étais bien minot, lorsqu'un jour nous sommes allés en visite chez des gens que je ne connaissais pas. Ils habitaient très modestement, à l'extérieur d'un village, à une vingtaine de kilomètres de chez nous.

Le souvenir en est flou, imprécis. A la réflexion, peut-être était-ce bien dans une de ces maisons forestières isolées…

Sans doute ai-je demandé "C'est qui ?", puisqu'il me fut répondu "Ce sont des Harkis". Et probablement m'expliqua-t-on qu'ils avaient du quitter leur pays pour venir ici.

Mais pour moi qui ignorais tout des "événements" qui avaient  bouleversé l'Algérie une dizaine d'années auparavant, c'était juste des gens gentils… et pauvres.

 

Plus tard, j'appris "la guerre d'Algérie" ; fort peu à l'école, d'ailleurs. J'entendis parler des Pieds-noirs, des FLN, du putsch des Généraux…mais jamais des Harkis… ou si peu.

 

Puis un jour, papotant avec un voisin, il me raconta les "supplétifs" : ces "indigènes" que l'armée française avait recruté en "CDD" pour qu'ils se battent "aux côtés de la France", mais sans les incorporer, avant de les abandonner au moment de la débâcle.

Lui, il avait "fait l'Indochine" et m'expliqua comment, après la défaite de Dien Bien Phu l'ordre fut donné de ne ramener en Métropole que les militaires du contingent… laissant ces "supplétifs" à la merci de toutes les vengeances. Il me raconta quelques souvenirs… Cauchemardesque.

Et il ajouta : "C'est pour cela que, à la fin de la guerre d'Algérie, lorsque l'ordre fut donné de désarmer les Harkis et de les renvoyer dans leurs foyers, certains officiers désobéirent et en firent passer en France. Ils ne voulaient pas participer à une autre trahison."

 

C'était donc à un certain sens de l'honneur, à des actes téméraires  - et non à une volonté de l'Etat français de protéger ceux qui lui avaient fait confiance - que je devais d'avoir rencontré ces Harkis, pauvrement installés au pied du Col de Cabre.

 

Pourquoi parler de cela maintenant ?

Parce que ce n'est pas que de l'histoire ancienne, parce que je viens de lire qu'un ancien d'Indochine, colonel de Marine en retraite, s'est tué d'une balle dans la tête devant le monument aux morts indochinois à Dinan. Pour protester contre le génocide des H'mongs…

Parce que le silence de l'oubli est aussi une injustice.

Parce que j'ai beau ne rien comprendre à l'armée, à la guerre, à la diplomatie et à ces sortes de choses, honneur et trahison n'ont pas le même sens.

Parce que… je ne sais pas ; peut-être parce qu'il le faut,  de temps à autres.

 

Et pour info :

 

Pour les supplétifs de la Guerre d'Algérie, un site consacré aux Harkis, et un article de la Wiki.

 

Pour ceux de la guerre d'Indochine, un article sur le départ des troupes françaises d'Indochine, et un petit site sur les Rapatriés d'Indochine.

 

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Mercredi 21 mars 2012 3 21 /03 /Mars /2012 14:03

http://31.img.v4.skyrock.net/31e/anubrak972/pics/1703155976_small.jpg

 

Depuis une semaine, les infos regorgent de morts violentes.

Pour les proches, les familles, c'est un drame brutal, frontal.

Pour moi, qui en entend parler à la radio, ce sont des "faits divers".

 

Les gamines qui se sont fait faucher sur l'autoroute… C'est certes un accident dramatique, mais s'il faut chercher une explication, elle tombe sous le sens : il est formellement interdit de se promener sur la bande d'arrêt d'urgence, a fortiori de traverser. C'est dangereux.

 

Des militaires se font assassiner… ont-ils fait du tort à quelqu'un ? S'agit-il d'un règlement de compte ? A priori, il doit y avoir une explication, il n'est pas pensable - a priori, toujours - que ce soit des meurtres "gratuits".

 

Un type coiffé d'un casque de motard, après avoir tiré sur un homme, abat à bout portant, comme dans une mauvaise série policière, des enfants : 3, 6, 8 ans.

Que peut-on reprocher à des enfants ? Quelle justification invoquer pour justifier l'assassinat de gamins ? RIEN !

Rien, jamais, en aucune façon !

Qu'ont-ils donc fait, ces pauvres mômes ? De quoi sont-ils coupables ?

On me glisse à l'oreille "ils sont juifs…" Et alors, je n'en ai rien à faire, qu'ils soient juifs !

Cela justifierait-il le meurtre d'enfants à condition qu'ils soient du côté des "méchants" (mais attention, n'importe qui est le méchant de quelqu'un d'autre).

Alors que j'écris, le supposé tireur est assiégé par la police française.

Il aurait expliqué " c'est pour venger les enfants de Palestine".

Mais qui peut supposer que ce soit une justification valable ?

"Il est temps que ces criminels arrêtent de revendiquer leurs actes terroristes au nom de la Palestine et de prétendre défendre la cause de ses enfants", dénonce Salam Fayyad. Oui, le Premier Ministre de l'Autorité Palestinienne…

 

Non : jamais, d'aucune manière et en aucune façon on ne peut justifier le meurtre d'enfants.

 

Ou, pour le dire avec les mots de la jeune cigale, lorsqu'elle a su l'age des enfants :

"Mais il est taré, ce mec !"

 

NB: j'écris "je n'en ai rien à faire, qu'ils soient juifs". Effectivement, qu'ils soient juifs, musulmans, boudhistes, chrétiens, athées ne change rien au fait que ce sont des enfants. Ceci dit, je comprends complètement l'émotion insupportable qui a saisi les milieux juifs : on se sent toujours plus concernés par ses proches. Je le serais tout autant si un dégénéré venait assassiner des enfants à la sortie d'une église orthodoxe en France…

 

Un dernier mot : je suis désolé d'avoir pris cette image comme illustration... ce n'est pas très sympa pour les singes.

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Samedi 8 octobre 2011 6 08 /10 /Oct /2011 14:21

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/49/Chauveau_-_Fables_de_La_Fontaine_-_01-10.png/400px-Chauveau_-_Fables_de_La_Fontaine_-_01-10.png

Un agneau se désaltérait dans le courant d'une onde pure, un loup survint à jeun, qui cherchait aventure…

Tout le monde connaît la fable "le loup et l'agneau".

Et en particulier, cet échange terrible :

- Je sais que de moi tu médis, l'an passé

- Comment l'aurais-je fait, si je n'étais pas né ?

- Si ce n'est toi, c'est donc ton frère

- Je n'en ais point…

- C'est donc quelqu'un des tiens ! … Il faut que je me venge.

 

Pourquoi la situation du pasteur Youcef Nadarkhani me fait-elle furieusement penser à cette Fable de La Fontaine ?

Probablement parce qu'en elle aussi, la mauvaise foi la plus absolue se joint à l'injustice la plus flagrante.

Mais peut-être faut-il présenter ce pasteur Youcef ?

http://presenttruthmn.com/wp-content/uploads/2010/10/yusuf.jpg

Iranien chrétien, il a été arrêté en 2009 et condamné à mort par pendaison pour apostasie : il aurait abandonné la religion musulmane pour devenir chrétien.

En appel, son avocat parvient à démontrer que, quoique de famille musulmane, le jeune Youcef n'ayant jamais personnellement professé l'islam, son client ne peut en aucun cas être accusé d'apostasie, et qu'à ce titre la condamnation à mort ne peut pas être maintenue.

Ce à quoi l'accusation rétorque, que certes, Youcef Nadarkhani n'a jamais été musulman, mais qu'étant d'une famille musulmane, il aurait nécessairement du l'être. Or, puisqu'il ne l'est pas, c'est qu'il y a forcément, d'une manière ou d'une autre, apostasie. Et pour cela, il n'y a qu'un seul châtiment : la mort.

Aux dernières nouvelles, tous les recours sont épuisés : le loup semble bien décidé à le croquer.

Quant aux médias, ils se font tout de même très discrets à son propos. Peut-être ne faut-il pas offenser l'Iran ?

Il  y a toutefois cet article du Point et aussi, sur un blog protestant (avec une superbe photo en tête de page !) un "dossier judiciaire" (en fait un récapitulatif) comprenant entre autres une traduction du jugement de 2010…

 

Que dire de plus ?

Je ne sais pas…

Tout de même, que dirait l'opinion internationale si, dans je ne sais quel pays, on se mettait à condamner à mort une personne au prétexte qu'elle est devenue musulmane ? En quoi le fait de devenir chrétien est-il plus légitimement passible de la peine de mort (ou de toute autre peine, d'ailleurs, comme enchaîner l'affreux apostat dans des conditions dignes des centres de rééducations maoïstes...?)

 

Heureusement que dans le Coran il est inscrit "Qu'il n'y ait pas de contrainte en matière de religion, la vérité se distingue par elle-même de l'erreur."   Sourate 2, 256

 

Qu'est-ce que ce serait si la "contrainte" était permise !


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Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 14:09

http://3dvasion.fr/wp-content/uploads/2010/05/arlequin-AC3.jpg

De tous temps, cette question a taraudé les esprits. Dès qu'une grossesse s'annonçait, il fallait deviner, estimer. Naître garçon ou fille, c'est pour la vie, et un prénom ça se choisit.

Tous les moyens étaient bons, et il ne manquait pas de dictons qui prétendaient apporter la réponse convoitée.

Selon ce que la femme enceinte avait envie de manger, par exemple : "bec salé, garçon ; bec sucré, fille" ou selon la répartition de la prise de poids de la dame en question : "gros bidon, garçon ; grosses fesses, gonzesse" (bon, j'arrête là).

Un médecin avait même trouvé un moyen infaillible de prédire le sexe du bébé en devenir : après auscultation, il annonçait à la future maman qu'elle attendait un garçon (ou une fille, selon l'humeur du moment) puis poursuivait "D'ailleurs, je le note dans mon carnet, à la date de ce jour." Puis il avait soin de noter exactement le contraire de ce qu'il avait annoncé. Avant de la laisser repartir, il lui recommandait toutefois une certaine discrétion : elle savait, mais n'avait pas besoin de la clamer sur les toits. Si la prédiction se réalisait, nul ne venait contester ; si par contre la parturiente déçue venait se plaindre d'un pronostic erroné, il prenait un air mi-soucieux mi-étonné, recherchait dans son agenda la date de la visite de la dame et lui montrait ce qu'il avait effectivement écrit en ajoutant d'un air peiné "Vous aurez mal compris, sans doute…"

 

Depuis l'invention de l'échographie, la question n'est plus "fille ou garçon", mais "tu veux savoir ou pas ?". Mais même ceci est en passe d'être obsolète.

 

Pour tout dire, c'était la préhistoire.

 

En effet, à quoi bon se poser ces questions puisqu'il est maintenant possible de changer de sexe au cours de sa vie ?

Changer de sexe, de "genre", d'identité non pas pour des causes physiques, génétiques, mais pour des raisons subjectives, un ressenti psychologique. Une personne ne se sent pas bien "dans sa peau", dans son "identité sexuelle", qu'à cela ne tienne ! A coup d'hormones, de bistouri pour ôter et greffer, d'un homme on fera une "femme", ou le contraire.

Et si la personne change d'avis ? Ben, tout est possible, non ?

Bref si l'évolution de la technique permet de transformer la vie en une sorte de bal masqué, pourquoi s'en priver ?

 

Certains diront que j'exagère, que je caricature… C'est vrai, mais peut-être pas tant que ça.

Disons que, quand je vois qu'un "homme" est "enceinte" ("homme" qui auparavant était une femme), je m'interroge. D'autant que ce n'est pas le premier… et probablement pas le dernier.

 

Sérieusement, c'est ça être de son temps ?

 

Précisions.

Je ne parle ici ni des techniques génétiques susceptibles d'être mises en œuvre pour "décider" du sexe des enfants à naître et qui empruntent plus à la philosophie de Mengele qu'à celle de Mendel, ni des cas réels d'hermaphrodismes qui existent et nécessitent  une prise en compte appropriée.

 

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Lundi 15 août 2011 1 15 /08 /Août /2011 14:17

http://a31.idata.over-blog.com/2/84/82/79/en_panne.gif

Nous nous étions donné rendez-vous sur une aire d'autoroute, pas très loin de chez moi : venant du nord, allant dans le sud, il y passaient nécessairement, et c'était l'occasion de se voir, même brièvement.

C'est pratique, une aire d'autoroute, il  y a toutes les commodités nécessaire pour une attente confortable.

D'un autre côté, l'autoroute a aussi ses inconvénients, en particulier les bouchons.

De sorte que l'attente se prolongea près de 3 heures durant lesquelles (justement pour avoir l'heure) je laissais le contact allumé.

Il faut croire que ma batterie était bien faible puisque, lorsqu'ils furent repartis, je me trouvais dans l'incapacité de faire de même.

Après avoir – sans succès – demandé à quelques chauffeurs s'ils en avaient, je me résolus à acheter, au prix fort, des câbles de batterie. (C'est pratique, les aires d'autoroutes, mais c'est cher…)

Puis, je sollicitai la première voiture qui passait afin que son chauffeur me céda un peu d'électricité, ce qu'il accepta avec beaucoup d'urbanité.

Las ! Après plusieurs tentatives, un constat implacable s'impose : pour une raison qui m'échappe, ça ne marche pas.

Mon secours improvisé me propose alors, profitant de la "pente" (à peine 1 %, à mon avis), de pousser la voiture, ce que j'accepte – en inversant les rôles : qu'il se place au volant tandis que je pousse me semble la moindre des corrections.

Mais, à pousser seul un véhicule sur du plat, le résultat est moyen ; et au premier essai, c'est à peine si le moteur hoqueta.

Avisant alors un groupe de personne à quelques pas de moi, en train de faire debout une pause pique-nique sous les pins, j'en appelle aux costauds du groupe pour un coup de main.

Leur réaction me stupéfia : ils se regardèrent comme si j'avais dit quelque chose d'incongru puis, s'étant concerté, ils désignèrent leurs sandwichs pour signifier – sous les regards bienveillants de leurs épouses – qu'il y a des priorités auxquelles rien ne doit céder.

 

Est-ce la colère que je ressentis alors contre eux, le mépris que leur attitude suscita en moi, ou un coup de main de mon ange gardien ? Toujours est-il qu'à la tentative suivante, le moteur faisant un louable effort démarra.

Couvrant mon Aide de mille mercis, je repris sa place au volant et, ayant bien soin de ne pas caler, me mis en route.

 

Toutefois, je restai bouleversé par la réaction des trois gars.

Que, face à une situation soudaine, on reste comme pétrifié, frappé de stupeur et – par conséquent – incapable dans un premier temps de porter secours à qui en aurait besoin, je peux le comprendre.

Que, vêtu en dimanche, on rechigne à plonger les mains dans le cambouis – surtout si l'on n'est pas un as de la mécanique – pour tenter un dépannage complexe en faveur d'un clampin quelconque, je l'admet.

Qu'enfin on y regarde à deux fois avant de risquer sa vie pour porter aide et assistance à quelque personne en péril, qui pourrait le blâmer ?

Mais cette indifférence délibérément mise en œuvre, cette détermination à refuser d'aider – et ce dans une situation si banale, si anodine – me fait froid dans le dos.

Pour moi qui vis dans un coin où les gens sont globalement gentils et raisonnablement serviables, une telle attitude est totalement inimaginable, inconcevable.

Toutefois, mis face à cette réalité, cela me rappelle que si les situations les plus injustes, les plus dramatiques (que ce soit à un niveau politique, économique, mais aussi familial, domestique…) ont des responsables directs, elles ne peuvent perdurer qu'avec la lâche complicité, la frileuse passivité, l'assentiment implicite des indifférents.

 

Et je me demande jusqu'à quel points des gars comme ça ne sont pas déjà prêts pour servir de base passive, inconsciente, à un prochain régime fasciste…

 

Au fond, c'est aussi toute la question "Qui est mon prochain…"


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Samedi 18 juin 2011 6 18 /06 /Juin /2011 14:29

http://www.drzz.fr/wp-content/uploads/2011/06/Blaspheme-Asia-Bibi.jpg

 

A l'automne dernier, j'avais évoqué la situation de cette pakistanaise, chrétienne, condamnée à mort pour avoir "blasphémé".

Je m'étais même brièvement expliqué sur cette question dans les commentaires.

Depuis, Asia Bibi est toujours en prison, toujours condamnée à mort, mais un soutien timide commence à se dessiner. Un livre vient même de sortir en France.

Mais, outre l'intolérable violence qui pèse sur cette femme et sa famille, un point me tracasse : un musulman est quelqu'un qui croit que Muhammad est le prophète de Dieu, un non-musulman est quelqu'un qui ne partage pas cette conviction.

Or, si considérer que le fondateur de l'Islam n'est pas un prophète, et le dire, constitue un blasphème  au regard du droit pakistanais, alors tout non-musulman (quelles que soient par ailleurs ses convictions) est susceptible d'être condamné à mort.

Je conçois que l'on puisse être sincèrement musulman, mais cela ne s'impose pas. Or c'est pourtant le "marché" qui a été "proposé à Asia Bibi : soit elle renie le Christ pour devenir musulmane, soit elle est condamnée à mort…

 Et pour faire bonne mesure, si par extraordinaire elle était graciée par la justice pakistanaise, elle se ferait assassiner par quelque fanatique… et son juge aussi, comme l'ont déjà été le Gouverneur Salman Taseer ainsi que le ministre Shahbaz Bhatti qui ont l'un et l'autre apporté leur soutien à cette femme (voir un peu le déroulé sur wikipedia).

 

Je crois que je vais relire les "Pensées" de Pascal…

 

PS : En écrivant ceci, je repensais à des amis musulmans que je voyais lorsque j'étais en région parisienne. Comment les imaginer dans cette situation ? Comment écrire sans faire porter sur eux la colère qui me prend ? Comment ne pas les peiner par des amalgames injustes ?

Peut-être en me souvenant que le christianisme non plus n'a pas toujours été un modèle de paix et d'humilité ; que l'inquisition, en Espagne, fonctionnait sur le même système que le Pakistan aujourd'hui...

Cela n'excuse rien, n'autorise rien, mais c'est avant tout le fanatisme, le coeur mauvais  qui est en cause.

"Viendront des jours où, en vous persécutant, ils croiront rendre un culte à Dieu..." Cf Jn 16.2


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Lundi 11 avril 2011 1 11 /04 /Avr /2011 14:24

http://tanakamusic.com/wp-content/uploads/2009/03/no_picture.gif

Je suis troublé.

C'est une photographie. Un crucifix… le Christ en croix.

Dans un environnement jaunâtre… de l'urine.

Un crucifix dans un bocal d'urine.

C'est une photographie dans une exposition, en France, financée en partie par des fonds publics.

Passés les premiers instants de stupeur (il y a des moments où je me dis que "l'art" est un des derniers refuges pour la stupidité volontaire) et même de colère (du genre "Mais ils sont pas bien, dans leurs têtes !!!"), je reste troublé.

Plus encore en tant que citoyen qu'en tant que chrétien.

 

Comme chrétien, disciple ô combien défectueux du Sauveur, je pense aux injures, aux crachats, aux violences que Jésus a eu à subir. A sa crucifixion, justement. Et à sa parole : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font !"

Cette photo, avec tout ce qu'elle peut évoquer de mépris, de haine, de stupidité n'est qu'une injure de plus, une violence de plus.

Si les premières ne l'ont pas empêché de ressusciter, ces dernières ne l'empêchent pas d'être le Sauveur dont chaque humain a besoin. Et dans ce contexte, je pense aux pécheurs : non seulement à moi, mais aussi à "l'artiste", et à ceux qui ricanent plutôt que de pleurer devant une telle abjection.

Mais ceci relève, comme on dit, de la "sphère privée".

 

Ce qui m'indigne relève de la sphère publique. Non pas que j'ai la moindre nostalgie d'une église puissante et dominatrice : l'idée même m'en est absolument étrangère.

 

Mais imagine-t-on une photo équivalente  avec dans le bocal, par exemple, une ménorah, ou un symbole bouddhiste, ou encore une simple plaque sur laquelle serait inscrit "le saint Coran" ?

Ou, pour ne pas se cantonner dans le domaine religieux,  qu'y soit immergé un symbole de la République, le logo de la région en PACA, ou encore celui d'une équipe de foot…

Comment se fait-il que ce qui serait impensable, car susceptible d'offenser et de blesser les consciences, dans tout autre cas ne pose aucun problème lorsqu'il s'agit des chrétiens ?

 

L'article premier de la déclaration universelle des droits de l'homme (rédigée originellement en français, rappelons-le) aurait-il été modifié ?

Y lirait-on maintenant "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, sauf les chrétiens".

A moins qu'il n'y ait dans notre arsenal juridique un dispositif stipulant que "Ne sont à respecter que les groupes susceptibles de déclencher des émeutes…" ?

 

Est-ce donc à cela qu'est destiné l'argent public ?

 

S'il n'est pas dans les coutumes des chrétiens de répondre par la violence aux vexations, il ne nous est pourtant pas défendu de protester, comme le firent en leur temps Justin et Athénagore.

 

Aussi, à toutes fins utiles, j'indique ici les coordonnées de personnes et groupes impliqués dans cette exposition (que je reprends du blog Metanoïa).

Pour limiter les risques de débordement sous le coup de l'émotion, je n'indique que les contacts mail :

 

Mme la Députée-maire d'Avignon : 

marie-josee.roig@mairie-avignon.com


M. le Président du conseil régional PACA :

mvauzelle@regionpaca.fr
 

M. le Directeur de l'Hôtel de Caumont qui héberge l'exposition : 

e.mezil@collectionlambert.com

 

Ministère de la culture :

service-presse@culture.gouv.fr

 

Club des actionnaires de LVMH, partenaire privé de l'exposition :

lvmh@clubactionnaires.com

 

M. Lambert, galleriste et propriétaire de "l'œuvre d'art" :

yvon@yvon-lambert.com

 

Et merci à CLG pour avoir transmis l'info.


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Mercredi 2 février 2011 3 02 /02 /Fév /2011 14:21

http://beingbob.files.wordpress.com/2009/09/creation-of-eve-moreale.jpg

Alors que tombait la neige, un soir, j'arpentais via le net quelques bibliothèques virtuelles.       

Dans l'une d'elles, rigoureusement protestante (et que je soupçonne fortement d'être suisse), je tombe sur ces mots de vive critique:

 PROJET HARMOS
L'enseignement d'une sexualité "débridée"... dès la maternelle (4 ans)!

puis, ce rappel tiré de l'Ancien Testament :

Instruis l'enfant selon la voie qu'il doit suivre ;

Et quand il sera vieux, il ne s'en détournera pas.

Proverbes 22: 6

 

Etant un peu habitué aux "hoax", fausses informations et autre canulars de plus ou moins mauvais goût, je faillis passer outre, mais, comme il y avait un lien, je l'ai suivi. Il m'a mené à un article paru dans le journal "Impulsions", édité par l'UDF Suisse romande (un parti politique suisse "très protestant") d'après lequel le "projet d'harmonisation scolaire Harmos" prévoirait que dès l'age de 4 ans, les enfants seront initiés aux divers comportement sexuels, qui ne doivent pas être réduits à un stéréotype "un homme avec une femme" mais inclure des formes diverses : l'homo, l'hétéro, la bi, voire la transexualité".

Puis, l'auteur de l'article poursuit. A 5 ans, jeux de rôles papa-maman ; deux papas ou mamans, la relation sexuelle, jeu du docteur… et j'en passe.

Je ne parviens pas à croire que ce ne soit pas une confusion, un malentendu, voire une malveillance de la part d'extrémistes de type "protestants intégristes" (Pourquoi pas ? L'intégrisme s'accommode de toutes sortes de pensées). Pourtant, dans la mesure où il cite ses références (le document "Grundlagenpapier Sexualpädagogik und Schule" de 2008) je commence à être troublé, et me mets en recherche.

 

Après une première vérification sur wikipédia (oui, le "HarmoS" existe bien : ce terme désigne un concordat sur l’harmonisation de la scolarité obligatoire entre les différents cantons suisses), je déniche le précieux document, vous savez, le "Grundlagenpapier Sexualpädagogik und Schule" : même s'il n'est disponible qu'en allemand, les citations du journal sont (à mon profond désarroi) rigoureusement exactes.

 

Alors, bien sûr, tout ceci part d'une bonne intention : lutter contre cette forme de haine imbécile (mais existe-t-il une haine intelligente ???) qui se transforme en discriminations diverses, en vexations multiples voire en "chasse au pédé".

Oui, absolument, contre cette haine il faut faire quelque chose. Mais est-ce une raison pour faire n'importe quoi ?

Quand je pense qu'hier encore, je recevais un mail d'un ami helvète me vantant (sur un tout autre sujet) les mérites de son pays…
Ce n'est certainement pas à ces pédagogues que je confierai l'éducation des cigales…

Et s'il y a un intégrisme idéologique, il n'est finalement pas forcément là où je l'avais soupçonné en premier lieu.

 

Bon, pour terminer sur une note moins triste, parlons de tout autre chose.

De barbe et de Belgique, par exemple.

Juste pour saluer l'initiative du comédien Benoît Poelvoorde qui a appelé ses compatriotes à ne plus se raser tant qu'il n'y aura pas de gouvernement en Belgique.

Et je ne peux m'empêcher de regarder la Belgique avec une sorte d'admiration : malgré une crise politique qui dure depuis 2007, et une absence de gouvernement depuis plus de 7 mois, la Belgique n'est pas à feu et à sang, aucun putsch n'a eu lieu.

Comme quoi il est parfois préférable de se conduire en barbu, plutôt qu'en barbare.


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Mercredi 3 novembre 2010 3 03 /11 /Nov /2010 14:28

La voix, tout là-haut, appelle à la prière.

En bas, ils l'entendent. Et même, ils l'entendent avec une sorte d'indifférence : c'est pour leurs voisins, leurs amis, mais eux ne sont pas concernés. Ils ont toujours vécu ici, de même que leurs parents, et les parents de leurs parents. Ici, c'est à Bagdad, et l'appel du muezzin ne les concerne pas : ils sont chrétiens, catholiques.

Alors, ils ont l'habitude.

Enfin… ils avaient l'habitude.

Parce que maintenant, lorsqu'ils entendent l'appel du muezzin, leur sang se glace : ce sont les mots des assassins, les mots qui ont été hurlés dans la cathédrale.

C'était dimanche. Et benoîtement, ils s'étaient rendus à l'église.

Et c'est là que, durant la messe, ils les ont vu entrer.

Pas des paroissiens, non, vraiment pas : des assassins vociférant, l'arme au poing, la haine au cœur, clamant qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et que son prophète s'appelle Mahomet.

Et au nom de ce "dieu" clément et miséricordieux, ils ont abattu les prêtres, tiré sur les fidèles…


Lorsque je suis allé au travail, le lendemain, certains de mes interlocuteurs m'ont trouvé mauvaise mine.

J'ai simplement répondu : "je suis en deuil".

Bien sûr, dans cette église, là-bas, à Bagdad, ils sont catholiques et moi non, mais quelle importance ? Ceux qui sont venus armés jusqu'au dents savaient qu'ils ne trouveraient que des chrétiens…

Et moi, mon cœur saigne.

 

 

Complément nécessaire.

Je ne voudrais pas paraître faire des amalgames douteux, des raccourcis injustes.

Je sais bien que de très nombreux musulmans ont été choqués, horrifiés par cette barbarie.

Je n'ignore pas non plus la condamnation officielle et probablement sincère du "sacrilège" que représente ce massacre,  "en totale contradiction avec les principes élémentaires" de l'islam selon le CFCM. Le propos est ferme, les termes choisis.

Mais je ne peux me défaire d'un violent et profond malaise : lors de l'affaire des "caricatures de Mahomet", ou après le discours de Benoît XVI à Ratisbonne, des dizaines de milliers de musulmans se sentant offensés sont spontanément descendus dans les rues clamer leur indignation.

Où sont-ils donc, aujourd'hui ? Ne se trouve-t-il personne en Indonésie, en Afrique du Nord, en Arabie Saoudite pour descendre dans la rue dénoncer ce "sacrilège contre le message divin" ?

D'autre part, si ces meurtriers sont "en totale contradiction avec les principes élémentaires" de l'islam, comment n'y a-t-il pas des centaines de muftis, les plus respectés d'entre-eux, pour déclarer dans une fatwa que ceux qui ont pris part à ces meurtres ne sont pas des musulmans, mais des renégats de l'islam ?

 


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