Cigale patristique

Mercredi 7 mars 2007

"Seigneur, notre Seigneur,

qu'il est admirable ton nom sur toute la terre!"


Le Christ, qui est la Vigne divine, la Vigne d'avant tous les siècles a germé du Tombeau et a fructifié en nouveaux baptisés, comme en autant de grappes, en cette église : que les réalités visibles éclairent pour nous le chant du pressoir.  La vigne a été vendangée et, comme un pressoir, l'église a regorgé de grappes.

Fouleurs au pressoir, vendangeurs à la cueillette, cigales juchées sur les arbres, nous ont - par leurs chants - montré aujourd'hui encore, rayonnant de grâce, le Paradis de l'Eglise.

Qui sont les fouleurs ? Les prophètes et les apôtres qui entonnent pour nous la chanson du pressoir qui a pour titre "Pour la fin, en l'honneur des pressoirs".

Qui sont les cigales ? Les nouveaux baptisés qui, trempés de rosée au sortir de la piscine, se reposent sur la croix comme sur un arbre, se réchauffant au Soleil de la justice, baignés de la lumière de l'Esprit, en stridulant les mots de l'Esprit :

"Seigneur, notre Seigneur,

qu'il est admirable ton nom sur toute la terre !"

Elles sont belles avec leurs ailes blanches, les cigales éloquentes, autour de la piscine : oui, leurs ailes sont blanches, car elles sont douées de parole.  Les cigales se nourrissent de rosée, les nouveaux baptisés sont fortifiés par la Parole ; ce que la rosée est pour les premières, la Parole céleste l'est pour eux, les seconds.

Astérios le Sophiste (IVe siècle)
1° homélie sur le Psaume 8 (extrait)


Astérios, dit "le Sophiste", a prononcé cette homélie - probablement à Antioche - alors que des baptêmes viennent d'être célébrés.

Il prend prétexte du titre (grec) du Psaume 8 ("Pour la fin, sur les pressoirs"), pour décrire des vendanges dans la campagne antiochienne.
La "vigne germant du tombeau, c'est le Christ qui est ressuscité d'entre les morts, tandis que c'est sous le terme de "piscine".

Désigner la Croix comme un arbre est une image fréquente dans l'antiquité chrétienne : cet "arbre de la Croix" étant en quelque sorte la réponse divine à la transgression d'Adam et Eve par l'arbre "de la connaissance du bien et du mal" (Genèse 2.15-3.24)


L'image de Dieu, Soleil de Justice provient de l'Ancien Testament,  Livre de  Malachie 4.20

La cigale est en fait de couleur foncée, tirant sur le noir, mais les nouveaux baptisés, durant la semaine qui suit Pâques, sont encore vêtus de blanc (in albis), et ce sont des cigales "raisonnables", "intelligentes" (λογικοι : logikoï), c'est-à-dire douées de parole (conformément à la définition aristotélicienne de l'homme),- terme que nous avons essayé de rendre, tant bien que mal, par "éloquentes" (il faudrait dire: "chantantes").

Par ailleurs, les cigales se nourrissent de sève, sans cependant provoquer de dégats. Si Astérios l'avait su, il aurait pu  nous gratifier d'une image supplémentaire sur les cigales tirant leur subsistance directement de l'Arbre de la Croix ! Sur les connaissances en physiologie et les moeurs des cigales dans l'Antiquité, voir Aristote, Platon, Elien

La base de la traduction et des notes est due au P. Joseph Paramelle, SJ

Par Albocicade
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Jeudi 29 mars 2007
Y a-t-il parité de satisfaction entre l'homme irascible et furieux et l'homme doux et patient ? L'esprit de ce dernier possède le calme d'une paisible solitude et l'âme du premier ressemble à ces places publiques où se presse une foule importune et où les gens qui conduisent des chameaux, des mulets et des ânes, crient à tue-tête pour avertir les passants de se garer. Oui, je comparerai le méchant à ces villes où l'on n'entend que le bruit de l'enclume et du marteau et où l'encombrement est si grand qu'à chaque pas on risque de heurter les autres ou d'en être soi-même heurté. Mais le juste est semblable à une montagne dont le sommet jouit de la douce haleine des zéphyrs et s'illumine des rayons d'une pure lumière. Des sources jaillissantes abreuvent mille fleurs qui en font un délicieux jardin ; l'on dirait une prairie que le printemps a émaillée de plantes et de fleurs et qu'il arrose de limpides ruisseaux. Ajoutez au plaisir des yeux celui de l'oreille que charment de suaves mélodies. Car, ou les oiseaux chantent sur les cimes élevées des grands arbres, ou la cigale, le rossignol et l'hirondelle harmonisent leurs voix et leurs concerts. D'autres fois c'est le zéphyr qui se joue dans les hautes branches des arbres et qui, agitant les pins et les mélèzes, imite les chants mélodieux du cygne; ou ce sont les lis et les roses de la vallée qui s'inclinent comme dans un fraternel embrassement et présentent l'image d'une mer calme et tranquille. Les fleurs nous offrent d'autres emblèmes non moins gracieux. Ainsi la rose symbolise l'arc-en-ciel, la violette la mer azurée, et le lis le ciel.. Mais cet admirable spectacle de la nature qui réjouit l'oeil, récrée également le corps. On y respire en effet un tel bien-être qu'on se croit plutôt dans les cieux que sur la terre.
4. Dirai-je encore que le murmure des eaux qui se précipitent en cascade et frémissent sur un lit de cailloux, détend nos membres fatigués et provoque un doux sommeil? Cette description vous charme et vous ferait aimer la solitude ; mais combien plus délicieux est l'état d'une âme humble et patiente. Et ne croyez pas que ma parole se soit égayée dans cette description pour le seul plaisir de peindre la nature et d'en tracer un riant tableau ; non, non. J'ai voulu vous montrer quels sont les charmes de la patience, et vous faire comprendre qu'il est plus doux et plus utile de vivre avec un homme vraiment patient, que d'habiter ces lieux enchanteurs. Et en effet, jamais il ne déchaîne autour de lui le souffle violent de l'aquilon, et son langage doux et modéré ne rappelle que les brises légères d'un paisible zéphyr. Ses reproches eux-mêmes sont pleins de bienveillance et imitent le chant des oiseaux. Comment donc ne pas trouver auprès de lui le véritable bonheur? Si sa parole ne peut rien sur le corps, du moins elle calme et récrée l'âme; et les soins habiles d'un médecin coupent moins vite la fièvre que la parole d'un homme patient n'apaise un esprit furieux et emporté. Eh ! pourquoi parler du médecin, puisqu'un fer rouge qu'on plonge dans l'eau, perd sa chaleur moins promptement qu'un coeur courroucé ne se calme au contact d'un homme patient? Mais de même qu'on ne fait sur la place publique aucune attention au chant des oiseaux, ainsi mes paroles frappent inutilement l'oreille d'un esprit furieux et irascible. Combien donc la douceur est préférable à la colère et à l'emportement. D'ailleurs Dieu nous commande la première et le démon la seconde. Aussi, quand même il n'existerait ni Dieu, ni démon, n'oubliez point que nos propres intérêts nous prescriraient encore de cultiver cette vertu et de fuir ce vice.
St Jean Chrysostome Commentaire sur les Actes VI. 3-4
Par Albocicade
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