Théologie dogmatique

Publié le par Albocicade

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En voyant le titre, je me suis dit qu'il allait falloir grimper !

Un peu comme pour certaines marches en montagne de ma jeunesse. Bien sûr, elles ne nécessitaient aucun équipement ultra perfectionné ; juste de bonnes chaussures, des jambes toniques et un effort continu. Pas question d'y aller en sandales, ni de se précipiter : quand c'était raide, on ralentissait, on prenait le temps nécessaire. Le sommet ne vient pas tout seul.

 

Pour parler de ce livre, procédons d'abord de manière apophatique.

Heu, disons tout de suite que si le terme "apophatique" vous pose problème, il faudra vous armer de courage, car l'auteur ne rechigne pas à employer des mots qui, tout en étant parfaitement adaptés à son propos, relèvent plus du jargon technique que du langage courant (*). La théologie est, en effet, une discipline à part entière, possédant son langage propre. Aussi, comme le note l'auteur, "les Pères ne parlaient pas en théologiens aux simples", même lorsqu'ils abordaient des questions spirituelles.

Mais ici, l'auteur s'adresse  à des étudiants en théologie.

 

Donc, cette "Théologie dogmatique" n'est ni un catéchisme, ni une "Introduction" ou une "Initiation". Ce n'est même pas – du moins à l'origine – un livre, mais le texte de cours que Vladimir Lossky a donnés durant les années universitaires 1954 et 1957.

 

La théologie est donc une discipline à part entière, mais certainement pas "entièrement à part", puisqu'elle trouve sa source dans le réel – en particulier dans l'Incarnation du Verbe (p 16, 39) – et ne prend son sens que dans la foi (p 20), comme l'expression d'une sorte de face-à-Face avec l'Absolu. Prise uniquement en tant que discipline intellectuelle, elle se réduit à n'être plus qu'un discours – éventuellement passionnant – fermé sur lui-même.

 

Mais "face-à-face" ne signifie pas "seul-à-Seul". Aussi est-ce  en Eglise – et plus précisément en compagnie des Pères – que Lossky, fondé sur la Révélation, développe son enseignement.

 

La base en est Dieu, bien sûr. Mais Dieu n'est pas un quelconque "objet d'étude", encore moins une "abstraction", et l'aborder sous l'angle d'un monothéisme radical aurait quelque chose de réducteur. En effet, tel qu'il se révèle, "Dieu ne peut être pensé en dehors des trois Personnes" de la Trinité (p 49).

Puis Lossky évoque le rapport complexe de Dieu, incréé, éternel, à "l'être créé", transitoire, qu'il s'agisse du Cosmos ou des êtres vivants, au nombre desquels se trouve l'humain.

C'est donc avec l'homme, créé "à l'image et à la ressemblance" de Dieu, inextricablement lié au devenir du reste du créé – et pas seulement sur un plan matériel – qu'il poursuit son développement.

Car l'homme s'inscrit dans un devenir, une Histoire. De la chute d'Adam, qui entraîne avec lui le cosmos, à l'Incarnation du Christ – vrai Dieu et vrai homme – qui non seulement inaugure la restauration de l'univers, mais rend en outre possible la contemplation de Dieu, une même sollicitude accompagne cette Histoire.

Une sollicitude qui ne s'arrête pas avec la Résurrection ou  l'Ascension du Christ – comme si Dieu se retirait de l'Histoire – mais perdure avec la présence de l'Esprit Saint, puisque si "Dieu est devenu homme, c'est pour que l'homme devienne porteur de l'Esprit" (p 164) 

Aussi le livre s'achève-t-il sur l'évocation du "mystère de l'Eglise", lieu d'ouverture à la réalité divine déjà présente mais pas encore totalement manifestée, tout à la fois Corps du Christ et agrégat d'individualités pécheresses, puisque "chacun d'entre nous est de la terre, seule l'Eglise est du Ciel" (p 178),.

 

Ce livre exigeant n'est certes pas un "dictionnaire de dogmatique", avec des articles détaillés rangés alphabétiquement sans lien organique les uns avec les autres, mais bien plutôt l'expression d'une "contemplation", d'une vision englobante présentée de manière thématique qui lie en un tout la vie en Christ.

 

Ah, l'ai-je dit ? Lossky, chrétien orthodoxe, enseignait la dogmatique orthodoxe. Aussi – et même si, à l'occasion il évoque telle ou telle différence par rapport à d'autres théologies – on ne cherchera pas dans ce livre une Etude comparée des religions. Son propos est "seulement" de cerner le mystère (**) sans cependant prétendre en dire le "comment" (p 126, 133) tant il est vrai d'une part que le langage et les concepts humains ont quelque chose d'insuffisant pour dire Dieu et d'autre part que sans la prière et la foi, même les définitions les plus appropriées ne sont que des mots.

 

Depuis le début, je n'ai mentionné que Vladimir Lossky...

Pourtant si certains de ces cours ont été publiés sous forme d'article en 1964-1965 (et traduits en d'autres langues par la suite), c'est à Olivier Clément que nous le devons.

Toutefois, la publication actuelle en un volume est l'oeuvre de Michel Stavrou.

Ne se contentant pas de rassembler ce qui avait déjà été publié, il a en outre dépouillé les notes de cours qu'Olivier Clément avait conservé en vue de publications jamais réalisées et les a intégré aux autres documents, de manière à constituer un ensemble cohérent, restituant au mieux le contenu d'ensemble du cours de Lossky. De plus il a non seulement ajouté en note de bas de page  les références des textes cités, mais aussi – en fin de volume – une "bibliographie patristique", comme un complément nécessaire puisque Lossky, qui fréquentait assidûment les écrits des Pères de l'Eglise, les cite abondamment.

 

Bref, quoiqu'à peine plus gros qu'un "Livre de poche", cette "Théologie dogmatique" ne se lit pas en un jour, ce qui est normal puisqu'il s'agit d'au moins une année de cours. Par contre, étant donné sa taille, on peut aisément le garder à portée de main pour y revenir au besoin.

D'ailleurs, ce cours de dogmatique étant le fruit de toute une vie, gageons qu'il faut un peu de temps pour en faire son miel.

 

Notes :

* J'offre une sucette à celui qui emploie le terme "méonique" dans la vie courante… ou même qui sait ce que ce mot signifie sans avoir à vérifier sur internet.

 

** J'aurais tout aussi bien pu écrire qu'au fil de son cours "Lossky met en évidence le Mystère et qu'il expose ce qui en est révélé par Dieu lui-même - à savoir le Christ puis l'Esprit Saint - dans l'Eglise". C'eut été tout aussi vrai, puisque si le Mystère ne peut entièrement être "dit", ce qui en est dit se doit de l'être de manière rigoureuse et juste, ce qui est le cas avec Lossky.

Publié dans Ecologie - théologie

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Euthymenès 02/06/2012 19:15


J'aurais été tenté, non par une sucette, mais par un croquant d'Allauch. Mais je suis recalé. Un site m'informe que "méonique" est un terme de Berdiaev voulant exprimer le "non-être, participant
de l'incréé originel". Autant dire que c'est presque une concurrence pour le vocabulaire de Teilhard de Chardin! dur,dur...


 


 

Laurence 28/05/2012 15:30

Ouh la ! Heureusement que j'avais une tasse de café dans les mains. Mais j'ai lu jusqu'au bout et j'avoue que je suis tentée (pour l'instant seulement tentée). Mais j'aime beaucoup Olivier Clément.
Méonique...ça vient du grec c'est sûr, mais je donne ma langue au chat. De toute façon, j'aime pas les sucettes