Réforme administrative.

Publié le par Albocicade

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Au moment où les remous des dernières semaines se sont nettement calmés, je repense à une des toutes premières réformes, ou plutôt à une des premières dont nous ayons la trace : celle d'Archinos.

A son époque, on écrivait "comme bœufs en labour" : partant de la gauche, on allait jusqu'au bout de la ligne, puis, pour la ligne suivante, on repartait dans l'autre sens. Soit directement, les lettres se suivant alors de droite à gauche, soit en retournant la feuille (enfin, la tablette !) , auquel cas les lettres se suivaient de gauche à droite, mais à l'envers. On appelle cette manière d'écrire le "Boustrophédon".

Bien sûr, une telle manière d'écrire (que l'on connut non seulement en Grèce, mais un peu partout) était déjà un progrès par rapport à l'apprentissage par coeur des textes à transmettre, mais nécessitait une sacré gymnastique intellectuelle, non seulement pour écrire, mais aussi pour lire.

Bref, en 403 avant note ère, à Athènes, Archinos est à l'origine d'un arrêté selon lequel toutes les lignes d'un texte doivent pouvoir être lues dans le même sens (de gauche à droite, en l'occurrence) et ce sans avoir à tourner le document dans tous les sens.

 

(Pour en savoir un peu plus sur l'écriture en boustrophédon, je recommande cet article, plutôt que celui-là)

 

La décision d'Archinos ne concernait primitivement que les textes juridiques, mais finit par s'appliquer à tous les écrits.

 

Bien sûr, je n'étais pas là quand cet arrêté a été promulgué, mais j'imagine…

J'imagine les réactions des uns et des autres…

Le corps professoral des écoles de scribes se met à clamer que c'est une honte, qu'enseigner à lire "uniquement dans un sens", c'est le début de la décadence, et qu'une fois encore,  on procède à un nivellement par le bas !

Des représentants de la CUPMH (Confédération Unitaire des Poètes, Mythographes et Historiens) déplorent publiquement une mesure qui va faire tomber dans l'oubli les plus beaux textes que les générations futures ne sauront plus lire, et  annonce que cette réforme prépare un peuple amnésique !

Des groupes de croyants crient au scandale en voyant que de hauts responsables du clergé même se laissent entraîner dans cette mascarade, abandonnant la Tradition de leurs pères pour adopter une écriture bâtarde dans le but de complaire au pouvoir politique.

Des économistes prédisent de graves problèmes dans la mesure où les contrats passés avec d'autres cités deviendront illisibles pour la jeune génération.

Enfin, des sociologues de renom viennent sur l'agora expliquer qu'une telle mesure ne peut que créer une rupture, un fossé infranchissable entre les générations.

 

Je ne sais pas vraiment pourquoi je parle de cela aujourd'hui… Ah, si : hier, avec un de mes interlocuteurs d'un instant, nous avons évoqué le boustrophédon…

Publié dans Vie quotidienne

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