Mémoire et nom

Publié le par Albocicade

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"La mémoire du juste est en bénédiction

mais le nom du méchant périt."

Livre des Proverbes 10.7

 

Pourquoi "mémoire" dans un cas, et "nom" dans l'autre ?

Ne pourrait-on pas inverser les termes, et dire (par exemple) que "le nom du juste est en bénédiction" ?

Hélas, non.

Comme le note justement Abu Qurrah*, le nom n'est pas personnel. Autrement dit, porter le même nom qu'un ancêtre vertueux ou qu'un grand saint ne fait pas de nous ipso facto quelqu'un de la même trempe. (C'est d'ailleurs un peu dommage, puisqu'il suffirait alors de n'autoriser qu'une poignée de prénoms rigoureusement sélectionnés à donner aux nouveau-nés pour faire drastiquement chuter les taux de criminalité et de délinquance dans la génération à venir…)

Non, c'est en se nourrissant de l'exemple des Justes, en s'évertuant à imiter leur conduite que l'on peut, petit à petit, leur ressembler au moins un peu. Et c'est là un travail de mémoire.

 

Et pour le "méchant", pourquoi est-ce le "nom" et pas la "mémoire" qui doit périr ?

Parce que s'il convient de ne pas oublier le mal fait par le "méchant" (pour éviter qu'il ne se reproduise, par exemple) il est périlleux, et injuste, de cristalliser ce mal sur un nom, et de faire de ce nom un synonyme de "méchant".

Osons le dire, au risque de me voir attribuer un point Godwin, je connais une personne – âgée et au demeurant fort sympathique – qui porte, en deuxième position le douloureux prénom de Adolphe. Douloureux puisque s'il se risque à dire ce prénom (qu'il reçut bien avant qu'un certain moustachu en fasse une promotion ravageuse), qui pensera spontanément à St Adolphe, cet ancien moine de St Vaast devenu évêque de Cambrai au VIIIe siècle ? 

C'est en cela que le nom du "méchant" doit périr : que l'on se souvienne du mal qu'il a fait, mais qu'on finisse par ignorer quel nom il a porté, afin qu'il ne "souille" pas définitevemnt un nom qui est aussi porté par des gens de valeur.

(On relira, à ce propos avec profit la parabole du Riche (anonyme) et du pauvre Lazare…)

 

Pourquoi cette réflexion aujourd'hui ?

A cause d'un propos de journaliste, dernièrement : "Combien y a-t-il de Mohammed Merah potentiel en France actuellement ?"

Voila, c'est fait : le nom propre est devenu nom commun. Bien sûr, on se souvient des meurtres commis par cet enragé, mais faut-il ressasser son nom, et désigner implicitement toutes les personnes portant réellement ce nom (et il doit y en avoir !) comme enfermés dans un destin des plus sombre ?

Et si parmi ces Mohammed Merah il s'en trouvait, comme leurs homonymes, pour découvrir que Dieu est amour et que le Christ est Sauveur ?

 

Encore mes notes de bas de page.

J'ai évoqué ceci dans les notes * et *** de ce billet.


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Laurence 20/10/2012 14:51

Intéressant commentaire de ce verset des Proverbes...sur lequel je ne m'étais jamais penchée !