LXX : XXL !

Publié le par Albocicade

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Si, si, ce titre a un sens… mais peut-être faut-il le décrypter ?

LXX, en chiffres romains c'est "70", et dans le cas présent, ça se lit "septante".

XXL, bien sûr, c'est "grande taille", extra large", et par extension… "super"

 

Aussi, "LXX: XXL !" peut se lire :

 

"La septante : grande traduction !"

ou

"La septante ; bible king size"

et même, pour les plus jeunes :

"La septante, c'est trop d'la balle !"

 

Mais reprenons.

L'origine de cette antique traduction des textes de références des Juifs de langue grecque se perd, enveloppée de légendes, dans les brumes du port d'Alexandrie.

Fut-elle commandée par Antiochos Epiphane et réalisée en 72 jours par 70 rabbins comme le veut la "lettre d'Aristée" ; ou est-elle une œuvre composite, réalisée sur de nombreuses décennies, plusieurs fois révisée comme l'affirment les philologues qui se sont penchés avec intérêt sur le texte ?

Toujours est-il que cette première traduction de la "bibliothèque juive" – complétée de quelques écrits rédigés directement en grec – aura connu un destin exceptionnel.

 

Enfin ! La Thora de Moïse, les oracles des prophètes, l'histoire du peuple guidé par Dieu étaient accessibles pour tous ces Juifs ignorant de l'hébreu, dispersés dans l'immensité de l'Empire grec, et pouvait être lus dans les synagogues.

Aussi fut-elle reçue comme un don du Ciel.

Et c'est tout naturellement que les premiers chrétiens, envoyés en mission dans tout l'Empire (devenu romain, mais toujours de langue grecque) l'utilisèrent ; au premier rang desquels, les apôtres et les évangélises.

 

Cet usage chrétien de la traduction des "Soixante et dix" fut fatal à son utilisation synagogale : utilisable par les disciples du Nazaréen, elle devenait suspecte. D'ailleurs, tous les livres qui la composent sont-ils des écrits sacrés ? Aussi, 20 années après la prise de Jérusalem et la destruction du Temple par les armées de Titus (et donc 60 ans après la résurrection du Nazaréen) quelques rabbins réunis à Jamnia officialisèrent-ils une "liste des livres sacrés" qui ne contenait pas un certain nombre de textes de la "Septante".

Cette décision, interne au judaïsme, n'eut à peu près aucune influence sur l'Eglise… du moins pendant des siècles. Rejetée par les Juifs, elle ne fut pas perdue pour tout le monde : elle fut l'Ancien Testament de tous les chrétiens pendant plus de 4 siècles.

Mais si le grec reste la langue commune d'une grande partie de l'Empire, le latin reprend son essor : il faut des traductions dans cette langue de l'occident. Les premières tentatives sont faites sur le texte grec. C'est vrai que ces traductions latines sont disparates, brouillonnes, sans élégance. Puis vient Jérôme de Stridon. Il se lance dans la traduction mais, innovation de taille, veut revenir à la "vérité hébraïque" : il renonce à la Septante pour tous les textes qu'il peut trouver en hébreu, mais conserve toutefois l'ensemble des livres reçus dans l'Eglise, même s'il doit (à son grand regret) en traduire certains sur le grec.

Sa traduction latine, la"vulgate" sera à la base de toutes les traductions catholiques jusqu'en 1905.

Une autre rupture par rapport à la Septante eut lieu en occident, au XVIe siècle avec les Réformateurs protestants. Non seulement ils ne juraient que par la "vérité hébraïque", mais ne voulurent conserver que les livres acceptés par les Juifs… enfin, pour l'Ancien Testament.

Par contre, dans les régions de langue et d'influence grecque, la Septante conserva sa place : lue à l'Eglise, elle servit de base aux traductions arabe, arménienne, géorgienne, slave…

Et lorsqu'au XIe siècle Rome et Constantinople se tournèrent le dos avec fracas, la Septante était l'Ancien Testament de l'Eglise orthodoxe, et l'est restée jusqu'à ce jour (… à au moins une exception près : la traduction approuvée en 1876 par le Saint Synode de l'Eglise orthodoxe russe est faite exactement sur les mêmes principes que la "Vulgate", mais elle n'est pas lue à l'Eglise).

 

Ainsi, alors qu'elle continue d'être lue, méditée chantée (enfin, surtout les Psaumes) en "Orient", elle a fini par être presque totalement oubliée en "Occident".

Et le renouveau des études bibliques au XXe siècle ne lui a pas été favorable : à la suite de l'abbé Crampon, tous les traducteurs catholiques délaissèrent la Vulgate pour se baser sur des textes en hébreu pour l'Ancien Testament (et en grec pour le Nouveau).

Pourtant, s'il y a globalement accord – pour les parties communes – entre le texte hébreu (que l'on appelle "Texte Massorétique" ou "TM") et la Septante, il y a aussi de notables différences. Et ce n'est pas forcément la Septante qui est fautive, puisqu'elle est parfois utilisée pour corriger le TM.

Encore plus intéressant est le fait que les citations que le Nouveau Testament fait de l'Ancien suivent généralement la Septante, ce qui se constate en particulier lorsqu'il y a désaccord entre la LXX et le TM : l'Eglise est née avec la Septante en guise de langes !

Et il n'est donc pas étonnant que les Pères l'aient conservé.

Ce qui peut par contre sembler surprenant, c'est que les équipes des Sources Chrétiennes, qui oeuvrent depuis 1943 n'en aient pas donné de traduction : ils n'y ont tout bonnement pas pensé !

Aussi, si l'on excepte celle que Pierre Giguet en fit au XIXe siècle, il fallut attendre la traduction du Psautier (en 1979) par le P. Placide Deseille, puis le projet monumental de la Bible d'Alexandrie (depuis 1986) piloté par Mme Harl pour que le texte de la Septante soit, plus ou moins accessible aux chrétiens francophones.

(Il y eut aussi, paraît-il, une traduction française réalisée au Liban, mais si elle a été imprimée, il semble qu'elle n'ait jamais été commercialisée…)

Ah, au fait (et pour ceux que cela intéresse), la septante en grec (avec aide au vocabulaire !), on la trouve ici.


Publié dans Ecologie - théologie

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