Le sceau

Publié le par Albocicade

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/8d/21-prosphore.jpg

Il y a une grosse dizaine d'années, alors que nous nous apprêtions à quitter la Région Parisienne pour rejoindre le "un peu plus au Sud" (qui est somme toute ma région d'origine), le prêtre de notre paroisse de banlieue me prend à part, un dimanche après la Liturgie, et me remet un objet étrange.

Une sorte de disque en bois épais, avec chaque face gravée d'un motif.

Sur la face  où la gravure est la moins grande, est en plus tamponné à l'encre violette, "ΑΓΙΟΝ ΟΡΟΣ", la "Sainte Montagne", le Mont Athos.

- "C'est un sceau à prosphore. Le petit côté, c'est pour les prosphores russes, le grand, c'est pour les grecque."

Je le regarde interloqué…

Il poursuit : "Voilà, puisque vous allez nous quitter, je te le confie. Tu en auras peut-être l'usage, un jour…"

Et je suis reparti ce jour là avec mon petit bout d'Athos…

Les années passant, au fil des métiers, je me suis bien retrouvé boulanger, mais si j'ai fait d'innombrables sortes de pains, jamais de prosphore.

Il y a quatre ou cinq ans, Dame ma Mère - de retour d'une excursion en Crête (j'ai bien dit "excursion", Dame ma Mère étant une grande arpenteuse de chemins rocailleux) - m'en offrit un autre avec ces paroles : "Je ne sais pas à quoi ça sert, mais j'ai trouvé ça joli…"

 Ce sceau crétois a donc rejoint le sceau athonite, soigneusement rangé dans un placard, en attendant…

En attendant quoi, au fait ?

Peut-être simplement ce qui s'est passé dernièrement.

Le prêtre de notre paroisse vient de me demander si j'accepterais de préparer les prosphores pour la Liturgie.

Bon, sur le principe, il n'y a pas de problème.

J'ai d'abord cherché sur internet des recettes… il y en a plein, généralement en américain. Vous avez vu comment ils mesurent, les Américains ? En "tasse", en "cuillères à thé", en "cuillère de table" en je ne sais trop quoi… inutilisable.

Du coup, je me suis fait communiquer des recette en système métrique (litres, grammes…).

Mais il me manque le coup de main, le toucher de la pâte, la texture, la pression  à appliquer au sceau, le ressenti au four… et ça, foi d'ancien boulanger, c'est au moins aussi important.

Il va falloir bosser !


Publié dans Vie quotidienne

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Laurence 02/04/2011 15:07



Je suis "envieuse" de ce beau sceau! je ne crois pas que les pains cuits chaque semaine dans notre paroisse de Denver soient si joliment "décorés". La recette est ici effectivement en cups et en
spoons;-) et chaque paroissien peut prendre son tour dans la confection du pain.


 Je vous laisse volontiers un commentaire sur les conseils de Sacha avec qui je corresponds depuis quelques jours au sujet de Seraphim de Sarov. J'en profite pour vous dire que j'aime
l'atmosphère de votre blog...paisible, curieux, lumineux. Et même si c'est virtuellement, il me rapproche de ma Drôme aimée (nous avons une maison de famille à 14 km de chez vous).
Fraternellement en Christ.



Olga 08/12/2010 16:47



cher Albocicade,


il y a plus de quarante ans, en vacances à côté d'une colonie de vacances, il s'est trouvé que la responsable des prosphores avait oublié de les faire - après les vêpres on m'a donné la recette
sachant que je ne suis pas une trop mauvaise "patissière"- donc j'ai exécuté la demande. une fois les prosphores prêtes à être enfournées j'ai tout naturellement beurré la plaque et mis le tout
dans le four !!  je ne savais pas, le prêtre les a quand même utilisées -  j'en ai- fait d'autres depuis mais sans beurre- Je suis sûre que les vôtres seront très réussies.



Iago 06/12/2010 14:04



J'aime pinailler. Laissez donc l'ancien radio de l'armée de l'air que je suis vous reprendre sur l'expression : Je vous reçois 5 sur 5. On ne reçoit pas 1 , 2, 3, 4 ou  5
sur une échelle de 5. On reçoit 1,2,3,4, 5 et 1,2,3,4,5. Sur une échelle de 5, le premier chiffre indique la force du signal, le second sa clarté. On peut donc
recevoir 5 et 2 : un signal fort et difficile à interpréter, ou 1 et 4 : un signal très faible mais lisible. Voilà ! C'est [enfin] dit.



Albocicade 06/12/2010 13:11



Merci, Iago, pour vos remarques : je vous reçois "5 sur 5" !



Iago 06/12/2010 00:16



En effet, la fabrication et, surtout, la cuisson des prosphores est un art. En plus, il y a les traditions (les russes sans sel, les grecs avec). Tout dépend donc de la farine, du levain, du
pétrissage, du repos de la pâte, du façonnage, du four, de la température, du boulanger (de l'humeur de sa femme), de sa patience, de sa persévérance, de son humilité et de sa prière. Ça fait
beaucoup de variables. Moi je n'y suis jamais arrivé. C'est sans doute pas ma vocation ... car le service des prosphores est un ministère, figurez-vous.


Aussi, je vous en supplie : n'apportez pas à l'église n'importe quelle galette mal cuite, inutilisable pour la liturgie, chose déglinguée que le prêtre devra se taper chez lui sans vous le dire
pour ne pas vous affliger, à moins qu'en douce il ne donne vos trucs indignes de l'autel aux petits oiseaux.


Par contre, avant de vous lancer en solo, vous pouvez aller vous former dans un monastère. Je recommande Bussy pour la tradition russe. C'est la Rolls-Royce des prosphorky. Le monastère saint
Antoine ou Solan pour la tradition athonite. Du solide, classique, pas toujours admirable mais souvent très satisfaisant. Ensuite ce sera à vous d'affiner.


Ah ! Une dernière recommandation : avant de vous lancer, demandez vous si, comme pour bâtir une tour, vous aurez le courage non seulement d'aller au bout, mais de faire votre office sur le long
terme avec les sacrifices que cela impliquera nécessairement. Il n'y a rien de plus décourageant pour un prêtre (qui a généralement tout donné pour le service de l'Eglise) que de voir quelqu'un
qui a accepté un service se dérober à ses engagements sous divers prétextes dès que ça commence à lui coûter un peu. Si le prêtre répondra de votre salut devant le redoutable tribunal du Christ,
vous aurez à rendre compte de l'assistance que vous aurez apportée à son ministère.