Le comique

Publié le par Albocicade

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De temps à autre, je l'écoutais à la radio.

Un orfèvre du mot, un jongleur de paroles, un magicien de l'assonance.

Quelque sujet qu'il aborde, il trouvait le moyen d'y faire entrer de la poésie, de faire chanter les images.

C'était généralement plaisant, bien tourné, quelque peu pétillant.

Bref, pour un peu, je l'aurais tenu pour un maître en la matière.

Aussi, lorsque je me vis offrir une place pour son spectacle – il allait passer dans le coin – j'en attendais beaucoup.

Le soir dit, c'est donc avec quelqu'enthousiasme que je me rendis au lieu prévu.

Et ce fut une déferlante de mots-images, de tours d'esprit, d'allusions emboîtées. Il fallait se hausser, pousser loin son idée pour suivre. Cela fusait de traits de génie, de surprises détournant le mot attendu.

Il y avait quelque chose de fascinant en son propos.

Et puis, peu à peu, j'ai eu un sentiment étrange : les sujets se faisaient polémiques, politiques.

De spectacle, sa prestation virait au meeting.

 

 

C'était encore de la poésie, certes, mais de la poésie de propagande.

Frappant de taille et d'estoc, il pourfendait à coup de "bons mots" tous ceux qu'il tenait en un mépris imprécatoire.

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Le trait était méchant, parfois injuste, le rire qui en résultait se faisait moqueur, vindicatif.

Je ne l'avais jamais entendu comme cela, dans ses courtes minutes radiodiffusée.

Et pour le coup, je ne riais plus.

 

Je viens de voir qu'il est de nouveau en spectacle dans le coin, cette année.

Et franchement, je n'ai aucune envie d'aller le voir ou l'écouter.

Publié dans Vie quotidienne

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Laurence 15/08/2012 22:56

Merci pour les liens...ils étaient tous encore ouverts. C'est intéressant de voir comment certains thèmes poussent à la controverse et aux joutes verbales ! Ahhhhhh, les esprits chagrins.... Ce
soir, liturgie de la Dormition et agapes fraternelles ensuite...en espérant que le décalage horaire n'aura pas raison de moi !

Albocicade 15/08/2012 22:31


Il y eut, naguère, une discussion animée à propos du rire sur le blog du Moinillon. elle débuta par une simple réflexiondans un commentaire (ici) et s'étendit sur plusieurs billets : celui-ci, puis celui-là. Tout ceci datant un peu, il est probable que certains liens ne pointent plus que
vers le néant des sites diparus...


Par contre, en ce qui concerne "le comique" dont je parle, je ne cite pas son nom par discrétion : dans ma déception, je ne tiens ni à en faire la promotion, ni à le jeter à la vindicte publique.
Il m'aura toutefois enseigné une leçon : "tout ce qui brille n'est pas d'or".


Quant à la Fête... je l'ai passé loin de la paroisse, au travail...

Laurence 15/08/2012 21:03

Tiens, il faudrait peut-être que je relise Le Rire de Bergson...on a beaucoup écrit sur ce thème, mais on n'a pas encore trouvé de façon absolue (le peut-on d'ailleurs ?) ce qui fait rire...j'ai
cherché qui pouvait être ce comique...en vain. Belle fête de la Dormition !

Iago 15/08/2012 01:08


Quelque sujet qu'on abordât, l'humour qu'on déploie est, comme vous le suggérez, un art, une prévenance, une modalité de la charité. J'aime à penser que les hommes aux considérations profondes et
graves se doivent d'être d'autant plus légers en société, tant pis pour les imbéciles qui s'y laissent prendre. On a dit aussi que l'humour est la politesse des désespérés : cela me paraît bien
vu et c'est un exercice salutaire en cas de malheur. A l'inverse, il y a chez certains chrétiens une volonté d'édifier si pesante, un esprit de sérieux si chatouilleux, si prompt à s'offusquer de
vétilles, qu'on se demande s'ils ne sont pas à ce point voués au théatre de la religion pour n'avoir pas expérimenté la vie chrétienne. Et je confesse qu'il est certains bigots (ottes)
clownesques dont je m'écarte, car je doute de ma capacité à supporter sans mot dire leur ennuyeuse représentation d'eux-mêmes … et cela d'autant plus que, sous la peau des grenouiles de bénitiers
se dissimulent parfois de venimeuses tarentules.