La compassion

Publié le par Albocicade

"Les pauvres ! Obligés de trimer comme ça, en plein soleil…"

J'entends cette phrase, vibrante de compassion, et elle m'indifère. Pire, elle m'agace.

En fait, qu'est-ce que j'en ai à faire de ces trimeurs enchaînés à cette roue qu'ils doivent indéfiniment faire tourner ?

Non seulement c'est leur choix, mais en plus la simple annonce de leur présence dans une heure ou deux  perturbe – et même interdit – tout déplacement, même les plus légitimes :

Que cesse la vie, le peuple s'amuse !

 

Allons bon, pensez-vous, le voila qui s'est levé du pied gauche.

Même pas.

Mais une amie s'étant, suite à une malencontreuse chute, blessée à quelques enjambées de ma maison,  je m'improvisais ambulancier.

Nous étions dimanche, mais le médecin de garde réagit promptement et après lui avoir retiré du genou le morceau de montagne qui s'y était incrusté (enfin, le gros gravier) et recousu la plaie, nous oriente vers le pharmacien à côté qui, quoique n'étant pas de garde, nous reçoit immédiatement.

Ne reste plus qu'à la ramener chez elle.

Et pour ce faire, nous devons – non pas emprunter, mais simplement – traverser la route devenue Voie Sacrée en l'honneur des pédaleurs compulsifs.

J'approche le carrefour, au volant de mon ambulance de fortune.

Un cerbère en uniforme se précipite :

ON NE PASSE PAS !

Je tente d'expliquer. L'enképifié se gonfle, se hausse :

J'AI DES ORDRES !

Vous pouvez traverser à pied, mais pas en voiture !

 

Il faut à l'amie, boitant bas, quatre fois plus de temps pour traverser sous le regard inflexible du nazillon de pacotille, qu'il ne m'en aurait fallu pour le faire avec mon auto. Et il lui faudra encore continuer à pied jusqu'à sa maison, qui n'est pas exactement à côté du carrefour* !

Quand aux pédaleurs, ils sont encore tous dans la vallée de l'autre côté de la montagne.

J'ai une furieuse sensation de déjà vécu.

C'est pourquoi je remets le sketch de Fernand Raynaud que j'avais déjà signalé il y a déjà 4 ans : "le Brassard" (normalement en cliquant ici, ça devrait fonctionner : vous devez arriver sur une page "télécharger une pièce jointe" et devez cliquer où ils le demandent. Ensuite, vous pouvez choisir entre "ouvrir le fichier" et le "télécharger"**).

 

Au fait, à propos de compassion…

J'ai entendu – sans vraiment y prêter attention sur le moment – que la première "sortie officielle" du pape a été pour se rendre à Lampedusa, cette petite île assaillie de migrants dépenaillés, qui a mépris du droit international  prennent des risques insensés pour fuir leur misère. Ceux qui ne se noient pas durant la traversée sont regardés comme de biens encombrants hôtes. Bien sûr, des humains, mais des humains pauvres, sans intérêt…

Cette visite, son but m'a fait penser à cette phrase de St Ambroise de Milan

"La miséricorde n'a pas l'habitude de juger des mérites,

mais de subvenir aux nécessités,

elle aide les pauvres et n'examine pas la justice."

(Sur Naboth 8.40)

et cette autre de St Jean Chrysostome

"Dieu aime les justes, mais il se montre secourable à un grand nombre parce qu'ils sont mallheureux.

En effet, ceux qu'il nourrit, il les nourrit parce qu'ils ont faim,

et non parce qu'ils sont vertueux."

(Comm. sur Ps 145)

 

Bref, il n'a peut-être qu'un poumon, ce pape, mais en tous cas, il ne manque pas de tripes.

*

*  *

Ah, au fait, le "Tour de France" est passé dans mon village.

 

Petite note en plus

* Heureusement son mari avait pu – du temps que nous étions chez le médecin – amener une auto de l'autre côté du carrefour, lui permettant de terminer le retour autrement qu'en boitant. Mais ça, ni le cerbère, ni l'amie ni moi ne le savions.

 

** Et si quelqu'un peut m'indiquer une manip plus simple, ou des lignes de commande qui fonctionnent, je suis preneur !

 

 

Publié dans Cigale en colère

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