La castagne

Publié le par Albocicade

 

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Dans mon "pays", la "castagne", c'est la bagarre, c'est se donner des "marrons", des "châtaignes".

Et de fait, la "castagne", ce n'est pas la bagarre, mais la châtaigne (en latin : castanea)

 

Pourquoi faire mine de parler de ce fruit qui semble ingrat, et qui pourtant a nourri des générations de paysans au point qu'on l'a appelé "l'or des pauvres" ?

A cause d'un film : "les châtaigniers du désert". 

 

Une jeune femme, furieusement athée, vient rendre visite à son frère, pasteur dans les cévennes. A son arrivée, il est décédé…

A vrai dire, je le regardais du coin de l'œil, sans y prêter vraiment attention, tout en travaillant sur l'ordinateur. Soudain, une voix, une silhouette, je ne sais quoi me fait lever les yeux.

- "Je suis le frère Jean, vous êtes au skite Ste Foy".

Un acteur joue le rôle d'un moine orthodoxe, dans un petit monastère en plein milieu des cévennes. En fait, non… ce n'est pas un acteur…

La fiction s'insère, un instant, dans la réalité de ce lieu, avec ses deux moines, un office à la chapelle, le repas – une soupe de châtaignes – pris en commun.

Je ne suis encore jamais allé au Skite Ste Foy, mais il m'est à quelques reprises arrivé de rencontrer le frère Jean et le frère Léon… alors, les voir comme ça, en plein dans un téléfilm…

 

Et comme en un tricotage entre fiction et réalité, ce fragment de dialogue que je reconstruits à peu près fidèlement  (enfin, j'espère).

 

La jeune femme : "Mon frère vient de mourir… Qu'est-ce que la mort ?"

Le frère Jean : "Dans la tradition orthodoxe, on ne parle pas de "mourir", mais de naître au Ciel. Le contraire de "mourir", ce n'est pas "vivre", c'est "naître". L'être humain a tout le temps de son existence pour accoucher de sa vie ; et la mort est une naissance. Alors, votre frère n'est pas mort, il est né au ciel…"

 

C'est étrange, mais j'ai l'impression que le scénariste n'est pas pour grand chose dans ce dialogue…

 

Et pour en savoir un peu plus sur le skite… il y a le site.


Publié dans Ecologie - théologie

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Albocicade 18/11/2010 19:53



Mon bon père,


merci pour votre commentaire qui ne manque pas de pertinence.


Peut-être aurai-je du préciser la situation dans laquelle ce dialogue a lieu :


La jeune femme, égarée sur une route de montagne, est prise dans un violent orage alors que tombe la nuit. Lorsqu'elle stoppe son véhicule, elle est aux portes du skite Ste Foy où elle est
recueillie.


Dans ce contexte, j'ai entendu la réplique du Frère Jean non comme un exposé dogmatique, une affirmation péremptoire, mais comme une porte ouverte vers l'espérance, une parole de charité offerte
à cette jeune femme certes instruite, mais aussi déboussolée et perdue dans sa révolte ; comme une première lueur susceptible de donner envie d'en savoir plus...


En ce qui concerne les textes du frère Jean, je dois avouer que je n'en ai rien lu, et ne saurais avoir un avis à ce propos.


Au final, c'était surtout mon étonnement face à cette rencontre entre la fiction et le réel que j'ai voulu partager dans ce billet...



Hiéromoine Nicolas 18/11/2010 11:03



En effet, le frère n'est pas mort. Mais il n'est pas pour autant "Né au ciel". Cette expression "dies natalis" employée depuis l'antiquité dans la communion romaine, reprise aujourd'hui dans
l'Eglise orthodoxe, ne vaut en réalité que pour les saints canonisés et les martyrs dont la passion assure la sainteté. Il serait plutôt adéquat de dire que le frère en question naît(1), en
effet, mais pour une vie dont la qualité dépendra du redoutable Jugement qu'il devra subir.


L'expansion dans les milieux orthodoxes de cette expression latine prise dans un faux sens montre seulement le peu de formation théologique de ceux qui devraient s'abstenir de parler au nom de
l'Orthodoxie, et de leur propension à un sentimentalisme mondain blessant l'enseignement de l'Eglise. Pour une appréciation des écrits du dit Frère Jean ou Gérasime, voir sur
Orthodoxie.com les recensions pénétrantes de J.C. Larchet.


(1) Sur nos trois naissances, Voir Vie de Sainte Synclétique, S.O. 9, Bellefontaine, 1972, p. 83.