L'ermite, le banquier et l'intérêt général

Publié le par Albocicade

 

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C'était il y a une dizaine d'années.

Un de mes amis, ermite de son état, venait de percevoir un héritage (les ermites aussi sont, un jour, nés de parents susceptibles de vieillir).

Héritage modeste, en vérité, mais dont il souhaitait pouvoir faire bénéficier sa filleule.

Comment me suis-je retrouvé à m'occuper de ces papiers ? Peu importe…

Toujours est-il que me voilà dans le bureau du banquier, à lui expliquer la situation.

Mi-incrédule, mi-narquois, ce dernier me demande : "Mais en fait, ça sert à quoi, un ermite ? En quoi participe-t-il à l'intérêt général ?"

 

Question absurde dans la mesure où ses critères "d'utilité" sont par trop restrictifs, productivistes et à courte vue.

Toutefois, je tente une réponse en me limitant à ce que sa pensée formatée est susceptible d'admettre.

 

D'abord, travaillant de ses mains (à l'époque, il rempaillait des chaises et parvenait tout juste à répondre à la demande) et cultivant un bout de jardin, il était parfaitement autosuffisant, et ne dépendait en rien d'aides, de subventions ou de fonds publics.

Ensuite, demeurant sur un plateau à l'habitat rural dispersé, il est aussi une présence. Combien de fois est-il arrivé "par hasard" aux endroits où  son aide (par exemple, aux abords d'un champs alors que l'orage gronde et qu'il faut rentrer en urgence le foin) ou son secours (par exemple pour aller prévenir le médecin à quelques kilomètres) se révélaient précieux ? Une sorte de "valeur ajoutée" à sa simple "inutilité".

Enfin, vivant simplement, pieusement, il ne participait pas à cette frénésie du "toujours plus" qui va de l'accumulation des biens de consommation courants, aux commerces (légaux et illégaux) d'armes en tous genres. "Ne pas nuire", n'est-ce pas la première étape de l'intérêt général ?

A vrai dire, ces arguments ne convainquirent pas le banquier.

 

Dix années se sont écoulées, durant lesquelles  nous avons assisté à la "crise des subprimes", au scandale "Madoff", et actuellement à ce tonneau des Danaïdes (ah, les joies de la mythologie !) qu'est la "crise de la dette grecque", toutes sortes de réjouissances orchestrées et délicatement accompagnées (avec une incompétence que l'on ne tolèrerait chez nul autre) par les grandes puissances financières – les banques, quoi – et qui engloutissent des sommes se calculant en milliards.

 

Tout dernièrement, j'ai incidemment croisé ce banquier, et sa question m'est revenue à l'esprit.

 

Toutefois, je me suis gardé de lui demander (ce que je n'aurais pu faire qu'avec une ironie amère) : "Au fait, ça sert à quoi, un banquier ? En quoi participe-t-il à l'intérêt général ?


Publié dans Vie quotidienne

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Laurageai 26/07/2011 18:09



En effet, on se le demande! Le monde abominable où nous sommes, ce sont eux qui nous l'ont fait!