En Union Soviétique (2)

Publié le par Albocicade

soviet

 

Passées les pages de versets, j'entreprends l'exploration du volume.

Publié en 1982, donc.

A cette époque, on parlait (en occident) d'une "Eglise des catacombes", d'une "Eglise du Silence" dans le bloc de l'Est.

Même si ce livre est publié très officiellement par le "Service d'édition du patriarcat de Moscou"  (et peut-être même précisément à cause de cela) , il risque d'être au moins aussi intéressant par ce qu'il tait que par ce qu'il dit, par ce qu'il omet que par ce qu'il montre.

D'autant qu'il offre une belle diversité : quatre documents d'auteurs différents, et de grandes, belles photographies.

Le premier texte (Dix siècles d'histoire de l'Eglise orthodoxe russe) est de Mgr Pitirim, archevêque de Volokolmask, sous la responsabilité duquel l'ouvrage a été publié.

C'est un magnifique survol historique du christianisme dans les pays slaves, et particulièrement en Russie. Il y est question, à partir de la conversion des Slaves, de fondations d'innombrables églises et monastères ; d'hôpitaux et d'institutions caritatives ;  de centres d'enseignements ; de la manière dont l'Eglise a pu être – dans des périodes troublées – le dernier refuge de la liberté pour le peuple ;  de missionnaires allant annoncer l'Evangile aux multiples nations vivant sur l'immense territoire de l'Empire russe (et en profitant pour créer des systèmes d'écritures pour des langues jusqu'alors uniquement parlées) ; de grands penseurs et théologiens ; de la restauration du Patriarcat (qui avait été aboli par Pierre le Grand).

Puis, bizarrement, on apprend que le siège du patriarcat nouvellement rétabli est resté vacant durant presque 20 ans ; que tel théologien russe exceptionnel est domicilié à New York, tel autre à Paris… Ah, oui, nous sommes arrivés au XXe siècle…

Et le bon archevêque de regretter que dans l'œuvre remarquable de ces théologiens, "on trouve souvent, dans ces œuvres, de la malveillance à l'égard de l'Eglise orthodoxe russe, de l'Etat soviétique, une attitude de refus des changements intervenus en Russie après la révolution de 1917."

Un autre document développe amplement la place de la Liturgie dans la vie du chrétien en Russie. Amplement, et même exclusivement. Ce n'est certes pas moi qui minimiserais l'importance de la prière de l'Eglise, de la Liturgie, mais tout de même, dans un pays où la constitution – instaurant la séparation de l'Eglise et de l'Etat – garantit la liberté de culte, que sont devenues missions, œuvres caritatives… ?

Ah, quoique… La constitution garantit la "liberté de culte", pas la "liberté de propagande" (celle ci étant réservée aux organisations athées). Alors, bien sûr, les missionnaires, il ne faut pas y compter, pas plus d'ailleurs que la catéchèse (qui n'est autorisée que faite par les parents, uniquement dans le cadre familial).

Quant aux écoles ou aux centres de soin et d'aide sociale… ce sont des domaines réservés à l'Etat : il ne manquerait plus que les "masses prolétariennes" en viennent à considérer que l'Eglise puisse avoir une quelconque utilité sociale.

 

Bien sûr, ceci n'est pas dit dans mon livre. Par contre, il précise, pour bien montrer que la liberté religieuse est totale, qu'il y a 6 monastères d'hommes et douze de femmes. Un doute me prend… Comment, seulement 18 monastères pour toute l'Union Soviétique, alors qu'avant la révolution d'Octobre, il y en avait plus de mille ? Quelle désaffection "spontanée"…

Mais puisqu'il est affirmé que la liberté religieuse est respectée, pourquoi en douter ? D'ailleurs, le service d'édition du Patriarcat de Moscou publie chaque année "un recueil intitulé Etudes de Théologie". Un recueil par an dans toute l'URSS, c'est une plaisanterie ?

Et le Nouveau Testament a été édité trois fois.

Tant que ça ? Pourtant, cela semblait furieusement insuffisant, puisque c'est par dizaines de milliers que des bibles, amenées illégalement par des "contrebandiers" ont été reçues avec larmes de reconnaissances non seulement par des "protestants russes", mais encore par des prêtres orthodoxes qui, pourtant, auraient du avoir accès aux éditions du Patriarcat…

A suivre…


Publié dans Vie quotidienne

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